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Quant à Wronsky, malgré la réalisation de ses plus chers désirs, il n’était pas pleinement heureux. Éternelle erreur de ceux qui croient trouver leur satisfaction dans l’accomplissement de tous leurs vœux, il ne possédait que quelques parcelles de cette immense félicité rêvée par lui. Un moment, quand il s’était vu libre de ses actions et de son amour, son bonheur avait été complet; – mais bientôt une certaine tristesse s’empara de lui. Il chercha, presque sans s’en douter, un nouveau but à ses désirs, et prit des caprices passagers pour des aspirations sérieuses.
Employer seize heures de la journée à l’étranger, hors du cercle de devoirs sociaux qui remplissaient sa vie à Pétersbourg, n’était pas aisé. Il ne fallait plus penser aux distractions qu’il avait pratiquées dans ses précédents voyages; un projet de souper avec des amis avait provoqué chez A
Comme un animal affamé se précipite sur la nourriture qui lui tomba sous la dent, Wronsky se jetait donc inconsciemment sur tout ce qui pouvait lui servir de pâture, politique, peinture, livres nouveaux.
Il avait, dans sa jeunesse, montré des dispositions pour la peinture, et, ne sachant que faire de son argent, s’était composé une collection de gravures. Ce fut à l’idée de peindre qu’il s’arrêta, afin de do
IX
Le vieux palazzo un peu délabré dans lequel ils vinrent s’établir, entretint Wronsky dans une agréable illusion; il crut avoir subi une métamorphose, et s’être transformé d’un propriétaire russe, colonel en retraite, en un amateur éclairé des arts, faisant modestement de la peinture, et sacrifiant le monde et ses ambitions à l’amour d’une femme. L’antique palais prêtait à ces chimères, avec ses hauts plafonds peints, ses murs couverts de fresques et de mosaïques, ses grands vases sur les cheminées, et les consoles, ses épais rideaux jaunes aux fenêtres, ses portes sculptées et ses vastes salles mélancoliques ornées de tableaux.
Son nouveau rôle satisfit Wronsky quelque temps; il fit la co
«Co
«Je le co
– Quel est le sujet du tableau? demanda A
– Le Christ devant Pilate. Le Christ est un Juif de la nouvelle école réaliste la plus pure.»
Et cette question touchant à un de ses sujets favoris, Golinitchef continua à développer ses idées:
«Je ne comprends pas qu’ils puissent tomber dans une erreur aussi grossière. Le type du Christ a été bien défini dans l’art par les maîtres anciens. S’ils éprouvent le besoin de représenter un sage ou un révolutio
– Est-il vrai que ce Mikhaïlof soit dans la misère? demanda Wronsky, qui pensait qu’en qualité de Mécène il devait songer à aider l’artiste, sans trop se préoccuper de la valeur de son tableau. Ne pourrions-nous lui demander de faire le portrait d’A
– Pourquoi le mien? répondit celle-ci. Après le tien je n’en veux pas d’autre. Faisons plutôt celui d’A
Wronsky regarda aussi par la fenêtre, puis, rencontrant les yeux d’A
«Tu co
– Je l’ai rencontré. C’est un original sans aucune éducation, – un de ces nouveaux sauvages comme on en voit souvent maintenant, – vous savez, – ces libres penseurs qui versent d’emblée dans l’athéisme, le matérialisme, la négation de tout. – Autrefois, continua Golinitchef sans laisser Wronsky et A