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«Adiousias!… adiousias!…» et par là-dessus la formidable voix de tantôt reprenant de plus belle:
… A cette voix l’hôtesse frisso
«Entendez-vous, me dit-elle tout bas, c’est mon mari… N’est-ce pas qu’il chante bien?»
Je la regardai, stupéfait.
«Comment? votre mari. Il va donc là-bas lui aussi?»
Alors elle, d’un air navré, mais avec une grande douceur:
«Qu’est-ce que vous voulez, monsieur? Les hommes sont comme ça, ils n’aiment pas voir pleurer; et moi, je pleure toujours depuis la mort des petites… Puis, c’est si triste cette grande baraque où il n’y a jamais perso
Et tremblante, les mains en avant avec de grosses larmes qui la faisaient encore plus laide, elle était là comme en extase devant la fenêtre à écouter son José chanter pour l’Arlésie
Le premier lui a dit:
«Bonjour, belle migno
A Milianah Notes de voyage
Cette fois, je vous emmène passer la journée dans une jolie petite ville d’Algérie, à deux ou trois cents lieues du moulin… Cela nous changera un peu des tambourins et des cigales…
… Il va pleuvoir, le ciel est gris, les crêtes du mont Zaccar s’enveloppent de brume. Dimanche triste… Dans ma petite chambre d’hôtel, la fenêtre ouverte sur les remparts arabes, j’essaie de me distraire en allumant des cigarettes… On a mis à ma disposition toute la bibliothèque de l’hôtel; entre une histoire très détaillée de l’enregistrement et quelques romans de Paul de Kock, je découvre un volume dépareillé de Montaigne… Ouvert le livre au hasard, relu l’admirable lettre sur la mort de La Boétie… Me voilà plus rêveur et plus sombre que jamais… Quelques gouttes de pluie tombent déjà. Chaque goutte, en tombant sur le rebord de la croisée, fait une large étoile dans la poussière entassée là depuis les pluies de l’an dernier… Mon livre me glisse des mains et je passe de longs instants à regarder cette étoile mélancolique…
Deux heures so
J’arrive sur la grande place. La musique du 3e de ligne, qu’un peu de pluie n’épouvante pas, vient de se ranger autour de son chef. A une des fenêtres de la division, le général paraît, entouré de ses demoiselles; sur la place, le sous-préfet se promène de long en large au bras du juge de paix. Une demi-douzaine de petits Arabes à moitié nus jouent aux billes dans un coin avec des cris féroces. Là-bas, un vieux juif en guenilles vient chercher un rayon de soleil qu’il avait laissé hier à cet endroit et qu’il s’éto
Oh! comme ils sont heureux les musiciens du 3e! L’œil fixé sur les doubles croches, ivres de rythme et de tapage, ils ne songent à rien qu’à compter leurs mesures. Leur âme, toute leur âme tient dans ce carré de papier large comme la main – qui tremble au bout de l’instrument entre deux dents de cuivre, «Une, deux, trois, partez!» Tout est là pour ces braves gens; jamais les airs nationaux qu’ils jouent ne leur ont do
Où pourrais-je bien le passer, ce gris après-midi de dimanche? Bon! la boutique de Sid’Omar est ouverte. Entrons chez Sid’Omar.
Quoiqu’il ait une boutique, Sid’Omar n’est point un boutiquier. C’est un prince du sang, le fils d’un ancien dey d’Alger qui mourut étranglé par les janissaires… A la mort de son père, Sid’Omar se réfugia dans Milianah avec sa mère qu’il adorait, et vécut là quelques a
Sid’Omar a soixante ans. En dépit de l’âge et de la petite vérole, son visage est resté beau: de grands cils, un regard de femme, un sourire charmant, l’air d’un prince. Ruiné par la guerre, il ne lui reste de son ancie
Aujourd’hui dimanche, l’assistance est nombreuse. Une douzaine de chefs sont accroupis, dans leur burnous, tout autour de la salle. Chacun d’eux a près de lui une grande pipe, et une petite tasse de café dans un fin coquetier de filigrane. J’entre, perso
Voici le cas. Le caïd des Beni-Zougzougs ayant eu quelque contestation avec un juif de Milianah au sujet d’un lopin de terre, les deux parties sont convenues de porter le différend devant Sid’Omar et de s’en remettre à son jugement. Rendez-vous est pris pour le jour même, les témoins sont convoqués; tout à coup voilà mon juif qui se ravise, et vient seul, sans témoins, déclarer qu’il aime mieux s’en rapporter au juge de paix des Français qu’à Sid’Omar… L’affaire en est là à mon arrivée.