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Rien mangé, absolument rien
Que du lait!
– Quel imbécile! Il se console facilement! interrompit encore mon oncle, parce qu’il a bu du lait pendant neuf ans! La belle affaire! Il eût mieux fait de manger un mouton à lui seul et de laisser manger ses hommes! C’est très bien; c’est magnifique! Je comprends; je comprends à présent: c’est une satire ou… comment appelle-t-on ça?… une allégorie, quoi! Ça pourrait bien viser certain guerrier étranger? ajouta-t-il en se tournant vers moi, les sourcils froncés et clignant de l’œil, hein? Qu’en penses-tu? Seulement, c’est une satire inoffensive qui ne peut blesser perso
Encouragés par ce discours,
Les dix-neuf Castillans
Vacillant sur leurs selles,
Crièrent d’une voix faible:
«Santo Yago Compostello!
Ho
Ho
Et le chapelain Diego
Se dit entre ses dents:
«Si c’eût été moi le commandant,
J’aurais fait vœu de ne manger
Que de la viande et de ne boire que du vin».
– Eh bien, qu’est-ce que je disais? s’écria mon oncle, très content. Le seul homme intelligent de toute cette armée n’était autre que le chapelain. Qu’est-ce que cela, Serge? Leur capitaine? quoi?
– Un aumônier, mon oncle, un ecclésiastique!
– Ah! oui, oui! Chapelain! Je sais: je me rappelle! J’ai lu quelque chose là-dessus dans Radcliffe. Il y en a de différents ordres… Des bénédictins, je crois?… Y a-t-il des Bénédictins?
– Mais oui, mon oncle.
– Hem! C’est ce qu’il me semblait. Voyons, Ilucha, continue. Très bien! très bien!
Et, en entendant cela, Don Pedro
Dit avec un rire bruyant,
«Je lui dois bien un mouton,
Car il a trouvé là une bo
– C’était bien le moment de rire! Quel imbécile! Un mouton! S’il y avait là des moutons, pourquoi n’en mangeait-il pas lui-même? Continue, Ilucha. Très bien! C’est magnifique! C’est mordant!
– C’est fini, petit père.
– Ah! c’est fini? Au fait, que restait-il à faire? N’est-ce pas, Serge? Très bien, Ilucha! C’est merveilleusement bien! Embrasse-moi, mon chéri, mon pigeo
– Non; c’est Nastenka. Nous avions lu ces vers, il y a quelques temps. Alors, elle avait dit: «C’est très amusant; il faut le faire apprendre à Ilucha pour le jour de sa fête; ce qu’on rira!»
– Ah! c’est vous Nastenka? Je vous remercie beaucoup marmotta mon oncle en rougissant comme un enfant. Embrasse-moi encore une fois, Ilucha! Embrasse-moi aussi, polisso
Je demandai à Nastenka de qui était cette poésie.
– Ah! oui; de qui est-elle, cette poésie? s’empressa d’insister mon oncle. En tout cas, c’est d’un gaillard intelligent; n’est-ce pas, Foma?
– Hem! grommela Foma, dont un sourire sardonique n’avait pas quitté les lèvres pendant tout le temps de la récitation.
– Je ne me souviens plus, répondit Nastenka en regardant timidement Foma Fomitch.
– Elle est de M. Kouzma Proutkov, petit père; nous l’avons vue dans le Contemporain, dit Sachenka.
– Kouzma Proutkov? Je ne le co
– Non, rien… rien… fit celui-ci en feignant de contenir son envie de rire. Continuez, Yégor Ilitch, continuez! Je dirai mon mot plus tard… Stépane Alexiévitch écoute également avec le plus grand plaisir votre discours sur les hommes de lettres pétersbourgeois…
Bakhtchéiev, qui se tenait à l’écart, absorbé dans ses pensées, releva vivement la tête en rougissant et s’agita sur son fauteuil.
– Foma, laisse-moi tranquille! dit-il en fixant sur son interlocuteur le regard méchant de ses petits yeux injectés de sang. Qu’ai-je à faire de la littérature? Que Dieu me do
– Les écrivains ne sont que des voltairiens? fit Éjévikine s’approchant aussitôt de M. Bakhtchéiev. Vous dites là une grande vérité. L’autre jour, Valentine Ignatich disait la même chose. Il m’avait aussi qualifié de voltairien; je vous le jure. Et pourtant, j’ai si peu écrit! tout le monde le sait… C’est vous dire que, si un pot de lait tourne, c’est la faute à Voltaire! Il en est toujours ainsi chez nous.
– Mais non! riposta gravement mon oncle, c’est une erreur! Voltaire était un écrivain qui raillait les superstitions d’une façon fort mordante; mais il ne fut jamais voltairien! Ce sont ses e
Le méchant ricanement de Foma se fit de nouveau entendre. Mon oncle lui jeta un regard inquiet et se troubla visiblement.
– Non, Foma, vois-tu, je parle des journaux, fit-il avec confusion et dans l’espoir de se justifier. Tu avais raison de me dire qu’il fallait s’abo
– Les Mémoires de la Patrie, petit père.
– C’est cela! Et quel beau titre! n’est-ce pas, Serge? C’est pour ainsi dire toute la patrie qui prend des notes!… Quel but sublime! Une revue des plus utiles! Et ce qu’elle est volumineuse! Allez donc éditer un pareil ballot! Et ça vous contient des articles à vous tirer les yeux de l’orbite… L’autre fois j’arrive, je vois un livre. Je le prends, je l’ouvre par curiosité et j’en lis trois pages d’un trait. Mon cher, je restai bouche bée! On parlait de tout là-dedans: du balai, de la bêche, de l’écumoire, de la happe. Pour moi, une happe n’est qu’une happe. Eh bien pas du tout, mon cher. Les savants y voient un emblème, ou une mythologie; est-ce que je sais? quelque chose en tout cas… Voilà! On sait tout à présent!