Страница 56 из 62
– Nastenka! Nastenka! Tu l’aimais et je ne le savais pas! Mon Dieu! ils s’aimaient, ils souffraient en silence, en secret! On les persécutait! Quel roman! Nastia, mon ange, dis-moi toute la vérité, aimes-tu vraiment ce fou?
Pour toute réponse Nastia l’embrassa.
– Dieu! quel charmant roman! et Tatiana battit des mains. Écoute, Nastia, mon ange, tous les hommes, sans exception, sont des ingrats, des méchants qui ne valent pas notre amour. Mais peut-être celui-ci est-il meilleur que les autres. Approche-toi, mon fou! s’écria-t-elle en s’adressant à mon oncle. Tu es donc vraiment amoureux? Tu es donc capable d’aimer? Regarde-moi, je veux voir tes yeux, savoir s’ils sont menteurs? Non, non! ils ne mentent pas, ils reflètent bien l’amour! Oh! que je suis heureuse! Nastenka, mon amie, tu n’es pas riche, je veux te do
Tatiana était dans un tel ravissement qu’il eût été cruel de la contrarier, en ce moment du moins. On remit donc l’affaire à plus tard. Elle se précipita pour embrasser la générale, la Pérépélitzina, tout le monde. Bakhtchéiev s’approcha d’elle et lui baisa la main.
– Ma petite mère! ma tourterelle! Pardo
– Quel fou! Je te co
– Quelle digne demoiselle! fit-il attendri. Puis, me regardant joyeusement dans le blanc des yeux, il me chuchota en confidence: – On a pu recoller le nez de l’Allemand!
– Quel nez? quel Allemand? demandai-je? demandai-je éto
– Mais le nez de l’Allemand que j’avais fait venir de la capitale… qui baise la main de son Allemande pendant qu’elle essuie une larme avec son mouchoir. Evdokime l’a raccommodé hier; je l’ai fait prendre par un courrier. On va l’apporter tout à l’heure… un jouet superbe!
– Foma! criait mon oncle au comble de la joie, tu es l’auteur de mon bonheur! Comment pourrai-je jamais te revaloir cela?
– Ne vous préoccupez pas de cela, colonel! répondit Foma d’un air sombre; continuez à ne faire aucune attention à moi et soyez heureux sans Foma.
Il était évidemment fort froissé de ce qu’au milieu de la joie générale on semblât l’avoir oublié.
– C’est que nous sommes en extase, Foma! cria mon oncle. Je ne sais plus où je me trouve! Écoute, Foma, je t’ai fait de la peine. Toute ma vie, tout mon sang ne suffiront pas à racheter cela; aussi, je me tais et je ne cherche même pas à m’excuser. Mais, si jamais tu as besoin de ma tête, s’il te faut ma vie, s’il est nécessaire que je me précipite dans un gouffre béant, ordo
Et mon oncle fit un geste exprimant l’impossibilité où il était de découvrir une expression plus énergique de sa pensée; pour le surplus, il se contenta d’attacher sur Foma des yeux brillants de larmes reco
– Voilà l’ange qu’il est! piaula la Pérépélitzina comme un cantique de louanges à Foma.
– Oui, oui! fit à son tour Sachenka. Je ne me doutais pas que vous fussiez aussi brave homme, Foma Fomitch, et soyez sûr que, désormais, je vous aimerai de tout mon cœur. Vous ne pouvez vous imaginer à quel point je vous estime!
– Oui, Foma! fit Bakhtchéiev, daigne aussi me pardo
Au milieu de ces actions de grâces, Nastenka s’approcha de Foma Fomitch et, sans plus de paroles, l’embrassa de toutes ses forces.
– Foma Fomitch, dit-elle, vous êtes notre bienfaiteur; vous nous avez rendus si heureux que je ne sais comment nous pourrons jamais le reco
Elle ne put aller plus loin; les sanglots étranglèrent sa voix. Foma la baisa sur le front. Il avait aussi les larmes aux yeux.
– Enfants de mon cœur, s’écria-t-il, vivez, épanouissez-vous et, aux moments de bonheur, souvenez-vous du pauvre exilé! À mon sujet, laissez-moi vous dire que l’adversité est peut-être la mère de la vertu. C’est Gogol qui l’a dit, je crois. Cet écrivain n’était pas fort sérieux, mais, parfois, on rencontre en son œuvre des idées fécondes. Or l’exil est un malheur! Désormais, je serai le pèlerin parcourant la terre appuyé sur son bâton et, qui sait? il se peut qu’après tant de souffrances, je devie
– Mais… où vas-tu donc, Foma? s’écria mon oncle effrayé.
Tous les assistants tressaillirent et se précipitèrent vers Foma.
– Mais, puis-je rester dans votre maison après la façon dont vous m’avez traité, colonel? interrogea Foma avec la plus extraordinaire dignité.
On ne le laissa point parler. Les cris de tous couvrirent sa voix. On l’avait mis dans le fauteuil et on le suppliait; et l’on pleurait; je ne sais ce qu’on n’eût pas fait. Il n’est pas douteux qu’il ne songeait nullement à quitter cette maison, pas plus qu’il n’y avait songé la veille, ni quand il bêchait le potager. Il savait que, désormais, on le retiendrait dévotement, qu’on s’accrocherait à lui, maintenant surtout qu’il avait fait le bonheur général, que son culte était restauré, que chacun était prêt à le porter sur son dos et s’en fût trouvé fort honoré. Peut-être un assez piteux retour ne laissait-il pas de blesser son orgueil et exigeait-il quelques exploits héroïques. Mais, avant tout, l’occasion de poser était exceptio
Aussi n’essaya-t-il pas d’y résister. Il s’arrachait des mains qui le retenaient; il exigeait son bâton; il suppliait qu’on lui rendit sa liberté, qu’on le laissât partir aux quatre coins du monde. Il avait été déshonoré et battu dans cette maison où il n’était revenu que pour arranger le bonheur de tous! Mais pouvait-il rester dans «la maison d’ingratitude?» Pouvait-il manger des «stchis» qui, «bien que nourrissants, n’étaient assaiso