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– Est-ce là Grisha? Mon Dieu, qu’il a grandi, dit A
Elle ôta son châle et, secouant la tête d’un geste gracieux, débarrassa ses cheveux noirs frisés de son chapeau, qui s’y était accroché.
«Que tu es brillante de bonheur et de santé, dit Dolly presque avec envie.
– Moi? oui, répondit A
– Quelle charmante enfant? mais montre-les-moi tous.»
Elle se rappelait non seulement le nom et l’âge des enfants, mais leur caractère, leurs petites maladies; Dolly en fut touchée.
«Eh bien, allons les voir, dit-elle; mais Wasia dort, c’est dommage.»
Après avoir vu les enfants, elles revinrent au salon, seules cette fois; le café y était servi. A
«Dolly, il m’a parlé.»
Dolly la regarda froidement; elle s’attendait à quelque phrase de fausse sympathie, mais A
«Dolly, ma chérie, je ne veux pas te parler en sa faveur, ni te consoler: c’est impossible; mais, chère amie, tu me fais peine, peine jusqu’au fond du cœur!»
Des larmes brillaient dans ses yeux; elle se rapprocha de sa belle-sœur et, de sa petite main ferme, s’empara de celle de Dolly, qui, malgré son air froid et sec, ne la repoussa pas.
«Perso
En disant ces mots, l’expression de son visage s’adoucit un peu. A
«Mais, Dolly, que faire à cela? dit-elle; comment sortir de cette affreuse position?
– Tout est fini, il ne me reste rien à faire, répondit Dolly, car ce qu’il y a de pis, comprends-le bien, c’est de me sentir liée par les enfants; je ne peux pas le quitter, et vivre avec lui m’est impossible; le voir est une torture.
– Dolly, ma chérie, il m’a parlé; mais je voudrais entendre ce que tu as à dire, toi; raconte-moi tout.»
Dolly la regarda d’un air interrogateur; l’affection et la sympathie la plus sincère se lisaient dans les yeux d’A
«Je veux bien, répondit-elle. Mais je te dirai tout, depuis le commencement. Tu sais comment je me suis mariée? L’éducation de maman ne m’a pas seulement laissée i
Elle prit son mouchoir et y cacha son visage.
«J’aurais pu encore admettre un moment d’entraînement, continua-t-elle au bout d’un instant, mais cette dissimulation, cette ruse continuelle pour me tromper, et pour qui? C’est affreux! tu ne peux comprendre cela!
– Ah si! je comprends, ma pauvre Dolly, dit A
– Et tu t’imagines qu’il se rend compte, lui, de l’horreur de ma position? continua Dolly. Aucunement: il est heureux et content.
– Oh non! interrompit vivement A
– En est-il capable? dit Dolly en scrutant le visage de sa belle-sœur.
– Oui, je le co
Dolly écoutait attentivement sa belle-sœur sans la regarder.
«Je comprends qu’il souffre: le coupable doit plus souffrir que l’i
Les sanglots lui coupèrent la parole, mais, comme un fait exprès, sitôt qu’elle se calmait un peu, le sujet qui la blessait le plus vivement lui revenait aussitôt à la pensée.
«Elle est jeune, elle est jolie, continua-t-elle. Par qui ma beauté et ma jeunesse ont-elles été prises? Par lui, par ses enfants! J’ai fait mon temps, tout ce que j’avais de bien a été sacrifié à son service: maintenant une créature plus fraîche et plus jeune lui est naturellement plus agréable. Ils ont certainement parlé de moi ensemble; pis que cela, ils m’ont passée sous silence, conçois-tu?» Et son regard s’enflammait de jalousie.
«Que viendra-t-il me dire après cela? pourrai-je d’ailleurs le croire! Jamais. Non, tout est fini pour moi, tout ce qui constituait la récompense de mes peines, de mes souffrances… Le croirais-tu? tout à l’heure je faisais travailler Grisha? Jadis c’était une joie pour moi: maintenant c’est un tourment. Pourquoi me do
– Chère Dolly, je conçois tout cela, mais ne te torture pas ainsi; tu es trop agitée, trop froissée pour voir les choses sous leur vrai jour.»
Dolly se calma, et pendant quelques minutes toutes deux gardèrent le silence.
«Que faire? A
A
«Voici ce que je pense, dit-elle enfin; comme sœur je co