Добавить в цитаты Настройки чтения

Страница 37 из 66

«Eh bien, me dit Jacques en me voyant rentrer, eh bien, comment tu la trouves…» Il n'acheva pas sa phrase et, devant ma mine déconfite, partit d'un immense éclat de rire. J'eus le bon esprit de faire comme lui, et nous voilà riant de toutes nos forces l'un en face de l'autre sans pouvoir parler. À ce moment par la porte entrebâillée, une grosse tête noire se glissa dans la chambre et disparut presque aussitôt en nous criant: «Blancs moquer Nègre, pas joli.» Vous pensez si nous rîmes de plus belle…

Quand notre gaieté fut un peu calmée, Jacques m'apprit que la Négresse Coucou-Blanc était au service de la dame du premier; dans la maison, on l'accusait d'être un peu sorcière: à preuve, le fer à cheval, symbole du culte Vaudoux, qui pendait au-dessus de sa paillasse. On disait aussi que tous les soirs, quand sa maîtresse était sortie, Coucou-Blanc s'enfermait dans sa mansarde, buvait de l'eau-de-vie jusqu'à tomber ivre morte, et chantait des chansons nègres une partie de la nuit. Ceci m'expliquait tous les bruits mystérieux qui venaient de chez ma voisine: la bouteille débouchée, la chute sur le parquet, et l'air monotone à trois notes. Quant à Tolocototignan, il paraît que c'est une sorte d'onomatopée, très répandue chez les Nègres du Cap, quelque chose comme notre lon, lan, la; les Pierre Dupont en ébène mettent de ça dans toutes leurs chansons.

À partir de ce jour, ai-je besoin de le dire? le voisinage de Coucou-Blanc ne me do

Sur ces entrefaites, ma mère Jacques trouva une place de teneur de livres à cinquante francs par mois chez un petit marchand de fer, où il devait se rendre tous les soirs en sortant de chez le marquis. Le pauvre garçon m'apprit cette bo

Quel était donc ce là-bas si séduisant qui tenait tant à cœur à ma mère Jacques?… Je n'aurais pas été fâché de le co

«Est-ce que tu n'aurais pas envie de m'accompagner là-bas, petit Daniel? Tu leur ferais sûrement un grand plaisir.

– Mais, mon cher, tu plaisantes…

– Oui, je le sais bien… Le salon de Pierrotte n'est guère la place d'un poète… Ils sont là un tas de vieilles peaux de lapins…

– Oh! ce n'est pas pour cela, Jacques; c'est seulement à cause de mon costume…

– Tiens! au fait… je n'y songeais pas», dit Jacques.

Et il partit comme enchanté d'avoir une vraie raison pour ne pas m'emmener.

À peine au bas de l'escalier, le voilà qui remonte et vient vers moi tout essoufflé.

«Daniel, me dit-il, si tu avais eu des souliers et une jaquette présentable, m'aurais-tu accompagné chez Pierrotte?

– Pourquoi pas?

– Eh bien, alors, viens… je vais t'acheter tout ce qu'il te faut, nous irons là-bas.» Je le regardai, stupéfait. «C'est la fin du mois, j'ai de l'argent», ajouta-t-il pour me convaincre. J'étais si content de l'idée des nippes fraîches que je ne remarquai pas l'émotion de Jacques ni le ton singulier dont il parlait. Ce n'est que plus tard que je songeai à tout cela. Pour le moment, je lui sautai au cou, et nous partîmes chez Pierrotte, en passant par le Palais-Royal, où je m'habillai de neuf chez un fripier.

VI LE ROMAN DE PIERROTTE

QUAND Pierrotte avait Vingt ans, Si On lui avait prédit qu'un jour il succéderait à M. Lalouette dans le commerce des porcelaines, qu'il aurait deux cent mille francs chez son notaire – Pierrotte, un notaire! – et une superbe boutique à l'angle du passage du Saumon, on l'aurait beaucoup éto

Pierrotte, à vingt ans, n'était jamais sorti de son village, portait de gros esclots en sapin des Céve

Quel désespoir!… Heureusement Mme Eyssette, qui avait été nourrie, presque élevée par la mère de Pierrotte, vint au secours de son frère de lait et lui prêta deux mille francs pour s'acheter un homme. – On était riche chez les Eyssette dans ce temps-là! L'heureux Pierrotte ne partit donc pas et put épouser sa Roberte; mais comme ces braves gens tenaient avant tout à rendre l'argent de Mme Eyssette et qu'en restant au pays ils n'y seraient jamais parvenus, ils eurent le courage de s'expatrier et marchèrent sur Paris pour y chercher fortune.

Pendant un an, on n'entendit plus parler de nos montagnards; puis, un beau matin, Mme Eyssette reçut une lettre touchante, signée «Pierrotte et sa femme», qui contenait 300 francs, premiers fruits de leurs économies. La seconde a

Rien de moins poétique, rien de plus touchant que l'histoire de cette fortune. En arrivant à Paris, la femme de Pierrotte s'était mise bravement à faire des ménages. La première maison fut justement la maison Lalouette. Ces Lalouette étaient de riches commerçants avares et maniaques, qui n'avaient jamais voulu prendre ni un commis ni une bo