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Demoiselle de compagnie chez une vieille dame aussi hargneuse qu’édentée, elle se trouvait réduite au dernier degré de l’humiliation, confinée dans le terre-à-terre le plus lugubre et le plus écœurant, accusée de toutes les infamies, à la merci des offenses du premier venu, sans perso

Une énorme fortune lui tombait du ciel comme par miracle et se répandait à ses pieds en longue coulée d’or: elle était l’unique héritière de l’oublié. Cette ironie du sort l’acheva. Comment ce cerveau affaibli ne se fût-il pas aveuglément fié à ses visions, alors qu’une partie s’en vérifiait? La malheureuse y laissa sa dernière lueur de bon sens. Défaillante de félicité, elle se perdit définitivement dans le monde charmant des fantaisies insaisissables et des fantômes séducteurs. Foin des scrupules, des doutes, des barrières qu’élève la réalité et de ses lois rigoureuses et fatales!

Elle avait trente-cinq ans, rêvait de beauté éblouissante et, dans le froid de son triste automne, elle sentait derrière elle les richesses d’un coffre inépuisable; tout cela se confondait sans lutte dans son être. Si l’un de ses rêves s’était fait vie, pourquoi pas les autres! Pourquoi n’apparaîtrait-il pas? Tatiana Ivanovna ne raiso

Cela se confirmait à ses yeux de ce que des Obnoskine, des Mizintchikov et tant d’autres se mirent à la courtiser, et tous dans le même but. On l’entourait de petits soins; on s’efforçait de lui plaire, de la flatter. La pauvre Tatiana ne voulut même pas soupço

Elle mangeait des bonbons, cueillait des fleurs, recherchait les plaisirs et lisait des romans. Mais la lecture surexcitait son imagination et elle abando

Nous arrivâmes à Michino vers dix heures. C’était un misérable trou de village à environ trois verstes de la grande route. Six ou sept cabanes de paysans, enfumées, à peine couvertes de chaume, y regardaient le passant d’un air morne et assez peu hospitalier.

On ne voyait pas un jardin, pas un buisson à un quart de verste à la ronde. Un vieux cytise endormi laissait piteusement pendre ses branches au-dessus d’une mare verdâtre qu’on appelait l’étang. Quelle fâcheuse impression ne devait pas produire un tel lieu d’habitation sur Tatiana Ivanovna! Triste mise en ménage!

La maison du maître était nouvellement construite en bois, étroite, longue, percée de six fenêtres alignées et hâtivement couvertes de chaume, car l’employé-propriétaire était en train de s’installer. La cour n’était pas encore complètement entourée et l’on voyait, sur un seul côté, une barrière de branchages de noyers entrelacés dont les feuilles desséchées n’avaient pas eu le temps de tomber. Le long de cette haie était rangé le tarantass d’Obnoskine. Nous tombions tout à fait inopinément sur les coupables et, par une fenêtre ouverte, on entendait des cris et des pleurs.

Nous entrâmes dans le vestibule, d’où un gamin nu-pieds s’enfuit à notre aspect. Nous passâmes dans la première pièce. Sur un long divan turc, recouvert de perse, Tatiana était assise, tout éplorée. En nous voyant, elle poussa un cri et se couvrit le visage de ses mains. Près d’elle siégeait Obnoskine, effrayé et confus à faire pitié. Il était à ce point troublé qu’il se précipita pour nous serrer la main comme s’il eût été grandement réjoui de notre arrivée. Par la porte ouverte qui do

– La voilà, la voyageuse! Elle se cache la figure dans les mains! cria M. Bakhtchéiev en pénétrant à notre suite.

– Calmez vos transports, Stépane Alexiévitch! C’est indécent à la fin! Seul, ici, Yégor Ilitch a le droit de parler; nous autres, nous ne sommes que des étrangers, fit Mizintchikov d’un ton acerbe.

Mon oncle jeta sur M. Bakhtchéiev un regard sévère; puis, feignant de ne pas s’apercevoir de la présence d’Obnoskine qui lui tendait la main, il s’approcha de Tatiana Ivanovna dont la figure restait toujours cachée et, de sa voix la plus douce, avec le plus sincère intérêt, il lui dit:

– Tatiana Ivanovna, nous avons pour vous tant d’affection et tant d’estime, que nous avons voulu venir nous-mêmes afin de co

Tatiana Ivanovna releva timidement la tête, le regarda au travers de ses doigts et, soudain, fondant en larmes, elle se jeta à son cou.