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Jamais Wronsky ne se serait attendu à se trouver en province le centre d’une réunion aussi distinguée.
Vers la fin du dîner la gaieté redoubla, et le gouverneur pria Wronsky d’assister à un concert organisé par sa femme au profit de nos frères. (C’était avant la guerre de Serbie.)
«On dansera après, et tu verras notre beauté, qui est remarquable.
– Not in my line», répondit en souriant Wronsky, mais il promit d’y aller.
Au moment où l’on allumait des cigares en sortant de table, le valet de chambre de Wronsky s’approcha de lui, portant un billet sur un plateau:
«De la campagne; un messager l’apporte à l’instant.»
Le billet était d’A
«Je perds la tête à moi toute seule; la princesse Barbe, au lieu d’une aide, n’est qu’un embarras. Je t’attendais avant-hier soir, et t’envoie un messager pour savoir ce que tu deviens; je serais venue moi-même si je n’avais craint de t’être désagréable. Do
L’enfant était gravement malade et elle avait voulu venir elle-même!
Le contraste de cet amour exigeant et de l’amusante réunion qu’il fallait quitter frappa désagréablement Wronsky: pourtant il partit la nuit même par le premier train.
XXXII
A
Pour s’étourdir elle chercha à se distraire en accumulant des occupations qui remplissaient ses journées; la nuit elle prenait de la morphine. Au milieu de ces réflexions, le divorce lui apparut comme un moyen d’empêcher Wronsky de l’abando
Cinq jours se passèrent ainsi; pour tuer le temps elle faisait des promenades avec la princesse, visitait l’hôpital, et surtout lisait. Mais le sixième jour, en voyant que Wronsky ne rentrait pas, ses forces faiblirent; sa petite fille tomba malade sur ces entrefaites, trop légèrement pour que l’inquiétude parvînt à la distraire. D’ailleurs A
Le soir du sixième jour, sa terreur d’être quittée par Wronsky devint si vive qu’elle voulut partir, mais elle se contenta du billet qu’elle envoya par un exprès. Dès le lendemain matin elle regretta ce mouvement de vivacité en recevant un mot de Wronsky qui lui expliquait son retard. Aussitôt la crainte de le revoir s’empara d’elle; comment supporterait-elle la sévérité de son regard en apprenant que sa fille n’avait pas été sérieusement malade? Malgré tout, son retour était un bonheur; il regretterait peut-être sa liberté et trouverait sa chaîne pesante, mais il serait là, elle le verrait et ne le perdrait pas de vue.
Assise sous la lampe, elle lisait un livre nouveau de Taine, écoutant au dehors les rafales du vent, et tendant l’oreille ou moindre bruit pour épier l’arrivée du comte. Après s’être trompée plusieurs fois, elle entendit distinctement la voix du cocher et le roulement de la voiture sous le péristyle. La princesse Barbe, qui faisait une patience, l’entendit également. A
«Comment va A
– Bien mieux.
– Et toi?»
Elle lui saisit les deux mains et l’attira vers elle sans le quitter des yeux.
«J’en suis bien aise», dit-il froidement, examinant une toilette qu’il savait avoir été mise pour lui.
Ces attentions lui plaisaient, mais elles lui plaisaient depuis trop longtemps; et l’expression d’immobile sévérité que redoutait A
«Comment vas-tu?» demanda-t-il en lui baisant la main après s’être essuyé la barbe, que le froid avait mouillée.
«Tant pis, pensa A
La soirée se passa gaiement en présence de la princesse, qui se plaignit qu’A
«Je n’y puis rien, mes pensées m’empêchent de dormir; quand il est là, je n’en prends presque jamais.»
Wronsky raconta les divers épisodes de l’élection, et A
Lorsqu’ils se retrouvèrent seuls, A
«Avoue que tu as été mécontent de ma lettre et que tu n’y as pas cru?
– Oui, répondit-il, – et, malgré la tendresse qu’il lui témoignait, elle comprit qu’il ne pardo
– L’un et l’autre étaient vrais.
– Je n’en doute pas.
– Si, tu en doutes; je vois que tu es fâché.
– Pas du tout; mais ce qui me contrarie, c’est que tu ne veuilles pas admettre des devoirs…