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Quel spectacle! Comment le rendre? Comment peindre l’aspect de ces bois et de ces rochers dans ce milieu liquide, leurs dessous sombres et farouches, leurs dessus colorés de tons rouges sous cette clarté que doublait la puissance réverbérante des eaux? Nous gravissions des rocs qui s’éboulaient ensuite par pans énormes avec un sourd grondement d’avalanche. A droite, à gauche, se creusaient de ténébreuses galeries où se perdait le regard. Ici s’ouvraient de vastes clairières, que la main de l’homme semblait avoir dégagées, et je me demandais parfois si quelque habitant de ces régions sous-marines n’allait pas tout à coup m’apparaître.

Mais le capitaine Nemo montait toujours. Je ne voulais pas rester en arrière. Je le suivais hardiment. Mon bâton me prêtait un utile secours. Un faux pas eût été dangereux sur ces étroites passes évidées aux flancs des gouffres; mais j’y marchais d’un pied ferme et sans ressentir l’ivresse du vertige. Tantôt je sautais une crevasse dont la profondeur m’eût fait reculer au milieu des glaciers de la terre; tantôt je m’aventurais sur le tronc vacillant des arbres jetés d’un abîme à l’autre, sans regarder sous mes pieds, n’ayant des yeux que pour admirer les sites sauvages de cette région. Là, des rocs monumentaux, penchant sur leurs bases irrégulièrement découpées, semblaient défier les lois de l’équilibre. Entre leurs genoux de pierre, des arbres poussaient comme un jet sous une pression formidable, et soutenaient ceux qui les soutenaient eux-mêmes. Puis, des tours naturelles, de larges pans taillés à pic comme des courtines, s’inclinaient sous un angle que les lois de la gravitation n’eussent pas autorisé à la surface des régions terrestres.

Et moi-même ne sentais-je pas cette différence due à la puissante densité de l’eau, quand, malgré mes lourds vêtements, ma tête de cuivre, mes semelles de métal, je m’élevais sur des pentes d’une impraticable raideur, les franchissant pour ainsi dire avec la légèreté d’un isard ou d’un chamois!

Au récit que je fais de cette excursion sous les eaux, je sens bien que je ne pourrai être vraisemblable! Je suis l’historien des choses d’apparence impossible qui sont pourtant réelles, incontestables. Je n’ai point rêvé. J’ai vu et senti!

Deux heures après avoir quitté le Nautilus, nous avions franchi la ligne des arbres, et à cent pieds au-dessus de nos têtes se dressait le pic de la montagne dont la projection faisait ombre sur l’éclatante irradiation du versant opposé. Quelques arbrisseaux pétrifiés couraient çà et là en zigzags grimaçants. Les poissons se levaient en masse sous nos pas comme des oiseaux surpris dans les hautes herbes. La masse rocheuse était creusée d’impénétrables anfractuosités, de grottes profondes, d’insondables trous, au fond desquels j’entendais remuer des choses formidables. Le sang me refluait jusqu’au cœur, quand j’apercevais une ante

Quel était ce monde exorbitant que je ne co

Mais je ne pouvais m’arrêter. Le capitaine Nemo, familiarisé avec ces terribles animaux, n’y prenait plus garde. Nous étions arrivés à un premier plateau, ou d’autres surprises m’attendaient encore. Là se dessinaient de pittoresques ruines, qui trahissaient la main de l’homme, et non plus celle du Créateur. C’étaient de vastes amoncellements de pierres où l’on distinguait de vagues formes de châteaux, de temples, revêtus d’un monde de zoophytes en fleurs, et auxquels, au lieu de lierre, les algues et les fucus faisaient un épais manteau végétal.

Mais qu’était donc cette portion du globe engloutie par les cataclysmes? Qui avait disposé ces roches et ces pierres comme des dolmens des temps anté-historiques? Où étais-je, où m’avait entraîné la fantaisie du capitaine Nemo?

J’aurais voulu l’interroger. Ne le pouvant, je l’arrêtai. Je saisis son bras. Mais lui, secouant la tête, et me montrant le dernier sommet de la montagne, sembla me dire:

«Viens! viens encore! viens toujours!»

Je le suivis dans un dernier élan, et en quelques minutes, j’eus gravi le pic qui dominait d’une dizaine de mètres toute cette masse rocheuse.

Je regardai ce côté que nous venions de franchir. La montagne ne s’élevait que de sept à huit cents pieds au-dessus de la plaine; mais de son versant opposé, elle dominait d’une hauteur double le fond en contre bas de cette portion de l’Atlantique. Mes regards s’étendaient au loin et embrassaient un vaste espace éclairé par une fulguration violente. En effet, c’était un volcan que cette montagne. A cinquante pieds au-dessous du pic, au milieu d’une pluie de pierres et de scories, un large cratère vomissait des torrents de lave, qui se dispersaient en cascade de feu au sein de la masse liquide. Ainsi posé, ce volcan, comme un immense flambeau, éclairait la plaine inférieure jusqu’aux dernières limites de l’horizon.

J’ai dit que le cratère sous-marin rejetait des laves, mais non des flammes. Il faut aux flammes l’oxygène de l’air, et elles ne sauraient se développer sous les eaux; mais des coulées de lave, qui ont en elles le principe de leur incandescence, peuvent se porter au rouge blanc, lutter victorieusement contre l’élément liquide et se vaporiser à son contact. De rapides courants entraînaient tous ces gaz en diffusion, et les torrents laviques glissaient jusqu’au bas de la montagne, comme les déjections du Vésuve sur un autre Torre del Greco.

En effet, là, sous mes yeux, ruinée, abîmée, jetée bas, apparaissait une ville détruite, ses toits effondrés, ses temples abattus, ses arcs disloqués, ses colo

Où étais-je? Où étais-je? Je voulais le savoir à tout prix, je voulais parler, je voulais arracher la sphère de cuivre qui empriso

Mais le capitaine Nemo vint à moi et m’arrêta d’un geste. Puis, ramassant un morceau de pierre crayeuse, il s’avança vers un roc de basalte noire et traça ce seul mot:

ATLANTIDE

Quel éclair traversa mon esprit! L’Atlantide, l’ancie