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– Celle que j'ai choisie, et que tu co
– Je le sais.
– Eh bien?…
– C'est toi qui n'as pas tout ce qu'il faut pour l'être! S'e
– Je ne serai donc jamais heureux?…
– Non, tant que tu n'auras pas co
– Le malheur ne peut m'atteindre!
– Tant pis, car alors tu es incurable!
– Ah! ces philosophes! s'écria le plus jeune des convives. Il ne faut pas les écouter. Ce sont des machines à théories! Ils en fabriquent de toute sorte! Pure camelote, qui ne vaut rien à l'user! Marie-toi, marie-toi, ami! J'en ferais autant, si je n'avais fait vœu de ne jamais rien faire! Marie-toi, et, comme disent nos poètes, puissent les deux phénix t'apparaître toujours tendrement unis! Mes amis, je bois au bonheur de notre hôte!
– Et moi, répondit le philosophe, je bois à la prochaine intervention de quelque divinité protectrice, qui, pour le rendre heureux, le fasse passer par l'épreuve du malheur!»
Sur ce toast assez bizarre, les convives se levèrent, rapprochèrent leurs poings comme eussent fait des boxeurs au moment de la lutte; puis, après les avoir successivement baissés et remontés en inclinant la tête, ils prirent congé les uns des autres.
A la description du salon dans lequel ce repas a été do
En effet, c'était dans le salon d'un des bateaux-fleurs de la rivière des Perles à Canton, que le riche Kin-Fo, accompagné de l'inséparable Wang, le philosophe, venait de traiter quatre des meilleurs amis de sa jeunesse, Pao-Shen, un mandarin de quatrième classe à bouton bleu, Yin-Pang, riche négociant en soieries de la rue des Pharmaciens, Tim le viveur endurci – et Houal le lettré.
Et cela se passait le vingt-septième jour de la quatrième lune, pendant la première de ces cinq veilles, qui se partagent si poétiquement les heures de la nuit chinoise.
II DANS LEQUEL KIN-FO ET LE PHILOSOPHE WANG SONT POSÉS D'UNE FAÇON PLUS NETTE
Si Kin-Fo avait do
Kin-Fo habitait alors Shang-Haï, et, pour faire changer d'air à son e
Si Wang avait accompagné Kin-Fo, c'est que le philosophe ne quittait jamais son élève, auquel les leçons ne manquaient pas. A vrai dire, celui-ci n'en tenait aucun compte. Autant de maximes et de sentences perdues; mais la «machine à théories» – ainsi que l'avait dit ce viveur de Tim – ne se fatiguait pas d'en produire.
Kin-Fo était bien le type de ces Chinois du Nord, dont la race tend à se transformer, et qui ne se sont jamais ralliés aux Tartares. On n'eût pas rencontré son pareil dans les provinces du Sud, où les hautes et basses classes se sont plus intimement mélangées avec la race mantchoue. Kin-Fo, ni par son père ni par sa mère, dont les familles, depuis la conquête, se tenaient à l'écart, n'avait une goutte de sang tartare dans les veines. Grand, bien bâti, plutôt blanc que jaune, les sourcils tracés en droite ligne, les yeux disposés suivant l'horizontale et se relevant à peine vers les tempes, le nez droit, la face non aplatie, il eût été remarqué même auprès des plus beaux spécimens des populations de l'Occident.
En effet, si Kin-Fo se montrait Chinois, ce n'était que par son crâne soigneusement rasé, son front et son cou sans un poil, sa magnifique queue, qui, prenant naissance à l'occiput, se déroulait sur son dos comme un serpent de jais. Très soigné de sa perso
D'ailleurs Kin-Fo était né à Péking, avantage dont les Chinois se montrent très fiers. A qui l'interrogeait, il pouvait superbement répondre: «Je suis d'En-Haut!». C'était à Péking, en effet, que son père Tchoung-Héou demeurait au moment de sa naissance, et il avait six ans lorsque celui-ci vint se fixer définitivement à Shang-Haï.
Ce digne Chinois, d'une excellente famille du nord de l'Empire, possédait, comme ses compatriotes, de remarquables aptitudes pour le commerce. Pendant les premières a
Bref, Tchoung-Héou manœuvra si habilement, aussi bien dans son commerce avec l'intérieur de l'Empire que dans ses transactions avec les maisons portugaises, françaises, anglaises ou américaines de Shang-Haï de Macao et de Hong-Kong, qu'au moment où Kin-Fo venait au monde, sa fortune dépassait déjà quatre cent mille dollars.
Or, pendant les a
On sait, en effet, que la population de la Chine est surabondante et hors de proportion avec l'étendue de ce vaste territoire, diversement mais poétiquement nommé Céleste Empire, Empire du Milieu, Empire ou Terre des Fleurs.