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CINQUIÈME PROMENADE
De toutes les habitations où j’ai demeuré (et j’en ai eu de charmantes), aucune ne m’a rendu si véritablement heureux et ne m’a laissé de si tendres regrets que l’île de Saint-Pierre au milieu du lac de Bie
Les rives du lac de Bie
Il n’y a dans l’île qu’une seule maison mais grande, agréable et commode, qui appartient à l’hôpital de Berne ainsi que l’île, et où loge un receveur avec sa famille et ses domestiques. Il y entretient une nombreuse basse-cour, une volière et des réservoirs pour le poisson. L’île dans sa petitesse est tellement variée dans ses terrains et ses aspects, qu’elle offre toutes sortes de sites et souffre toutes sortes de cultures. On y trouve des champs, des vignes, des bois, des vergers, de gras pâturages ombragés de bosquets et bordés d’arbrisseaux de toute espèce dont le bord des eaux entretient la fraîcheur; une haute terrasse plantée de deux rangs d’arbres borde l’île dans sa longueur, et dans le milieu de cette terrasse on a bâti un joli salon où les habitants des rives voisines se rassemblent et vie
C’est dans cette île que je me réfugiai après la lapidation de Motiers. J’en trouvai le séjour si charmant, j’y menais une vie si convenable à mon humeur que, résolu d’y finir mes jours, je n’avais d’autre inquiétude sinon qu’on ne me laissât pas exécuter ce projet qui ne s’accordait pas avec celui de m’entraîner en Angleterre, dont je sentais déjà les premiers effets. Dans les pressentiments qui m’inquiétaient j’aurais voulu qu’on m’eût fait de cet asile une prison perpétuelle, qu’on m’y eût confiné pour toute ma vie, et qu’en m’ôtant toute puissance et tout espoir d’en sortir, on m’eût interdit toute espèce de communication avec la terre ferme de sorte qu’ignorant tout ce qui se faisait dans le monde j’en eusse oublié l’existence et qu’on y eût oublié la mie
On ne m’a laissé passer guère que deux mois dans cette île, mais j’y aurais passé deux ans, deux siècles, et toute l’éternité sans m’y e
Quel était donc ce bonheur et en quoi consistait sa jouissance? Je le do
L’espoir qu’on ne demanderait pas mieux que de me laisser dans ce séjour isolé où je m’étais enlacé de moi-même, dont il m’était impossible de sortir sans assistance et sans être bien aperçu, et où je ne pouvais avoir ni communication ni correspondance que par le concours des gens qui m’entouraient, cet espoir, dis-je, me do