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La nuit tombait, mais l’envie de dormir ne leur venait pas, et l’enthousiasme de Vassinka pour l’hospitalité des paysans, la bo
Oblonsky leur raconta une chasse à laquelle il avait assisté l’a
Il décrivit les immenses marais gardés du gouvernement de Tver, les dog-cars, les tentes dressées pour le déjeuner.
«Comment ces gens-là ne te sont-ils pas odieux? dit Levine se soulevant sur son lit de foin; leur luxe est révoltant, ils s’enrichissent à la façon des fermiers d’eau-de-vie d’autrefois, et se moquent du mépris public, sachant que leur argent mal acquis les réhabilitera.
– C’est bien vrai! s’écria Weslowsky. Oblonsky accepte leurs invitations par bonhomie, mais cet exemple est imité.
– Vous vous trompez, reprit Oblonsky; si je vais chez eux, c’est que je les considère comme de riches marchands ou de riches propriétaires, qui doivent la richesse à leur travail et à leur intelligence.
– Qu’appelles-tu travail? Est-ce de se faire do
– Certainement, en ce sens que si perso
– Peux-tu assimiler ce travail à celui d’un homme qui laboure, et d’un savant qui étudie?
– Non, mais il n’en a pas moins un résultat, – des chemins de fer. Il est vrai que tu ne les approuves pas.
– Ceci est une autre question, mais je maintiens que lorsque la rémunération est en disproportion avec le travail, elle est malho
– Tout cela peut être vrai, mais qui peut tracer la limite exacte du juste et de l’injuste? Pourquoi, par exemple, mes appointements sont-ils plus forts que ceux de mon chef de bureau, qui co
– Je ne sais pas.
– Pourquoi gagnes-tu, disons cinq mille roubles, là où, avec plus de travail, notre hôte, le paysan, en gagne cinquante? Et pourquoi Malthus ne gagnerait-il pas plus que ses piqueurs? Au fond, je ne puis m’empêcher de croire que la haine qu’inspirent ces millio
– Vous allez trop loin, interrompit Weslowsky; on ne leur envie pas leurs richesses, mais on ne peut se dissimuler qu’elles ont un côté ténébreux.
– Tu as raison, reprit Levine, en taxant d’injustes mes cinq mille roubles de bénéfice: j’en souffre.
– Mais pas au point de do
– Je ne la do
– Si tu considères cette inégalité comme une injustice, il est de ton devoir de la faire cesser.
– Je tâche d’y parvenir en ne faisant rien pour l’accroître.
– Quel paradoxe!
– Oui, cela sent le sophisme, ajouta Weslowsky. Hé, camarade, cria-t-il à un paysan qui entr’ouvrait la porte en la faisant crier sur ses gonds: vous ne dormez donc pas encore, vous autres?
– Oh non, mais je vous croyais endormis; puis-je entrer prendre un crochet dont j’ai besoin? dit-il en montrant les chiens et se glissant dans la grange.
– Où dormirez-vous?
– Nous gardons nos chevaux au pâturage.
– La belle nuit! s’écria Vassinka, apercevant dans l’encadrement formé par la porte la maison et les voitures dételées, éclairées par la lune. D’où vie
– Ce sont les filles d’à côté.
– Allons nous promener, Oblonsky; jamais nous ne pourrons dormir.
– Il fait si bon ici!
– J’irai seul, dit Vassinka se levant et se chaussant à la hâte. Au revoir, messieurs; si je m’amuse, je vous appellerai. Vous avez été trop aimables à la chasse pour que je vous oublie.
– C’est un brave garçon, n’est-ce pas? dit Oblonsky à Levine quand Vassinka et le paysan furent sortis.
– Oui, – répondit Levine, suivant toujours le fil de sa pensée: comment se faisait-il que deux hommes sincères et intelligents l’accusassent de sophisme alors qu’il exprimait ses sentiments aussi clairement que possible?
– Quoi qu’on fasse, reprit Oblonsky, il faut prendre son parti et reco
– Non, si tu sentais l’iniquité de ces privilèges, tu n’en jouirais pas; moi du moins, je ne le pourrais pas.
– Au fait, pourquoi n’irions-nous pas faire un tour? dit Stépane Arcadiévitch, fatigué de cette conversation. Allons-y, puisque nous ne dormons pas.
– Non, je reste.
– Est-ce aussi par principe? demanda Oblonsky, cherchant sa casquette à tâtons.
– Non, mais qu’irais-je faire là-bas?
– Tu es dans une mauvaise voie, dit Stépane Arcadiévitch ayant trouvé ce qu’il cherchait.
– Pourquoi?
– Parce que tu prends un mauvais pli avec ta femme. J’ai remarqué l’importance que tu attachais à obtenir son autorisation pour t’absenter pendant deux jours. Cela peut être charmant à titre d’idylle, mais cela ne peut durer. L’homme doit maintenir son indépendance; il a ses intérêts, dit Oblonsky ouvrant la porte.
– Lesquels? ceux de courir après des filles de ferme?
– Si cela l’amuse. Ma femme ne s’en trouvera pas plus mal, pourvu que je respecte le sanctuaire de la maison; mais il ne faut pas se lier les mains.
– Peut-être, répondit sèchement Levine en se retournant. Demain je pars avec l’aurore et ne réveillerai perso
– Messieurs, venez vite! vint leur dire Vassinka. Charmante! c’est moi qui l’ai découverte, une véritable Gretchen», ajouta-t-il d’un air approbateur.
Levine fit semblant de sommeiller et les laissa s’éloigner; il resta longtemps sans pouvoir s’endormir, écoutant les chevaux manger leur foin, le paysan partir avec son fils aîné pour garder les bêtes aux pâturages; puis le soldat se coucha dans le foin, de l’autre côté de la grange, avec son petit neveu. L’enfant faisait à voix basse des questions sur les chiens, qui lui semblaient des bêtes terribles: l’oncle le fit bientôt taire, et le silence ne fut plus troublé que par ses ronflements.