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En rentrant chez lui, Raoul trouva deux mots de Florine apportés par la femme de chambre, un sommeil invincible ne lui permit pas de les lire; il se coucha dans les fraîches délices du suave amour qui manquait à sa vie. Quelques heures après, il lut dans cette lettre d’importantes nouvelles que ni Rastignac ni de Marsay n’avaient laissé transpirer. Une indiscrétion avait appris à l’actrice la dissolution de la chambre après la session. Raoul vint chez Florine aussitôt et envoya quérir Blondet. Dans le boudoir de la comédie

À cette époque, une foule de journaux créés pour chaque nuance accusaient l’effroyable pêle-mêle politique appelé gâchis par un soldat. Blondet, l’esprit le plus judicieux de l’époque, mais judicieux pour autrui, jamais pour lui semblable à ces avocats qui font mal leurs propres affaires, était sublime dans ces discussions privées. Il conseilla donc à Nathan de ne pas apostasier brusquement.

– Napoléon l’a dit, on ne fait pas de jeunes républiques avec de vieilles monarchies. Ainsi, mon cher, deviens le héros, le créateur du centre gauche de la future chambre, et tu arriveras fin politique. Une fois admis, une fois dans le gouvernement, on est ce qu’on veut, on est de toutes les opinions qui triomphent!

Nathan décida de créer un journal politique quotidien, d’y être le maître absolu, de rattacher à ce journal un des petits journaux qui foiso

– Tu n’as pas le sou!

– Je ferai un drame!

– Il tombera.

– Eh! bien, il tombera, dit Nathan.

Il parcourut, suivi de Blondet, qui le croyait fou, l’appartement de Florine; regarda d’un œil avide les richesses qui y étaient entassées. Blondet le comprit alors.

– Il y a là cent et quelques mille francs, dit Émile.

– Oui, dit en soupirant Raoul devant le somptueux lit de Florine; mais j’aimerais mieux être toute ma vie marchand de chaînes de sûreté sur le boulevard et vivre de pommes de terre frites que de vendre une patère de cet appartement.

– Pas une patère, dit Blondet, mais tout! l’ambition est comme la mort, elle doit mettre sa main sur tout, elle sait que la vie la talo

– Non! cent fois non! J’accepterais tout de la comtesse d’hier, mais ôter à Florine sa coquille?…

– Renverser son hôtel des mo

– D’après ce que j’ai compris, lui dit Florine en se montrant soudain, tu vas faire de la politique au lieu de faire du théâtre.

– Oui, ma fille, oui, dit avec un ton de bonhomie Raoul en la prenant par le cou et en la baisant au front. Tu fais la moue? Y perdras-tu? le ministre ne fera-t-il pas obtenir mieux que le journaliste à la reine des planches un meilleur engagement? N’auras-tu pas des rôles et des congés?

– Où prendras-tu de l’argent? dit-elle.

– Chez mon oncle, répondit Raoul.

Florine co

– Ne t’inquiète pas, mon petit bijou, dit Blondet à Florine en lui tapotant ses épaules, je lui procurerai l’assistance de Massol, un avocat qui veut être garde des sceaux, de du Tillet qui veut être député, de Finot qui se trouve encore derrière un petit journal, de Plantin qui veut être maître des requêtes et qui trempe dans une Revue. Oui, je le sauverai de lui-même: nous convoquerons ici Étie

– À l’hôpital ou au ministère, où vont les gens ruinées de corps ou d’esprit, dit Raoul.

– Quand les traitez-vous?

– Ici, dit Raoul, dans cinq jours.

– Tu me diras la somme qu’il faudra, demanda simplement Florine.

– Mais l’avocat, mais du Tillet et Raoul ne peuvent pas s’embarquer sans chacun une centaine de mille francs, dit Blondet. Le journal ira bien ainsi pendant dix-huit mois, le temps de s’élever ou de tomber à Paris.

Florine fit une petite moue d’approbation. Les deux amis montèrent dans un cabriolet pour aller raccoler les convives, les plumes, les idées et les intérêts.

La belle actrice fit venir, elle, quatre riches marchands de meubles de curiosités, de tableaux et de bijoux. Ces hommes entrèrent dans ce sanctuaire et y inventorièrent tout, comme si Florine était morte. Elle les menaça d’une vente publique au cas où ils serreraient leur conscience pour une meilleure occasion. Elle venait, disait-elle, de plaire à un lord anglais dans un rôle moyen-âge, elle voulait placer toute sa fortune mobilière pour avoir l’air pauvre et se faire do

– À prendre ou à laisser, dit-elle.

Le marché fut conclu. Quand les marchands eurent décampé, l’actrice sauta de joie comme les collines du roi David. Elle fit mille folies, elle ne se croyait pas si riche. Quand vint Raoul, elle joua la fâchée avec lui. Elle se dit abando