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Adrie

Pour ne pas tomber, elle s’appuya au mur, contre lequel elle s’était réfugiée.

– J’en ai décidé ainsi, madame. Songez à une chose: c’est que je n’ai jamais été aimé. Je ne puis espérer l’être jamais! Je suis riche, madame, à un point que vous ne sauriez croire. Malgré toutes mes richesses, je n’ai jamais pu prendre un cœur de femme: aussi l’expérience est-elle faite et ne la tenterai-je plus. Mais, si je n’ai pas son cœur, c’est son corps qui sera à moi! Oui, madame, son corps. Je veux que la femme que j’aurai élue – et vous l’êtes, madame – je veux qu’elle se do

Adrie

– Fuyez, monsieur! s’écria-t-elle. Fuyez! Si vous ne voulez que j’appelle mes domestiques pour vous chasser, fuyez!… Emportez vos lettres, vos mensonges, vos vaines déclarations, votre amour et ma haine, mais fuyez!

Arnoldson ne se leva même pas.

– Vos domestiques, madame? Ils m’appartie

– Mais, enfin, monsieur, quand vous m’aurez lu ces lettres, demanda encore Adrie

– Non, madame, je ne déduis point cela. Je vais simplement, d’abord, vous détacher de votre mari, et croyez bien que la besogne va m’être facile. Ensuite, pour ce qui me concerne, ne vous en préoccupez pas, ajouta l’Homme de la nuit, avec un nouveau rire. J’en fais mon affaire.

– Mais, enfin, qui donc êtes-vous, monsieur, s’écria Adrie

Arnoldson dit:

– Je suis, madame, celui qui vous veut et qui vous aura!

Arnoldson prit les lettres et dit:

– Madame, prêtez-moi une oreille attentive; cela en vaut la peine, je vous assure.

Et il commença.

Il prit la première lettre, celle que Lawrence adressait à Diane au lendemain du jour où elle le reçut chez elle et lui fit un si favorable accueil, après la représentation des tableaux vivants.

Cette lettre montrait un commencement de passion et implorait Diane, lui demandait un rendez-vous prochain. Lawrence affirmait qu’il avait à dire à Diane des choses fort curieuses et du plus haut intérêt.

Comme cette lettre restait sans réponse et comme les deux suivantes avaient le même sort, il en résultait que les trois missives que lut Arnoldson étaient écrites d’un style qui se faisait de plus en plus «amoureux» et qu’exaltait la passion naissante d’un homme pour une femme qui semblait le négliger, qui paraissait même l’ignorer tout à fait.

Puis ce furent d’autres lettres, d’un détail plus précis, des lettres qui disaient l’état d’âme de Lawrence vis-à-vis de cette femme et qui lui demandaient d’être plus propice à l’avenir.

Puis toute l’histoire de l’amour de Lawrence pour Diane se déroula… Les amabilités, les privautés même de la jeune femme pour le mari d’Adrie

Et, cependant, dès que l’Homme de la nuit s’était assis, accoudé au guéridon, et avait pris les lettres, Adrie

Bientôt, Lawrence, par la passion qu’il mettait dans son langage et par l’ardent désir qu’il avouait presque cyniquement de Diane, se révélait à la malheureuse Adrie

Lawrence la suppliait de mettre un terme à l’épreuve que Diane lui avait imposée.

Et il énumérait les folies qu’il avait commises, sa fortune qu’il n’avait pas hésité à compromettre. Finalement, il arrivait à parler de sa femme en des termes tels qu’Adrie

Lawrence, en effet, se rendait parfaitement compte de l’indignité de sa conduite et prenait une joie diabolique à l’étaler. Il décrivait avec des détails malsains l’abominable maladie morale qui l’avait gagné à s’approcher de Diane et à s’éloigner de sa femme.

Et il ne se révoltait point. Et il ne maudissait point cette femme. Mais il réclamait le prix de tant de bassesses.

Et, s’il ne s’expliquait pas plus clairement, il était visible que cet homme n’hésitait plus à sacrifier sa femme et ses enfants à l’abominable passion qui s’était emparée de lui.

Tant de bassesse, de vilenie et de bestialité stupéfièrent la malheureuse femme à un point que, bientôt, elle ne trouva plus un mot pour protester, une exclamation pour s’indigner.

Elle semblait, dans son fauteuil, comme morte.

L’Homme de la nuit se glissa vers elle. Elle ne le vit point venir. Elle ne le sentit point à ses côtés.

Arnoldson avait goûté à la douleur de cette femme une joie infernale, qu’il n’avait point cachée. Et maintenant, la sentant vaincue, il était près d’elle; il la croyait sans résistance et sans force contre tant de malheurs et il eut l’audace de passer son bras autour de la taille souple de cette femme.

Sous ses lunettes, ses yeux flamboyaient. Une passion inavouable brûlait l’Homme. Il regardait Adrie

Elle ne le sentait pas. Elle ne le voyait pas. Il dit:

– Tu es belle! Adrie

L’Homme de la nuit attirait Adrie