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Je m’excusai. Il reprit:
– Ne t’excuse pas. J’allais te raconter comme à un savant que tu est, la façon dont il m’a traité aujourd’hui. Juge-moi, si tu est un homme juste. À peine étions-nous à table que je crus qu’il allait me manger, me noyer dans un verre d’eau! L’orgueil de cet homme est tel qu’il ne peut se maîtriser. Il eut l’idée de me chercher noise, de me do
– Je vous demande pardon, fis-je quand M. Bakhtchéiev eut fini son récit. Je partage certainement votre avis sur tout ce que vous venez de me dire. Seulement, je ne sais encore rien de positif… mais, j’ai là-dessus quelques idées à moi.
– Quelles idées, petit père? demanda Bakhtchéiev d’un air soupço
– Voilà, commençai-je en m’embrouillant un peu, le moment est peut-être mal choisi, mais je suis prêt à vous les développer. Je pense qu’il se peut que nous nous trompions tous les deux sur le compte de Foma Fomitch et que toutes ces bizarreries cachent une nature exceptio
Je m’empêtrais de plus en plus, chose fort excusable chez un jeune homme, mais M. Bakhtchéiev n’en jugea pas ainsi. Me regardant le blanc des yeux avec une dignité sévère, il rougit, et tel un dindon, me demanda brièvement:
– Alors, Foma est un homme exceptio
– Oh! je dis ça; je n’en suis pas plus sûr que cela! Ce n’est qu’une supposition.
– Excusez ma curiosité: vous avez sans doute étudié la philosophie?
– Mais dans quel sens? demandai-je avec éto
– Dans aucun sens; répondez-moi tout simplement: avez-vous appris la philosophie? ou non?
– J’avoue que j’ai l’intention de l’apprendre? mais…
– C’est bien ça! s’écria M. Bakhtchéiev ouvrant les écluses à son indignation. Avant même que vous eussiez ouvert la bouche, je l’avais déjà deviné. Je ne m’y trompe pas. Je flaire un philosophe à trois verstes de distance! Allez donc l’embrasser, votre Foma Fomitch! Il en fait un homme exceptio
J’eus toutes les peines du monde à le calmer. Il finit tout de même par se radoucir un peu, mais il m’en voulait toujours. Il était monté dans sa voiture avec l’aide de Grigori et d’Arkhip, celui qui avait si sentencieusement chapitré Vassiliev.
– Permettez-moi de vous demander si vous ne viendrez plus chez mon oncle? m’informai-je en m’approchant.
– Chez votre oncle? Crachez à la figure de celui qui l’a dit. Vous vous figurez donc que je suis un homme ferme, que je saurais tenir rigueur? Je suis une chiffe en fait d’homme et c’est mon malheur! Il ne se passera pas une semaine que j’y serai déjà retourné. Et pour quoi faire? Je ne saurais le dire, mais j’y retournerai et je m’empoignerai encore avec ce Foma! C’est mon malheur, petit père. C’est pour la punition de mes péchés que Dieu m’a envoyé ce Foma. J’ai un cœur de femme; aucune constance! Je suis un lâche de premier ordre.
Nous nous quittâmes amicalement. Il m’invita même à dîner.
– Viens me voir, petit père, viens dîner avec moi; mon eau-de-vie vient à pied de Kiev et mon cuisinier de Paris. Il vous sert des plats, des pâtés dont on se lèche les doigts, en le saluant jusqu’à terre, la canaille! Un gaillard qui a de l’instruction, quoi! Il y a longtemps que je ne lui ai fait do
Mais les derniers mots ne parvinrent pas jusqu’à moi; enlevée par ses quatre vigoureux chevaux, la voiture avait disparu dans un tourbillon de poussière. Je fis avancer la mie
«Il exagère sans doute, pensais-je, il est trop mécontent pour pouvoir être impartial. Cependant tout ce qu’il m’a dit de mon oncle me semble très significatif. En voilà déjà un qui le dit amoureux de cette demoiselle… Hum! Vais-je me marier, oui ou non?» et je tombai dans une profonde méditation.