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– Faites-lui bien mes amitiés, n’y manquez pas.
– Je les ferai certainement, dit naïvement Kitty avec un regard de compassion.
– Adieu, Dolly! fit A
– Elle est toujours aussi séduisante que par le passé, fit remarquer Kitty à sa sœur quand celle-ci rentra après avoir reconduit A
– Je ne la trouve pas aujourd’hui dans son état normal. J’ai cru qu’elle allait fondre en larmes dans l’antichambre.»
XXIX
Remontée dans sa calèche, A
«Elles m’ont regardée comme un être étrange et incompréhensible!… Que peuvent se dire ces gens-là? ont-ils la prétention de se communiquer ce qu’ils éprouvent? pensa-t-elle en voyant deux passants causer ensemble; – on ne peut partager avec un autre ce qu’on ressent! Moi qui voulais me confesser à Dolly! J’ai eu raison de me taire; mon malheur l’aurait réjouie au fond, bien qu’elle l’eût dissimulé; elle trouverait juste de me voir expier ce bonheur qu’elle m’a envié. Et Kitty? Celle-là eût été plus contente encore, car je lis dans son cœur: elle me hait, parce que j’ai plu à son mari; à ses yeux je suis une femme sans mœurs, qu’elle méprise. Ah! si j’avais été ce qu’elle pense, avec quelle facilité j’aurais tourné la tête à son mari! La pensée m’en est venue, j’en conviens. – Voilà un homme enchanté de sa perso
Entraînée par ses pensées, elle oublia un moment sa douleur et fut surprise quand la calèche s’arrêta. Le suisse, en venant au-devant d’elle, la fit rentrer dans la réalité.
«Y a-t-il une réponse?
– Je vais m’en informer, dit le suisse, et il revint un moment après avec une enveloppe de télégramme, A
«Je ne puis rentrer avant dix heures.
«Wronsky.»
– Et le messager?
– Il n’est pas encore de retour.»
Un besoin vague de vengeance s’éleva dans l’âme d’A
Et, faisant atteler des chevaux frais à la calèche, elle se hâta de mettre dans un petit sac de voyage les objets indispensables à une absence de quelques jours; décidée à ne pas rentrer, elle roulait mille projets dans sa tête, et résolut, après la scène qui se passerait à la gare ou chez la comtesse, de continuer sa route par le chemin de fer de Nijni, pour s’arrêter dans la première ville venue.
Le dîner était servi, mais la nourriture lui fit horreur; elle remonta dans la calèche aussitôt que le cocher eut attelé, irritée de voir les domestiques s’agiter autour d’elle.
«Je n’ai pas besoin de toi, Pierre, dit-elle au valet de pied qui se disposait à l’accompagner.
– Qui prendra le billet?
– Eh bien, viens si tu veux, cela m’est égal», répondit-elle contrariée.
Pierre sauta sur le siège et do
XXX
«Voilà mes idées qui s’éclaircissent! se dit A