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– Ah! je voudrais te dire des choses! Mais j’ai trop de choses à te dire! Sache simplement que je te méprise, et va-t’en!
Lawrence, éperdu, la regardait. Il ne l’avait jamais vue si belle que dans cette colère qui la transfigurait, dans le désordre de cette toilette de chambre qui voilait à peine des formes admirables.
Il comprit, d’un coup, tout ce qu’il allait perdre et l’horreur de sa conduite.
D’une voix humble, il dit:
– Songe aux enfants…
– Tu n’as plus le droit de parler de nos enfants! Y songeais-tu, toi, quand tu jetais aux quatre vents de la fantaisie de cette femme leur fortune?…
Adrie
– Ah! Mary! Mary! souviens-toi de Charley!
La physionomie d’Adrie
Elle le lâcha, lui jeta encore ces mots:
– Tu oses, dit-elle (et ces paroles avaient maintenant la monotonie triste et fatale des sentences des juges). Pauvre insensé. Elle avait acheté ton amour en tuant… et tu as pu l’oublier… Nous ne sommes plus rien l’un pour l’autre, Lawrence.
Il sentit que la tristesse de ces dernières paroles ne les rendait que plus irrémédiables.
Il ne lui interdisait plus le seuil de la porte. Elle ne s’en irait pas, car il allait s’en aller. À pas lents, il se dirigea vers cette porte.
Avant de disparaître, il dit:
– Au moins, madame, m’apprendrez-vous quel fut celui qui m’a perdu? Qui donc vous a si bien instruite de cet amour maudit qui sera la cause de ma ruine? Me le direz-vous?
– Celui-là, répondit Adrie
Lawrence se retourna, la figure bouleversée.
– Son nom! s’écria-t-il.
– Vous ne l’avez point déjà deviné?
Lawrence dit tristement:
– Je ne sais rien! Je ne vois rien! Je ne devine rien! Mais son nom, madame! Je veux que vous me do
– Que ferez-vous quand vous aurez ce nom, monsieur?
– Quand j’aurai le nom de cet homme, dit Lawrence, je le tuerai!
– Tuez donc Arnoldson, dit froidement Adrie
– Arnoldson! L’Homme de la nuit!!!
Lawrence, effroyablement pâle, sans ajouter un mot, quitta la chambre d’un pas fantomatique.
Il s’en fut dans la bibliothèque, se dirigea vers son bureau, ouvrit un tiroir, en tira un revolver, constata qu’il était chargé et le mit dans la poche du pardessus qu’il n’avait pas quitté depuis Paris.
Puis il quitta la villa, traversa le jardin, franchit la grille.
Il prit le chemin de la villa des Pavots. Mais il n’avait point fait vingt pas qu’il dut se retourner, car quelqu’un, derrière lui, l’appelait.
Il se retourna, le sourcil mauvais.
C’était le père Jules.
– Que voulez-vous? fit-il.
– Vous remettre ceci, monsieur.
– Qu’est-ce que ceci? demanda Lawrence en regardant un pli que lui tendait le père Jules.
– C’est une lettre que Mme Martinet m’a prié de vous remettre. Elle disait que c’était fort pressé et tenait à ce qu’elle fût remise ce soir même.
– Qui ça, Mme Martinet?
– Une dame qui se trouve en ce moment chez M. Arnoldson et dont le mari est tapissier rue du Sentier.
Lawrence se souvint et tendit la main. Il prit le pli. Lawrence décacheta la lettre, d’un geste fébrile.
– Pardon, monsieur… continua le père Jules.
– Qu’est-ce encore?
– Il y a ceci.
Et le concierge tendit une clef.
– Que voulez-vous que je fasse de cette clef?
– C’est elle qui me l’a do
– Do
Après avoir pris la lettre, il prit la clef. Le père Jules s’éloigna.
XIV KNOCK-OUT
Lawrence, ayant ouvert la lettre de Mme Martinet, la lut.
Il la relut.
Ce qu’il y avait dans cette lettre lui paraissait tellement impossible, improbable, effrayant qu’il ne pouvait le croire. Il resta devant cette lettre désemparé, étourdi comme s’il avait reçu de quelque boxeur émérite un coup de poing en pleine poitrine.
Puis, s’étant ressaisi, il pesa tous les termes de cette lettre et ne put qu’être frappé de la précision des détails. Cette dénonciation n’avait rien de vague et ne ressemblait en rien à quelque méchanceté de lettre anonyme. Une madame Martinet lui apprenait que son fils était aimé de Diane, lui disait où ils avaient leurs rendez-vous et prenait le soin de lui faire remettre la clef de l’appartement où ces jeunes gens se rencontraient, pour qu’il pût juger par lui-même.
Et son rival heureux était son fils! Quand il l’avait croisé sur la route, quand il l’avait vu fuir – car il fuyait – Pold se rendait certainement au rendez-vous de Diane.
Momentanément, il oublia Adrie
De temps en temps, il s’arrêtait pour contempler la clef, qu’il avait conservée dans sa main.
Puis, il repartait sur la route des Pavots, se dirigeant vers la villa d’Arnoldson.
La passion de meurtre qui l’avait saisi à un moment do
Il arriva donc chez Arnoldson sans avoir rien résolu.
Dans le jardin, il trouva, au milieu du sentier, le jardinier.
Joe lui dit:
– Ah! vous voilà, monsieur Lawrence. Vous désirez voir M. Arnoldson?