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Il était ébahi de son sang-froid et de sa présence d’esprit. Où donc puisait-elle cette audace virile, elle autrefois si craintive et qui pour un rien rougissait… Ah! elle devait être bien puissante, la passion qui do
– Et si je n’acceptais pas les… conditions qu’on prétend m’imposer? interrogea M. de Sairmeuse.
– On utiliserait le brouillon de la circulaire…
– Qu’entendez-vous par là?…
– Je veux dire, monsieur, que demain, de bon matin, partirait pour Paris un homme de confiance, chargé de mettre ce document sous les yeux de divers perso
– Ah!… misérable!… interrompit le duc, scélérate, coquine, vipère…
Toutes les injures qui lui vinrent à la mémoire, il les égrena comme un chapelet. Il était hors de soi, il écumait, les yeux lui sortaient de la tête, il ne savait plus ce qu’il disait.
– Voilà, criait-il avec des gestes furibonds, voilà ce qu’il fallait craindre. Oui, j’ai des e
Qu’on nous envoie de Paris quelque coquin intéressé à notre perte, et il saura vite, marquis, vos relations avec Lacheneur… Il criera sur les toits que Chanlouineau en plein tribunal vous déclarait son complice et son chef… Il vous fera déshabiller par des médecins qui, voyant une cicatrice fraîche, vous demanderont où vous avez reçu une blessure et pourquoi vous l’avez cachée…
Après cela, de quoi ne m’accuserait-on pas?… On dirait que j’ai brusqué la procédure pour étouffer les voix qui s’élevaient contre mon fils… Peut-être irait-on jusqu’à insinuer que je favorisais sous main le soulèvement… Je serais vilipendé dans tous les journaux!…
Et qui aurait, s’il vous plaît, renversé la fortune de notre maison quand j’allais la porter si haut?… Vous seul, marquis…
Mais c’est ainsi… On se targue de diplomatie, de profondeur, de pénétration, on joue au Talleyrand et on se laisse jouer par le premier paysan venu…
On ne croit à rien, on doute de tout, on est froid, sceptique, dédaigneux, frondeur, railleur, usé, blasé… Mais qu’un cotillon paraisse, bssst!… On s’enflamme comme un séminariste et on est prêt à toutes les sottises… C’est à vous que je m’adresse, marquis… entendez-vous?… parlez!… qu’avez-vous à dire?…
Martial avait écouté d’un air froidement railleur, sans même essayer d’interrompre.
Il répondit lentement:
– Je pense, monsieur, que si Mlle Lacheneur avait quelques doutes sur la valeur du document qu’elle possède… elle ne les a plus.
Cette réponse devait tomber comme un seau d’eau glacée sur la colère du duc de Sairmeuse. Il vit et comprit sa folie, et tout épouvanté de ce qu’il venait de dire, il demeura stupide d’éto
Sans daigner ajouter un mot, le marquis se retourna vers Marie-A
– Voulez-vous nous dire, mademoiselle, demanda-t-il, ce qu’on exige de mon père en échange de cette lettre?…
– La vie et la liberté du baron d’Escorval, monsieur.
Cela secoua le duc comme une décharge électrique.
– Ah!… s’écria-t-il, je savais bien qu’on me demanderait l’impossible!…
À son exaltation, un profond abattement succédait. Il se laissa tomber sur un fauteuil, et le front entre ses mains il se recueillit, cherchant évidemment un expédient.
– Pourquoi n’être pas venue me trouver avant le jugement, murmurait-il. Alors, je pouvais tout… Maintenant j’ai les mains liées. La commission a prononcé, il faut que le jugement s’exécute…
Il se leva, et du ton d’un homme résigné à tout:
– Décidément, fit-il, je risquerais à essayer seulement de sauver le baron – il lui rendait son titre, tant il était troublé – mille fois plus que je n’ai à craindre de mes e
Le duc se disposait à quitter le salon, Martial le retint d’un signe.
– Réfléchissons encore, dit-il, avant de jeter le manche après la cognée… Notre situation n’est pas sans précédents. Il y a quatre mois de cela, le comte de Lavalette venait d’être condamné à mort. Le roi souhaitait vivement faire grâce, mais son entourage, des ministres, les gens de la cour s’y opposaient de toutes leurs forces… Que fit le roi, qui était le maître, cependant?… Il parut rester sourd à toutes les supplications, on dressa l’échafaud… et cependant Lavalette fut sauvé!… Et il n’y eut perso
Marie-A
– Oui, s’écria-t-elle, le comte de Lavalette, protégé par une royale co
La simplicité de l’expédient, l’autorité de l’exemple surtout, devaient frapper vivement le duc de Sairmeuse.
Il garda un moment le silence, et Marie-A
– Une évasion, murmurait-il, c’est encore bien chanceux… Cependant, avec un peu d’adresse, si on était sûr du secret…
– Oh! le secret sera religieusement gardé, monsieur le duc… interrompit Marie-A
D’un coup d’œil, Martial lui recommanda le silence.
– On peut toujours, reprit-il, étudier l’expédient et calculer ses conséquences… cela n’engage à rien. Quand doit être exécuté le jugement?
M. de Sairmeuse répondit:
– Demain.
Cette terrible réponse n’arracha pas un tressaillement à Marie-A
– Nous n’avons donc que la nuit devant nous, reprit le jeune marquis… Par bonheur il n’est que sept heures et demie, et jusqu’à dix heures mon père peut se montrer à la citadelle sans éveiller le moindre soupçon…
Il s’interrompit. Ses yeux, où éclatait la plus absolue confiance, se voilaient.