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«Quand j’aurai mélangé ce miel avec la pâte de l’artocarpus, nous dit-il, je serai en mesure de vous offrir un gâteau succulent.
– Parbleu! fit Conseil, ce sera du pain d’épice.
– Va pour le pain d’épice, dis-je, mais reprenons cette intéressante promenade.»
A certains détours du sentier que nous suivions alots, le lac apparaissait dans toute son étendue. Le fanal éclairait en entier sa surface paisible qui ne co
En ce moment, nous contournions la crête la plus élevée de ces premiers plans de roches qui soutenaient la voûte. Je vis alors que les abeilles n’étaient pas les seuls représentants du règne animal à l’intérieur de ce volcan. Des oiseaux de proie planaient et tournoyaient çà et là dans l’ombre, ou s’enfuyaient de leurs nids perchés sur des pointes de roc. C’étaient des éperviers au ventre blanc, et des crécelles criardes. Sur les pentes détalaient aussi, de toute la rapidité de leurs échasses, de belles et grasses outardes. Je laisse à penser si la convoitise du Canadien fut allumée à la vue de ce gibier savoureux, et s’il regretta de ne pas avoir un fusil entre ses mains. Il essaya de remplacer le plomb par les pierres, et après plusieurs essais infructueux, il parvint à blesser une de ces magnifiques outardes. Dire qu’il risqua vingt fois sa vie pour s’en emparer, ce n’est que vérité pure, mais il fit si bien que l’animal alla rejoindre dans son sac les gâteaux de miel.
Nous dûmes alors redescendre vers le rivage, car la crête devenait impraticable. Au-dessus de nous, le cratère béant apparaissait comme une large ouverture de puits. De cette place, le ciel se laissait distinguer assez nettement, et je voyais courir des nuages échevelés par le vent d’ouest, qui laissaient traîner jusqu’au sommet de la montagne leurs brumeux haillons. Preuve certaine que ces nuages se tenaient à une hauteur médiocre, car le volcan ne s’élevait pas à plus de huit cents pieds au-dessus du niveau de l’Océan.
Une demi-heure après le dernier exploit du Canadien nous avions regagné le rivage intérieur. Ici, la flore était représentée par de larges tapis de cette criste-marine, petite plante ombellifère très bo
En cet endroit s’ouvrait une magnifique grotte. Mes compagnons et moi nous prîmes plaisir à nous étendre sur son sable fin. Le feu avait poli ses parois émaillées et étincelantes, toutes saupoudrées de la poussière du mica. Ned Land en tâtait les murailles et cherchait à sonder leur épaisseur. Je ne pus m’empêcher de sourire. La conversation se mit alors sur ses éternels projets d’évasion, et je crus pouvoir, sans trop m’avancer, lui do
Nous étions étendus depuis une heure dans cette grotte charmante. La conversation, animée au début, languissait alors. Une certaine somnolence s’emparait de nous. Comme je ne voyais aucune raison de résister au sommeil, je me laissai aller à un assoupissement profond. Je rêvais – on ne choisit pas ses rêves – je rêvais que mon existence se réduisait à la vie végétative d’un simple mollusque. Il me semblait que cette grotte formait la double valve de ma coquille…
Tout d’un coup, je fus réveillé par la voix de Conseil.
«Alerte! Alerte! criait ce digne garçon.
– Qu’y a-t-il? demandai-je, me soulevant à demi.
– L’eau nous gagne!»
Je me redressai. La mer se précipitait comme un torrent dans notre retraite, et, décidément, puisque nous n’étions pas des mollusques, il fallait se sauver.
En quelques instants, nous fûmes en sûreté sur le sommet de la grotte même.
«Que se passe-t-il donc? demanda Conseil. Quelque nouveau phénomène?
– Eh non! mes amis, répondis-je, c’est la marée, ce n’est que la marée qui a failli nous surprendre comme le héros de Walter Scott! L’Océan se gonfle au-dehors, et par une loi toute naturelle d’équilibre, le niveau du lac monte également. Nous en sommes quittes pour un demi-bain. Allons nous changer au Nautilus.»
Trois quarts d’heure plus tard, nous avions achevé notre promenade circulaire et nous rentrions à bord. Les hommes de l’équipage achevaient en ce moment d’embarquer les provisions de sodium, et le Nautilusaurait pu partir à l’instant.
Cependant, le capitaine Nemo ne do
Quoi qu’il en soit, le lendemain, le Nautilus, ayant quitté son port d’attache, naviguait au large de toute terre, et à quelques mètres au-dessous des flots de l’Atlantique.
XI LA MER DE SARGASSES
La direction du Nautilus ne s’était pas modifiée. Tout espoir de revenir vers les mers europée
Ce jour-là, le Nautilus traversa une singulière portion de l’Océan atlantique. Perso
Or, ce second bras – c’est plutôt un collier qu’un bras – entoure de ses a
La mer de Sargasses, à proprement parler, couvre toute la partie immergée de l’Atlantide. Certains auteurs ont même admis que ces nombreuses herbes dont elle est semée sont arrachées aux prairies de cet ancien continent. Il est plus probable, cependant, que ces herbages, algues et fucus, enlevés au rivage de l’Europe et de l’Amérique, sont entraînés jusqu’à cette zone par le Gulf Stream. Ce fut là une des raisons qui amenèrent Colomb à supposer l’existence d’un nouveau monde. Lorsque les navires de ce hardi chercheur arrivèrent à la mer de Sargasses, ils naviguèrent non sans peine au milieu de ces herbes qui arrêtaient leur marche au grand effroi des équipages, et ils perdirent trois longues semaines à les traverser.