Страница 2 из 53
Le repas n'avait rien laissé à désirer. Qu'imaginer de plus délicat que cette cuisine à la fois propre et savante? Le Bignon de l'endroit, sachant qu'il s'adressait à des co
Au début et comme entrée de jeu, figuraient des gâteaux sucrés, du caviar, des sauterelles frites, des fruits secs et des huîtres de Ning-Po. Puis se succédèrent, à courts intervalles, des œufs pochés de cane, de pigeon et de va
Le moment vint enfin où les jeunes servantes apportèrent, non pas de ces bols à la mode europée
Ce n'était toutefois qu'un entracte dans le repas, une heure de farniente, dont la musique allait remplir les instants.
En effet, une troupe de chanteuses et d'instrumentistes entra dans le salon. Les chanteuses étaient jeunes, jolies, de tenue modeste et décente. Mais quelle musique et quelle méthode! Des miaulements, des gloussements, sans mesure et sans tonalité, s'élevant en notes aiguës jusqu'aux dernières limites de perception du sens auditif! Quant aux instruments, violons dont les cordes s'enchevêtraient dans les fils de l'archet, guitares recouvertes de peaux de serpent, clarinettes criardes, harmonicas ressemblant à de petits pianos portatifs, ils étaient dignes des chants et des chanteuses, qu'ils accompagnaient à grand fracas.
Le chef de ce charivarique orchestre avait remis en entrant le programme de son répertoire. Sur un geste de l'amphitryon, qui lui laissait carte blanche, ses musiciens jouèrent le Bouquet des dix Fleurs, morceau très à la mode alors, dont raffolait le beau monde.
Puis, la troupe chantante et exécutante, bien payée d'avance, se retira, non sans emporter force bravos, dont elle alla faire encore une importante récolte dans les salons voisins.
Les six convives quittèrent alors leur siège, mais uniquement pour passer d'une table à une autre, – ce qu'ils firent non sans grandes cérémonies et compliments de toutes sortes.
Sur cette seconde table, chacun trouva une petite tasse à couvercle, agrémentée du portrait de Bôdhidharama, le célèbre moine bouddhiste, débout sur son radeau légendaire. Chacun reçut aussi une pincée de thé, qu'il mit infuser, sans sucre, dans l'eau bouillante que contenait sa tasse, et qu'il but presque aussitôt.
Quel thé! Il n'était pas à craindre que la maison Gibb-Gibb amp; Co., qui l'avait fourni, l'eût falsifié par le mélange malho
C'était le thé impérial dans toute sa pureté. C'étaient ces feuilles précieuses semblables à la fleur elle-même, ces feuilles de la première récolte du mois de mars, qui se fait rarement, car l'arbre en meurt, ces feuilles, enfin, que de jeunes enfants, aux mains soigneusement gantées, ont seuls le droit de cueillir!
Un Européen n'aurait pas eu assez d'interjections laudatives pour célébrer cette boisson, que les six convives humaient à petites gorgées, sans s'extasier autrement, – en co
C'est que ceux-ci, il faut le dire, n'en étaient plus à apprécier les délicatesses de cet excellent breuvage. Gens de la bo
En tout cas, ce à quoi ne s'attendaient ni les uns ni les autres, ce fut la communication que leur fit l'amphitryon, au moment où ils allaient enfin quitter la table. Pourquoi celui-ci les avait traités, ce jour-là, ils l'apprirent alors.
Les tasses étaient encore pleines. Au moment de vider la sie
– Et tu seras le plus heureux des hommes! s'écria l'optimiste. Regarde! Les pronostics sont pour toi!»
En effet, tandis que les lampes crépitaient en jetant de pâles lueurs, les pies jacassaient sur les arabesques des fenêtres, et les petites feuilles de thé flottaient perpendiculairement dans les tasses. Autant d'heureux présages qui ne pouvaient tromper!
Aussi, tous de féliciter leur hôte, qui reçut ces compliments avec la plus parfaite froideur. Mais, comme il ne nomma pas la perso
Cependant, le philosophe n'avait pas mêlé sa voix au concert général des félicitations. Les bras croisés, les yeux à demi clos, un sourire ironique sur les lèvres, il ne semblait pas plus approuver les complimenteurs que le complimenté.
Celui-ci se leva alors, lui mit la main sur l'épaule, et, d'une voix qui semblait moins calme que d'habitude: «Suis-je donc trop vieux pour me marier? lui demanda-t-il.
– Non.
– Trop jeune?
– Pas davantage.
– Tu trouves que j'ai tort?
– Peut-être!