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J’entendis alors les pa
Je voulus résister au sommeil. Ce fut impossible. Ma respiration s’affaiblit. Je sentis un froid mortel glacer mes membres alourdis et comme paralysés. Mes paupières, véritables calottes de plomb, tombèrent sur mes yeux. Je ne pus les soulever. Un sommeil morbide, plein d’hallucinations, s’empara de tout mon être. Puis, les visions disparurent, et me laissèrent dans un complet anéantissement.
XXIV LE ROYAUME DU CORAIL
Le lendemain, je me réveillai la tête singulièrement dégagée. A ma grande surprise, j’étais dans ma chambre. Mes compagnons. sans doute, avaient été réintégrés dans leur cabine, sans qu’ils s’en fussent aperçus plus que moi. Ce qui s’était passé pendant cette nuit, ils l’ignoraient comme je l’ignorais moi-même, et pour dévoiler ce mystère, je ne comptais que sur les hasards de l’avenir.
Je songeai alors à quitter ma chambre. Étais-je encore une fois libre ou priso
Ned Land et Conseil m’y attendaient. Je les interrogeai. Ils ne savaient rien. Endormis d’un sommeil pesant qui ne leur laissait aucun souvenir, ils avaient été très surpris de se retrouver dans leur cabine.
Quant au Nautilus, il nous parut tranquille et mystérieux comme toujours. Il flottait à la surface des flots sous une allure modérée. Rien ne semblait changé à bord.
Ned Land, de ses yeux pénétrants, observa la mer. Elle était déserte. Le Canadien ne signala rien de nouveau à l’horizon, ni voile, ni terre. Une brise d’ouest soufflait bruyamment, et de longues lames, échevelées par le vent, imprimaient à l’appareil un très sensible roulis.
Le Nautilus, après avoir renouvelé son air, se maintint à une profondeur moye
Quant au capitaine Nemo, il ne parut pas. Des gens du bord, je ne vis que l’impassible stewart, qui me servit avec son exactitude et son mutisme ordinaires.
Vers deux heures, j’étais au salon. occupé à classer mes notes, lorsque le capitaine ouvrit la porte et parut. Je le saluai. Il me rendit un salut presque imperceptible, sans m’adresser la parole. Je me remis à mon travail, espérant qu’il me do
Enfin, il vint vers moi et me dit:
«Etes-vous médecin, monsieur Aro
Je m’attendais si peu à cette demande, que je le regardai quelque temps sans répondre.
«Etes-vous médecin? répéta-t-il. Plusieurs de vos collègues ont fait leurs études de médecine, Gratiolet, Moquin-Tandon et autres.
– En effet, dis-je, je suis docteur et interne des hôpitaux. J’ai pratiqué pendant plusieurs a
– Bien, monsieur.»
Ma réponse avait évidemment satisfait le capitaine Nemo. Mais ne sachant où il en voulait venir, j’attendis de nouvelles questions, me réservant de répondre suivant les circonstances.
«Monsieur Aro
– Vous avez un malade?
– Oui.
– Je suis prêt à vous suivre.
– Venez.»
J’avouerai que mon cœur battait. Je ne sais pourquoi je voyais une certaine co
Le capitaine Nemo me conduisit à l’arrière du Nautilus, et me fit entrer dans une cabine située près du poste des matelots.
Là, sur un lit, reposait un homme d’une quarantaine d’a
Je me penchai sur lui. Ce n’était pas seulement un malade, c’était un blessé. Sa tête, emmaillotée de linges sanglants, reposait sur un double oreiller. Je détachai ces linges, et le blessé, regardant de ses grands yeux fixes, me laissa faire, sans proférer une seule plainte.
La blessure était horrible. Le crâne, fracassé par un instrument contondant, montrait la cervelle à nu, et la substance cérébrale avait subi une attrition profonde. Des caillots sanguins s’étaient formés dans la masse diffluente, qui affectait une couleur lie de vin. Il y avait eu à la fois contusion et commotion du cerveau. La respiration du malade était lente, et quelques mouvements spasmodiques des muscles agitaient sa face. La phlegmasie cérébrale était complète et entraînait la paralysie du sentiment et du mouvement.
Je pris le pouls du blessé. Il était intermittent. Les extrémités du corps se refroidissaient déjà, et je vis que la mort s’approchait, sans qu’il me parût possible de l’enrayer. Après avoir pansé ce malheureux, je rajustai les linges de sa tête, et je me retournai vers le capitaine Nemo.
«D’où vient cette blessure? Lui demandai-je.
– Qu’importe! répondit évasivement le capitaine. Un choc du Nautilus a brisé un des leviers de la machine, qui a frappé cet homme. Mais votre avis sur son état?»
J’hésitais à me prononcer.
«Vous pouvez parler, me dit le capitaine. Cet homme n’entend pas le français.»
Je regardai une dernière fois le blessé, puis je répondis:
«Cet homme sera mort dans deux heures.
– Rien ne peut le sauver?
– Rien.»
La main du capitaine Nemo se crispa, et quelques larmes glissèrent de ses yeux, que je ne croyais pas faits pour pleurer.
Pendant quelques instants, j’observai encore ce mourant dont la vie se retirait peu à peu. Sa pâleur s’accroissait encore sous l’éclat électrique qui baignait son lit de mort. Je regardais sa tête intelligente. sillo