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– Savez-vous ce qu’il faut faire, dit A
Golinitchef y consentit volontiers, et, l’atelier de l’artiste se trouvant dans un quartier éloigné, ils s’y firent mener en voiture.
Une heure plus tard, A
X
Mikhaïlof était au travail, comme toujours, quand on lui remit les cartes du comte Wronsky et de Golinitchef. La matinée s’était passée à peindre dans son atelier, mais, en rentrant chez lui, il s’était mis en colère contre sa femme, qui n’avait pas su s’arranger avec une propriétaire exigeante.
«Je t’ai dit vingt fois de ne pas entrer en discussion avec elle. Tu es une sotte achevée, mais tu l’es triplement quand tu te lances dans des explications italie
– Pourquoi ne songes-tu pas aux arriérés? ce n’est pas ma faute, à moi: si j’avais de l’argent…
– Laisse-moi la paix, au nom du ciel! – cria Mikhaïlof, la voix pleine de larmes, et il se retira dans sa chambre de travail, séparée par une cloison de la pièce commune, en ferma la porte à clef, et se boucha les oreilles. – Elle n’a pas le sens commun!» se dit-il, s’asseyant à sa table et se mettant avec ardeur à la tâche.
Jamais il ne faisait de meilleure besogne que lorsque l’argent manquait, et surtout lorsqu’il venait de se quereller avec sa femme. Il avait commencé l’esquisse d’un homme en proie à un accès de colère; ne la retrouvant pas, il rentra chez sa femme, l’air bourru, sans la regarder, et demanda à l’aîné des enfants le dessin qu’il leur avait do
«C’est ça, c’est ça!» murmura-t-il, prenant un crayon et dessinant rapidement. Une des taches de bougie do
Tout en crayo
«J’y vais à l’instant», répondit-il.
Puis il rentra chez sa femme.
«Voyons, Sacha, ne sois pas fâchée, dit-il avec un sourire tendre et en même temps craintif, tu as eu tort, j’ai eu tort aussi. J’arrangerai les choses.» Et, réconcilié avec sa femme, il endossa un paletot olive à collet de velours, prit son chapeau, et se rendit à l’atelier, vivement préoccupé de la visite de ces grands perso
Au fond, son opinion sur le tableau qui s’y trouvait exposé se résumait ainsi: perso
Les visiteurs, déjà désenchantés sur le compte de Mikhaïlof par les récits de Golinitchef, le furent plus encore par l’extérieur du peintre. De taille moye
«Faites-moi l’ho
XI
À peine entrés, Mikhaïlof jeta un nouveau coup d’œil sur ses hôtes; la tête de Wronsky, aux pommettes légèrement saillantes, se grava instantanément dans son imagination, car le sens artistique de cet homme travaillait en dépit de son trouble, et amassait sans cesse des matériaux. Ses observations fines et justes s’appuyaient sur d’imperceptibles indices. Celui-ci (Golinitchef) devait être un Russe fixé en Italie. Mikhaïlof ne savait ni son nom, ni l’endroit où il l’avait rencontré, encore moins s’il lui avait jamais parlé; mais il se rappelait sa figure comme toutes celles qu’il voyait, et se souvenait de l’avoir déjà classé dans l’immense catégorie des physionomies pauvres d’expression, malgré leur faux air d’originalité. Un front très découvert et beaucoup de cheveux par derrière do
«Ils ont certainement visité les galeries ancie
Malgré cette prévention et l’intime conviction que des Russes riches et de haute naissance ne pouvaient être que des imbéciles et des sots, il déroulait des études, levait les stores, et dévoilait d’une main troublée son tableau.
«Voici, dit-il, s’éloignant du tableau et le désignant du geste aux spectateurs. – C’est le Christ devant Pilate. – Mathieu, chapitre XXVII.» Il sentit ses lèvres trembler d’émotion, et se recula pour se placer derrière ses hôtes. Pendant les quelques secondes de silence qui suivirent, Mikhaïlof regarda son tableau d’un œil indifférent, comme s’il eût été l’un des visiteurs. Malgré lui, il attendait un jugement supérieur, une sentence infaillible, de ces trois perso