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«Vous pouvez vous retirer, monsieur Aro
Je laissai le capitaine dans la cabine du mourant, et je regagnai ma chambre. très ému de cette scène. Pendant toute la journée, je fus agité de sinistres pressentiments. La nuit, je dormis mal, et, entre mes songes fréquemment interrompus, je crus entendre des soupirs lointains et comme une psalmodie funèbre. Était-ce la prière des morts, murmurée dans cette langue que je ne savais comprendre?
Le lendemain matin, je montai sur le pont. Le capitaine Nemo m’y avait précédé. Dès qu’il m’aperçut. il vint à moi.
«Monsieur le professeur, me dit-il, vous conviendrait-il de faire aujourd’hui une excursion sous-marine?
– Avec mes compagnons? demandai-je.
– Si cela leur plaît.
– Nous sommes à vos ordres, capitaine.
– Veuillez donc aller revêtir vos scaphandres.»
Du mourant ou du mort il ne fut pas question. Je rejoignis Ned Land et Conseil. Je leur fis co
Il était huit heures du matin. A huit heures et demie, nous étions vêtus pour cette nouvelle promenade, et munis des deux appareils d’éclairage et de respiration. La double porte fut ouverte, et, accompagnés du capitaine Nemo que suivaient une douzaine d’hommes de l’équipage, nous prenions pied à une profondeur de dix mètres sur le sol ferme où reposait le Nautilus.
Une légère pente aboutissait à un fond accidenté. par quinze brasses de profondeur environ. Ce fond différait complètement de celui que j’avais visité pendant ma première excursion sous les eaux de l’Océan Pacifique. Ici, point de sable fin, point de prairies sous-marines, nulle forêt pélagie
Dans l’embranchement des zoophytes et dans la classe des alcyo
Le corail est un ensemble d’animalcules, réunis sur un polypier de nature cassante et pierreuse. Ces polypes ont un générateur unique qui les a produits par bourgeo
Les appareils Rumhkorff furent mis en activité, et nous suivîmes un banc de corail en voie de formation, qui, le temps aidant, fermera un jour cette portion de l’océan indien. La route était bordée d’inextricables buissons formés par l’enchevêtrement d’arbrisseaux que couvraient de petites fleurs étoilées à rayons blancs. Seulement, à l’inverse des plantes de la terre, ces arborisations, fixées aux rochers du sol, se dirigeaient toutes de haut en bas.
La lumière produisait mille effets charmants en se jouant au milieu de ces ramures si vivement colorées. Il me semblait voir ces tubes membraneux et cylindriques trembler sous l’ondulation des eaux. J’étais tenté de cueillir leurs fraîches corolles ornées de délicats tentacules, les unes nouvellement épanouies, les autres naissant à peine, pendant que de légers poissons, aux rapides nageoires, les effleuraient en passant comme des volées d’oiseaux. Mais, si ma main s’approchait de ces fleurs vivantes, de ces sensitives animées, aussitôt l’alerte se mettait dans la colonie. Les corolles blanches rentraient dans leurs étuis rouges, les fleurs s’évanouissaient sous mes regards, et le buisson se changeait en un bloc de mamelons pierreux.
Le hasard m’avait mis là en présence des plus précieux échantillons de ce zoophyte. Ce corail valait celui qui se pêche dans la Méditerranée, sur les côtes de France, d’Italie et de Barbarie. Il justifiait par ses tons vifs ces noms poétiques de fleur de sang et d’écume de sang que le commerce do
Mais bientôt les buissons se resserrèrent, les arborisations grandirent. De véritables taillis pétrifiés et de longues travées d’une architecture fantaisiste s’ouvrirent devant nos pas. Le capitaine Nemo s’engagea sous une obscure galerie dont la pente douce nous conduisit à une profondeur de cent mètres. La lumière de nos serpentins produisait parfois des effets magiques, en s’accrochant aux rugueuses aspérités de ces arceaux naturels et aux pendentifs disposés comme des lustres, qu’elle piquait de pointes de feu. Entre les arbrisseaux coralliens, j’observai d’autres polypes non moins curieux, des mélites, des iris aux ramifications articulées, puis quelques touffes de corallines, les unes vertes, les autres rouges, véritables algues encroûtées dans leurs sels calcaires, que les naturalistes, après longues discussions, ont définitivement rangées dans le règne végétal. Mais, suivant la remarque d’un penseur, «c’est peut-être là le point réel où la vie obscurément se soulève du sommeil de pierre, sans se détacher encore de ce rude point de départ».
Enfin, après deux heures de marche, nous avions atteint une profondeur de trois cents mètres environ, c’est-à-dire la limite extrême sur laquelle le corail commence à se former. Mais là, ce n’était plus le buisson isolé, ni le modeste taillis de basse futaie. C’était la forêt immense, les grandes végétations minérales, les énormes arbres pétrifiés, réunis par des guirlandes d’élégantes plumarias, ces lianes de la mer, toutes parées de nuances et de reflets. Nous passions librement sous leur haute ramure perdue dans l’ombre des flots, tandis qu’à nos pieds, les tubipores, les méandrines, les astrées, les fongies, les cariophylles, formaient un tapis de fleurs, semé de gemmes éblouissantes.
Quel indescriptible spectacle! Ah! que ne pouvions-nous communiquer nos sensations! Pourquoi étions-nous empriso
Cependant, le capitaine Nemo s’était arrêté. Mes compagnons et mol nous suspendîmes notre marche, et, me retournant, je vis que ses hommes formaient un demi-cercle autour de leur chef. En regardant avec plus d’attention, j’observai que quatre d’entre eux portaient sur leurs épaules un objet de forme oblongue.