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– Prenez garde, ma chère, dit à l’oreille de Marie sa gracieuse et adorable compagne, allez-vous-en.

La comtesse regarda son mari pour lui demander son bras par une de ces œillades que les maris ne compre

– Mon cher, dit madame d’Espard à l’oreille de Raoul, vous êtes un heureux coquin. Vous avez fait ce soir plus d’une conquête, mais entre autres, celle de la charmante femme qui nous a si brusquement quittés.

– Sais-tu ce que la marquise d’Espard a voulu me dire? demanda Raoul à Blondet en lui rappelant le propos de cette grande dame quand ils furent à peu près seuls, entre une heure et deux du matin.

– Mais je viens d’apprendre que la comtesse de Vandenesse est tombée amoureuse-folle de toi. Tu n’es pas à plaindre.

– Je ne l’ai pas vue, dit Raoul.

– Oh! tu la verras, fripon, dit Émile Blondet en éclatant de rire. Lady Dudley t’a engagé à son grand bal précisément pour que tu la rencontres.

Raoul et Blondet partirent ensemble avec Rastignac, qui leur offrit sa voiture. Tous trois se mirent à rire de la réunion d’un sous-secrétaire-d’état éclectique, d’un républicain féroce et d’un athée politique.

– Si nous soupions aux dépens de l’ordre de choses actuel? dit Blondet qui voulait remettre les soupers en ho

Rastignac les ramena chez Véry, renvoya sa voiture, et tous trois s’attablèrent en analysant la société présente et riant d’un rire rabelaisien. Au milieu du souper, Rastignac et Blondet conseillèrent à leur e

– Mes amis, leur dit-il, vous co

– Va, va, mon bonhomme, lui dit Rastignac; démanche sur la quatrième corde la prière de Moïse, comme Paganini.

Raoul resta muet, les yeux fixes, hébétés.

– Ce vil apprenti ministre ne me comprend pas, dit-il après un moment de silence.

Ainsi, pendant que la pauvre Ève de la rue du Rocher se couchait dans les langes de la honte, s’effrayait du plaisir avec lequel elle avait écouté ce prétendu grand poète, et flottait entre la voix sévère de sa reco

Marie, en ce moment, comparait Raoul et Félix, sans se douter du danger que court le cœur à faire de semblables parallèles. Rien au monde ne contrastait mieux que le désordo

– Que dites-vous de Raoul Nathan, demanda-t-elle en déjeunant à son mari.

– Un joueur de gobelets, répondit le comte, un de ces volcans qui se calment avec un peu de poudre d’or. La comtesse de Montcornet a eu tort de l’admettre chez elle. Cette réponse froissa d’autant plus Marie que Félix, au fait du monde littéraire, appuya son jugement de preuves en racontant ce qu’il savait de la vie de Raoul Nathan, vie précaire, mêlée à celle de Florine, une actrice en renom. – Si cet homme a du génie, dit-il en terminant, il n’a ni la constance ni la patience qui le consacrent et le rendent chose divine. Il veut en imposer au monde en se mettant sur un rang où il ne peut se soutenir. Les vrais talents, les gens studieux, honorables, n’agissent pas ainsi: ils marchent courageusement dans leur voie, ils acceptent leurs misères et ne les couvrent pas d’oripeaux.

La pensée d’une femme est douce d’une incroyable élasticité: quand elle reçoit un coup d’assommoir, elle plie, paraît écrasée, et reprend sa forme dans un temps do