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Si Norandin avait pensé de même, il n’aurait pas agi envers Griffon comme il le fit. C’est pourquoi un éternel ho
Les autres s’enfuient, où la terreur les chasse, de çà, de là, dans les champs et dans les chemins. Un grand nombre courent vers la ville où ils essaient d’entrer, et tombent les uns sur les autres devant la porte trop étroite. Griffon ne leur adresse ni paroles ni menaces, mais, dépouillant toute pitié, il promène son glaive dans la foule désarmée, et tire de l’insulte qu’on lui a faite une grande vengeance.
Ceux qui arrivèrent les premiers à la porte, grâce à leur promptitude à prendre la fuite, plus préoccupés de leur salut que de leurs amis, levèrent en toute hâte le pont. Le reste de la foule, la pâleur au front et les larmes aux yeux, fuyait sans tourner la tête. Dans toute la ville, ce ne fut qu’un cri, qu’un tumulte, qu’une rumeur immense.
Griffon en saisit deux des plus robustes parmi ceux qui, pour leur malheur, ont vu le pont se lever devant eux; il fait jaillir la cervelle de l’un d’eux dans les champs, en lui brisant la tête contre une pierre; il prend l’autre par la poitrine, et le lance au milieu de la ville, par-dessus les murs. Un frisson glacial parcourt les os des paisibles bourgeois, quand ils voient cet homme leur tomber du ciel.
Beaucoup craignent que le terrible Griffon ne saute lui-même par-dessus les remparts. Il n’y aurait pas eu plus de confusion, si le soudan eût livré l’assaut à Damas. Le bruit des armes, les gens qui courent affolés, le cri des muezzins poussé du haut des minarets, le son des tambours et des trompettes, produit un vacarme assourdissant et dont le ciel paraît retentir.
Mais je veux remettre à une autre fois le récit de ce qui advint ensuite. Il me convient, pour le moment, de suivre le bon roi Charles allant en toute hâte au-devant de Rodomont qui massacre ses sujets. Je vous ai dit que le roi était accompagné du grand Danois, de Naymes, d’Olivier, d’Avin, d’Avolio, d’Othon et de Bérenger.
La cuirasse d’écailles dont le Maure cruel avait la poitrine couverte, eut à soutenir à la fois le choc de huit lances, choc que la force de huit guerriers semblables rendait terrible. De même que le navire se redresse, lorsque le pilote fait déployer les voiles au souffle naissant du vent d’ouest, ainsi Rodomont se relève sous des coups qui auraient terrassé une montagne.
Guy, Régnier, Richard, Salamon, le traître Ganelon, le fidèle Turpin, Angiolier, Angelin, Huguet, Ivon, Marc et Mathieu de la plaine Saint-Michel, et les huit autres dont j’ai fait mention plus haut, entourent le cruel Sarrasin. À eux se sont joints Ariman et Odoard d’Angleterre, entrés auparavant dans la ville.
Les hautes murailles d’une forteresse solidement assise sur un rocher des Alpes ne sont pas plus ébranlées, quand le vent du Nord ou du Sud entraîne du haut de la montagne les frênes et les sapins déracinés, que ne le fut l’orgueilleux Sarrasin, au cœur plein de dédain et altéré de sang. De même que le to
Il frappe à la tête celui qui est le plus près de lui: c’est le malheureux Huguet de Dordogne. Il le jette à terre, la tête fendue jusqu’aux dents, bien que le casque soit de bo
Les remparts et la ville sont tout à fait abando
Lorsque, pour servir aux jeux de la populace, on a renfermé un taureau indompté dans la cage d’une vieille lio
Mais aussitôt que leur mère s’est lancée furieuse sur la bête, et lui a planté ses dents féroces dans l’oreille, avides, eux aussi, de plonger leurs mâchoires dans le sang, ils lui vie
La presse des cavaliers et des gens à pied est si grande, qu’à peine la place peut les contenir. La foule qui débouche par chaque rue, croît de minute en minute, aussi épaisse qu’un essaim d’abeilles. Quand bien même elle aurait été réunie en un seul groupe, nue et désarmée, et plus facile à tailler que des raves et des choux, Rodomont n’aurait pu la détruire en vingt jours.
Le païen ne sait comment en venir à bout. C’est à peine si dix mille morts et plus, dont le sang rougit la terre, ont diminué la foule dont le flot grossit sans cesse. Il comprend enfin que, s’il ne s’en va pas pendant qu’il est encore plein de vigueur et sans blessure, un moment viendra où il voudra en vain s’en aller.
Il roule des regards terribles, et voit que de tous côtés le passage lui est fermé. Mais il saura vite s’en ouvrir un sur les cadavres d’une infinité de gens. Il fait vibrer son épée tranchante, et se précipite, impitoyable et furieux, sur la troupe des Anglais qu’entraînent Odoard et Ariman.
Celui qui a vu le taureau harcelé tout un jour par les chiens, et agacé par la foule qui se presse autour de lui, rompre ses liens et s’élancer sur la place au milieu de la population qui fuit, enlevant avec ses cornes tantôt l’un, tantôt l’autre, pourra s’imaginer combien terrible devait être le cruel Africain, quand il se précipita en avant.
Il perce de part en part quinze ou vingt des assaillants; il abat autant de têtes; à chaque coup il renverse un homme: on dirait qu’il taille ou qu’il élague des ceps de vigne ou des branches de saule. Le féroce païen, tout couvert de sang, laissant sur son passage des montagnes de têtes, de bras, d’épaules, de jambes coupés, opère enfin sa retraite.
Il parcourt d’un coup d’œil toute la place, sans qu’on puisse voir la moindre peur sur son visage. Cependant, il cherche par où il pourra s’ouvrir un chemin plus sûr. Il prend enfin le parti de gagner la Seine, à l’endroit où elle sort des murs de la ville. Les hommes d’armes et la populace rendue audacieuse, le serrent, l’étreignent, et ne le laissent point se retirer en paix.
Comme le lion généreux, chassé à travers les forêts de la Numidie ou de la Libye, do