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Stépane Arcadiévitch savait depuis longtemps que Levine était amoureux de sa belle-sœur, Kitty; il sourit et ses yeux brillèrent gaiement.
«Tu as dit deux mots, mais je ne puis répondre de même, parce que… Excuse-moi un instant.»
Le secrétaire entra en ce moment, toujours respectueusement familier, avec le sentiment modeste, propre à tous les secrétaires, de sa supériorité en affaires sur son chef. Il s’approcha d’Oblonsky et, sous une forme interrogative, se mit à lui expliquer une difficulté quelconque; sans attendre la fin de l’explication, Stépane Arcadiévitch lui posa amicalement la main sur le bras.
«Non, faites comme je vous l’ai demandé, – dit-il en adoucissant son observation d’un sourire; et, après avoir brièvement expliqué comment il comprenait l’affaire, il repoussa les papiers en disant: – Faites ainsi, je vous en prie, Zahar Nikitich.»
Le secrétaire s’éloigna confus. Levine, pendant cette petite conférence, avait eu le temps de se remettre, et, debout derrière une chaise sur laquelle il s’était accoudé, il écoutait avec une attention ironique.
«Je ne comprends pas, je ne comprends pas, dit-il.
– Qu’est-ce que tu ne comprends pas? – répondit Oblonsky en souriant aussi et en cherchant une cigarette; il s’attendait à une sortie quelconque de Levine.
– Je ne comprends pas ce que vous faites, dit Levine en haussant les épaules. Comment peux-tu faire tout cela sérieusement?
– Pourquoi?
– Mais parce que cela ne signifie rien.
– Tu crois cela? Nous sommes surchargés de besogne, au contraire.
– De griffo
– Tu veux dire qu’il y a quelque chose qui me manque?
– Peut-être bien! Cependant je ne puis m’empêcher d’admirer ton grand air et de me glorifier d’avoir pour ami un homme si important. En attendant, tu n’as pas répondu à ma question, ajouta-t-il en faisant un effort désespéré pour regarder Oblonsky en face.
– Allons, allons, tu y viendras aussi. C’est bon tant que tu as trois mille dessiatines dans le district de Karasinsk, des muscles comme les tiens et la fraîcheur d’une petite fille de douze ans: mais tu y viendras tout de même. Quant à ce que tu me demandes, il n’y a pas de changements, mais je regrette que tu sois resté si longtemps sans venir.
– Pourquoi? demanda Levine.
– Parce que… répondit Oblonsky, mais nous en causerons plus tard. Qu’est-ce qui t’amène?
– Nous parlerons de cela aussi plus tard, dit Levine en rougissant encore jusqu’aux oreilles.
– C’est bien, je comprends, fit Stépane Arcadiévitch. Vois-tu, je t’aurais bien prié de venir dîner chez moi, mais ma femme est souffrante; si tu veux les voir, tu les trouveras au Jardin zoologique, de quatre à cinq; Kitty patine. Vas-y, je te rejoindrai et nous irons dîner quelque part ensemble.
– Parfaitement; alors, au revoir.
– Fais attention, n’oublie pas! je te co
– Non, bien sûr, je viendrai.»
Levine sortit du cabinet et se souvint seulement de l’autre côté de la porte qu’il avait oublié de saluer les collègues d’Oblonsky.
«Ce doit être un perso
– Oui, mon petit frère, dit Stépane Arcadiévitch en hochant la tête, c’est un gaillard qui a de la chance! trois mille dessiatines dans le district de Karasinsk! il a l’avenir pour lui, et quelle jeunesse! Ce n’est pas comme nous autres!
– Vous n’avez guère à vous plaindre pour votre part, Stépane Arcadiévitch.
– Si, tout va mal,» répondit Stépane Arcadiévitch en soupirant profondément.
VI
Lorsque Oblonsky lui avait demandé pourquoi il était venu à Moscou, Levine avait rougi, et s’en voulait d’avoir rougi; mais pouvait-il répondre: «Je viens demander ta belle-sœur en mariage?» Tel était cependant l’unique but de son voyage.
Les familles Levine et Cherbatzky, deux vieilles familles nobles de Moscou, avaient toujours été en rapports d’amitié. L’intimité s’était resserrée pendant les études de Levine à l’Université de Moscou, à cause de sa liaison avec le jeune prince Cherbatzky, frère de Dolly et de Kitty, qui suivait les mêmes cours que lui. Dans ce temps-là Levine allait fréquemment dans la maison Cherbatzky et, quelque étrange que cela puisse paraître, était amoureux de la maison tout entière, spécialement de la partie féminine de la famille. Ayant perdu sa mère sans l’avoir co
Il avait commencé par s’éprendre de Dolly, l’aînée, pendant ses a
Rien de plus simple, en apparence, que de demander en mariage la jeune princesse Cherbatzky; un homme de trente-deux ans, de bo