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Ce fut une explosion de rires.

– Mais où est mon outil?

– Mais chez Zouï, voyons! Un homme saoul, Monsieur, c’est tout vous dire.

– Hé! hé! hé! Ah! canaille, c’est ainsi que tu travailles en ville? tu veux engager ton dernier outil! fit le gros homme, secoué d’un rire satisfait et tout à fait de bo

On obéit au gros monsieur. Le clou fut enlevé qui condamnait la portière de la voiture où était enfermé Vassiliev, lequel apparut tout souillé de boue et les vêtements déchirés. Il cligna des yeux et, chancelant, il éternua, puis, se faisant de sa main un abat-jour, il jeta un regard circulaire.

– Que de monde! que de monde! et bien sûr que perso

– Matinée! mais tu ne vois donc pas que nous sommes après-midi, espèce de fou?

– Ah! tu m’en diras tant!

– Hé! hé! hé! Quel farceur! s’écria encore le gros monsieur, en me regardant avec affabilité et tout secoué de rire. Tu n’as pas honte, Vassiliev?

– C’est le malheur qui me fait boire, Monsieur, répondit le sombre Vassiliev, évidemment enchanté de pouvoir parler de son malheur.

– Quel malheur, imbécile?

– Un malheur comme on n’en a jamais vu. Nous voilà sous les ordres de Foma Fomitch!

– Qui? Depuis quand? s’exclama le gros homme avec animation, pendant que, très intéressé, je faisais un pas en avant.

– Mais tous ceux de Kapitonovka. Notre seigneur le colonel (que Dieu le garde en bo

Mais le gros homme n’écoutait plus. L’effet que lui produisit le récit de l’ivrogne fut extraordinaire. Il en devint violet; son double menton tremblait; ses petits yeux s’injectèrent de sang.

– Il ne manquait plus que cela! fit-il, suffoqué. Cette racaille de Foma va devenir propriétaire! Pouah!… Allez tous au diable. Dépêchez-vous, là-bas, que je m’en aille!

Je m’avançais résolument et je lui dis.

– Permettez-moi un mot. Vous venez de parler de Foma Fomitch; il doit s’agir d’Opiskine, si je ne me trompe point. Je voudrais… en un mot, j’ai des raisons de m’intéresser à cet homme, et je désirerais savoir quelle foi on peut ajouter à ce que dit ce brave garçon que son maître, Yégor Ilitch Rostaniev, veut faire don d’un village à ce Foma. Cela m’intéresse énormément et je…

– Permettez-moi de vous demander, à mon tour, pourquoi vous vous intéressez à cet homme (c’est votre mot). Selon moi, c’est une fripouille et non pas un homme. A-t-il une figure humaine? C’est quelque chose d’ignoble, mais ce n’est pas une figure humaine!

Je lui expliquai que je ne co

– Ah! vous êtes le savant? Mais, mon petit père, on vous attend avec impatience! s’écria le bonhomme franchement joyeux, cette fois. J’arrive de Stépantchikovo où je n’ai pu finir de dîner, tant la présence de ce Foma m’était insupportable. Je me suis brouillé avec tout le monde à cause de ce maudit Foma!… En voilà une rencontre! Excusez-moi. Je suis Stépane Aléxiévitch Bakhtchéiev et je vous ai co

Et le bon gros bonhomme se mit à m’embrasser.

Après ces premières effusions, je commençai sans tarder mon interrogatoire, car l’occasion était favorable.

– Mais qu’est-ce que ce Foma? demandai-je; comment a-t-il pu s’emparer de toute la maison? Pourquoi ne le chasse-t-on pas? J’avoue que…

– Le chasser? Mais vous êtes fou! Le chasser, quand le colonel marche devant lui sur la pointe des pieds! Mais Foma a prétendu une fois que le mercredi était un jeudi et tout le monde consentit que ce mercredi fût un jeudi. Vous croyez que j’invente? Nullement.

– J’avais entendu dire des choses de ce genre, mais j’avoue que…

– J’avoue! J’avoue! Vous ne savez dire que cela! Qu’y a-t-il à avouer? Demandez-moi plutôt d’où je viens. La mère du colonel, bien qu’elle soit une très digne dame et une générale, n’a plus sa raison… Elle ne peut se passer de ce Foma. Elle est cause de tout; c’est elle qui l’a installé dans la maison. Il l’a ensorcelée. Elle n’ose plus dire un mot quoiqu’elle soit une Excellence pour s’être mariée à cinquante ans avec le général Krakhotkine. Quant à la sœur du colonel, la vieille fille, j’aime mieux ne pas en parler; elle ne sait que pousser des oh! et des ah! J’en ai assez; voilà tout! Elle n’a pour elle que d’être une femme. Mais en mérite-t-elle plus d’estime? D’ailleurs il est même indécent à moi d’en parler devant vous car, enfin, c’est votre tante. Seule, Alexandra Yégorovna, la fille du colonel, qui n’a que quinze ans, possède quelque intelligence; elle ne manifeste aucune estime pour Foma. Une charmante demoiselle! Quelle estime mérite ce Foma, cet ancien bouffon qui faisait des imitations d’animaux pour distraire le général Krakhotkine? Et aujourd’hui, le colonel, votre oncle, respecte ce paillasse comme son propre père!… Pouah!

– Pauvreté n’est pas vice, et je vous avoue… Permettez-moi de vous demander… Est-il beau? intelligent?

– Foma? Comment donc, mais très beau! répondit Bakhtchéiev d’une voix tremblante de colère. – Mes questions l’agaçaient et il commençait à me regarder de travers. – Très beau! Non; vous l’entendez; il croit que Foma est beau! Mais, mon petit père, il ressemble à tous les animaux, si vous voulez le savoir. Ah! s’il était intelligent, seulement, on s’en arrangerait… Mais rien! Il faut qu’il leur ait versé à tous quelque philtre de sorcier. Je suis las d’en parler. Il ne vaut pas un crachat. Vous me mettez en colère! Eh bien, là-bas, est-ce prêt?

– Il faut ferrer Voronok, répondit Grigori d’un ton lugubre.

– Voronok? Je vais t’en do