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Raiponce
Il était une fois un mari et sa femme qui avaient depuis longtemps désiré avoir un enfant, quand enfin la femme fut dans l’espérance et pensa que le Bon Dieu avait bien voulu accomplir son vœu le plus cher. Sur le derrière de leur maison, ils avaient une petite fenêtre qui do
– Ah! lui répondit-elle, je vais mourir si je ne peux pas manger des raiponces du jardin de derrière chez nous!»
Le mari aimait fort sa femme et pensa: «plutôt que de la laisser mourir, je lui apporterai de ces raiponces, quoi qu’il puisse m’en coûter!» Le jour même, après le crépuscule, il escalada le mur du jardin de la sorcière, y prit en toute hâte une, pleine main de raiponces qu’il rapporta à son épouse. La femme s’en prépara immédiatement une salade, qu’elle mangea avec une grande avidité. Mais c’était si bon et cela lui avait tellement plu que le lendemain, au lieu que son envie fût satisfaite, elle avait triplé. Et pour la calmer, il fallut absolument que son mari retournât encore une fois dans le jardin. Au crépuscule, donc, il fit comme la veille, mais quand il sauta du mur dans le jardin, il se figea d’effroi car la sorcière était devant lui!
– Quelle audace de t’introduire dans mon jardin comme un voleur, lui dit-elle avec un regard furibond, et de venir me voler mes raiponces! Tu vas voir ce qu’il va t’en coûter!
– Oh! supplia-t-il, ne voulez-vous pas user de clémence et préférer miséricorde à justice? Si Je l’ai fait, si je me suis décidé à le faire, c’est que j’étais forcé: ma femme a vu vos raiponces par notre petite fenêtre, et elle a été prise d’une telle envie d’en manger qu’elle serait morte si elle n’en avait pas eu.
La sorcière fit taire sa fureur et lui dit: «Si c’est comme tu le prétends, je veux bien te permettre d’emporter autant de raiponces que tu voudras, mais à une condition: c’est que tu me do
Le mari, dans sa terreur, accepta tout sans discuter. Et quelques semaines plus tard, quand sa femme accoucha, la sorcière arriva aussitôt, do
Raiponce était une fillette, et la plus belle qui fut sous le soleil. Lorsqu’elle eut ses douze ans, la sorcière l’enferma dans une tour qui se dressait, sans escalier ni porte, au milieu d’une forêt. Et comme la tour n’avait pas d’autre ouverture qu’une minuscule fenêtre tout en haut, quand la sorcière voulait y entrer, elle appelait sous la fenêtre et criait:
Raiponce, Raiponce,
Descends-moi tes cheveux.
Raiponce avait de longs et merveilleux cheveux qu’on eût dits de fils d’or. En entendant la voix de la sorcière, elle défaisait sa coiffure, attachait le haut de ses nattes à un crochet de la fenêtre et les laissait se dérouler jusqu’en bas, à vingt aunes au-dessous, si bien que la sorcière pouvait se hisser et entrer.
Quelques a
Raiponce, Raiponce,
Descends-moi tes cheveux.
Alors Raiponce laissa se dérouler ses nattes et la sorcière grimpa. «Si c’est là l’escalier par lequel on monte, je veux aussi tenter ma chance», se dit-il; et le lendemain, quand il commença à faire sombre, il alla au pied de la tour et appela:
Raiponce, Raiponce,
Descends-moi tes cheveux.
Les nattes se déroulèrent aussitôt et le fils de roi monta. Sur le premier moment, Raiponce fut très épouvantée en voyant qu’un homme était entré chez elle, un homme comme elle n’en avait jamais vu; mais il se mit à lui parler gentiment et à lui raconter combien son cœur avait été touché quand il l’avait entendue chanter, et qu’il n’avait plus eu de repos tant qu’il ne l’eût vue en perso
– Je voudrais bien partir avec toi, mais je ne saurais pas comment descendre. Si tu viens, alors apporte-moi chaque fois un cordon de soie: j’en ferai une échelle, et quand elle sera finie, je descendrai et tu m’emporteras sur ton cheval.
Ils convinrent que d’ici là il viendrait la voir tous les soirs, puisque pendant la journée venait la vieille. De tout cela, la sorcière n’eût rien deviné si, un jour, Raiponce ne lui avait dit: «Dites-moi, mère-marraine, comment se fait-il que vous soyez si lourde à monter, alors que le fils du roi, lui, est en haut en un clin d’œil?
– Ah! scélérate! Qu’est-ce que j’entends? s’exclama la sorcière. Moi qui croyais t’avoir isolée du monde entier, et tu m’as pourtant flouée!»
Dans la fureur de sa colère, elle empoigna les beaux cheveux de Raiponce et les serra dans sa main gauche en les tournant une fois ou deux, attrapa des ciseaux de sa main droite et cric-crac, les belles nattes tombaient par terre. Mais si impitoyable était sa cruauté, qu’elle s’en alla déposer Raiponce dans une solitude désertique, où elle l’abando
Ce même jour encore, elle revint attacher solidement les nattes au crochet de la fenêtre, et vers le soir, quand le fils de roi arriva et appela:
Raiponce, Raiponce,
Descends-moi tes cheveux.
La sorcière laissa se dérouler les nattes jusqu’en bas. Le fils de roi y monta, mais ce ne fut pas sa bien-aimée Raiponce qu’il trouva en haut, c’était la vieille sorcière qui le fixait d’un regard féroce et empoiso