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– Les femmes, dit-elle les larmes aux yeux, ne peuvent donc qu’aimer, les hommes ont mille moyens d’agir; nous autres, nous ne pouvons que penser, prier, adorer.

Tant d’amour voulait une récompense. Elle regarda, comme un rossignol qui veut descendre de sa branche à une source, si elle était seule dans la solitude, si le silence ne cachait aucun témoin; puis elle leva la tête vers Raoul, qui pencha la sie

– Je voudrais que vous n’eussiez jamais aimé que moi! dit-elle.

– Votre vœu est réalisé, répondit Raoul. Nous nous sommes révélé l’un à l’autre le véritable amour.

Il disait vrai. En se posant devant ce jeune cœur en homme pur, Raoul s’était pris à ses phrases panachées de beaux sentiments. D’abord purement spéculatrice et vaniteuse, sa passion était devenue sincère. Il avait commencé par mentir, il finissait par dire vrai. Il y a d’ailleurs chez tout écrivain un sentiment difficilement étouffé qui le porte à l’admiration du beau moral. Enfin, à force de faire des sacrifices, un homme s’intéresse à l’être qui les exige. Les femmes du monde, de même que les courtisanes, ont l’instinct de cette vérité; peut-être même la pratiquent-elles sans la co

– Vous pouvez me jurer, dit Marie, que vous n’êtes et ne serez jamais à aucune femme?

– Il n’y aurait pas plus de temps dans ma vie pour une autre femme que de place dans mon cœur, répondit-il sans croire faire un mensonge, tant il méprisait Floride.

– Je vous crois, dit-elle.

Arrivés dans l’allée où statio

– Vous n’êtes pas venu dire adieu aux Italiens? lui demanda lady Dudley chez laquelle elle se rendit après cette représentation.

– Non, je suis allée au Gymnase. On do

– Je ne puis souffrir le vaudeville. Je suis pour cela comme Louis XIV pour les Téniers, dit lady Dudley.

– Moi, répondit madame d’Espard, je trouve que les auteurs ont fait des progrès. Les vaudevilles sont aujourd’hui de charmantes comédies, pleines d’esprit, qui demandent beaucoup de talent, et je m’y amuse fort.

– Les acteurs sont d’ailleurs excellents, dit Marie. Ceux du Gymnase ont très-bien joué ce soir; la pièce leur plaisait, le dialogue est fin, spirituel.

– Comme celui de Beaumarchais, dit lady Dudley.

– Monsieur Nathan n’est point encore Molière; mais… dit madame d’Espard en regardant la comtesse.

– Il fait des vaudevilles, dit madame Charles de Vandenesse.

– Et défait des ministères, reprit madame de Manerville.

La comtesse garda le silence; elle cherchait à répondre par des épigrammes acérées; elle se sentait le cœur agité par des mouvements de rage; elle ne trouva rien de mieux que dire: – Il en fera peut-être.

Toutes les femmes échangèrent un regard de mystérieuse intelligence. Quand Marie de Vandenesse partit, Moïna de Saint-Héeren s’écria: – Mais elle adore Nathan!

– Elle ne fait pas de cachotteries, dit madame d’Espard.

Le mois de mai vint, Vandenesse emmena sa femme à sa terre où elle ne fut consolée que par les lettres passio

L’absence de la comtesse aurait pu sauver Raoul du gouffre dans lequel il avait mis le pied, si Florine eût été près de lui; mais il était seul, au milieu d’amis devenus ses e