Добавить в цитаты Настройки чтения

Страница 82 из 132

La belle terrasse se prolongeait au delà du rempart, hors de la ville, et dominait tout le château. De ce point, on découvrait au loin la vaste campagne et les diverses routes qui la sillo

Et comme on le prenait pour celui dont il portait les insignes, les dames et les chevaliers se mirent à rire. Le vil Martan, comme quelqu’un qui est en grande faveur, était assis auprès du roi, ayant près de lui sa digne compagne. Norandin voulut savoir d’eux quel était ce couard qui avait si peu de souci de son ho

Qu’après une si triste et si honteuse lâcheté, il osait se présenter de nouveau, et si effrontément, devant eux. Il disait: «Ceci me paraît chose assez nouvelle que vous, guerrier aussi digne que courageux, ayez pour compagnon un homme qui ne trouverait pas son égal en lâcheté dans tous les pays du Levant. Vous l’avez fait sans doute pour faire mieux ressortir, par la comparaison, votre grande valeur.

» Mais, je vous jure bien par les dieux éternels, que si ce n’était par égard pour vous, je lui appliquerais publiquement le traitement ignominieux que j’ai l’habitude d’appliquer à ses pareils. Je le ferais se souvenir éternellement que j’ai toujours été l’e

Celui qui fut un réceptacle de tous les vices répondit: «Puissant seigneur, je ne saurais dire qui il est, car je l’ai trouvé par hasard sur la route d’Antioche. Son air m’avait convaincu qu’il était digne de m’accompagner. Je ne lui ai jamais vu faire d’autre prouesse que celle par laquelle il s’est si tristement signalé aujourd’hui.

» J’en ai été si indigné, qu’il s’en est peu fallu, pour le punir de sa lâcheté, que je ne le misse hors d’état de toucher jamais lance ni épée. Mais j’ai été retenu non par pitié de lui, mais par le respect du lieu où j’étais, et par celui que je dois à Votre Majesté. Cependant, je ne veux pas qu’il puisse se vanter d’avoir été, ne fût-ce qu’un jour ou deux, mon compagnon.

» Il me semble que j’en serais moi-même méprisable, et ce serait un poids éternel qui pèserait sur mon cœur, si, pour la honte du métier des armes, je le voyais s’éloigner de nous impuni. Au lieu de le laisser partir, vous me satisferez en le faisant pendre aux créneaux. Ce sera une œuvre louable et digne de votre Seigneurie, et de nature à servir d’exemple à tous les lâches.»

Origile, sans sourciller, s’empressa d’appuyer les paroles de son Martan. «Non, – répond le roi, – son action n’est pas si grave qu’à mon avis il y aille de la tête. Je veux, pour le punir, le livrer à la population, pour qui ce sera une nouvelle fête.» Aussitôt il fait venir un de ses barons et lui dicte ses ordres.

Ce baron, après avoir pris avec lui un grand nombre d’hommes d’armes, va se poster avec eux à la porte de la ville. Là, il les place en silence, et il attend l’arrivée de Griffon. Aussitôt que ce dernier est entré, il est saisi à l’improviste entre les deux ponts, et pris sans qu’il puisse faire de résistance. Puis, après avoir été abreuvé d’outrages et d’affronts, il est enfermé dans un obscur cachot jusqu’au jour.

À peine le soleil, à la crinière dorée, eut-il quitté le sein de l’antique nourrice, et eut-il commencé à chasser l’ombre des plages Alpines et à en éclairer les sommets, que le vil Martan, craignant que Griffon ne dévoilât la vérité et ne rejetât la faute sur qui l’avait commise, prit congé du roi et se hâta de partir,

Do

Griffon, accablé d’injures, fut traîné sur la place qui se trouvait pleine de monde. On lui avait enlevé son casque et sa cuirasse, on l’avait laissé par dérision en chemise, et comme si on le conduisait à la boucherie, on l’avait mis sur un char élevé, traîné lentement par deux vaches exténuées par un long jeûne et par la fatigue.

Tout autour de l’ignoble attelage, les vieilles hideuses et les putains éhontées accouraient, guidant tour à tour la marche du cortège, et criblant le malheureux de leurs sarcasmes mordants. Les petits enfants montraient encore plus d’acharnement, car outre les paroles brutales et infamantes qu’ils lui adressaient, ils l’auraient tué à coups de pierres, si des gens plus sages ne l’avaient défendu.

Les armes qui avaient causé la méprise dont il était victime, attachées derrière le char, traînaient dans la fange, et c’était pour elles un supplice mérité. Le char s’étant arrêté devant un tribunal, Griffon s’entendit reprocher comme sie

Puis on l’exposa aux portes des temples, des maisons, où on ne lui épargna aucune des plus honteuses, des plus viles qualifications. Enfin la foule le conduisit hors de la ville, dont il fut ba

Sitôt qu’on lui eut délié les pieds et les mains, il saisit l’écu, il empoigna l’épée, avec laquelle il arrosa longuement la terre. Il n’avait devant lui ni lances ni épieux, car la populace insensée l’avait suivi sans armes. Je remets le reste à l’autre chant, car il est temps, seigneur, de finir celui-ci.

Chant XVIII

ARGUMENT. – Griffon recouvre l’ho

Magnanime seigneur, c’est avec raison que j’ai toujours applaudi et que j’applaudis encore à vos belles actions, bien que, par mon style grossier, dur et mal venu, je doive déflorer une grande partie de votre gloire. Mais une vertu me séduit en vous plus que toutes les autres, et c’est à celle-là surtout que j’applaudis du cœur et de la langue: c’est que si chacun trouve auprès de vous un accès facile, il n’y trouve pas cependant une trop facile créance.

Souvent je vous ai vu, prenant la défense d’un accusé absent, alléguer en sa faveur mainte excuse, ou du moins réserver votre jugement, afin qu’une fois présent il pût expliquer lui-même ses raisons, pendant que votre autre oreille était fermée à ses accusateurs. Et toujours, avant de condamner les gens, vous avez voulu les voir en face et entendre leur défense, aimant mieux différer pendant des jours, des mois, des a