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– Il y a ceci que je veux te demander encore, repris-je en me levant du banc où nous étions assis: tu avais l’intention, disais-tu, de partir après-demain; je te prie de ne pas différer ce départ. Tu devais rester absent tout un mois; je te prie de ne pas raccourcir d’un jour ce voyage. C’est entendu?

– Bien, mon père, je vous obéirai.

Il me parut qu’il devenait extrêmement pâle, au point que ses lèvres mêmes étaient décolorées. Mais je me persuadai que, pour une soumission si prompte, son amour ne devait pas être bien fort; et j’en éprouvai un soulagement indicible. Au surplus, j’étais sensible à sa docilité.

– Je retrouve l’enfant que j’aimais, lui dis-je doucement, et, le tirant à moi, je posai mes lèvres sur son front. Il y eut de sa part un léger recul; mais je ne voulus pas m’en affecter.

10 mars.

Notre maison est si petite que nous sommes obligés de vivre un peu les uns sur les autres, ce qui est assez gênant parfois pour mon travail, bien que j’aie réservé au premier une petite pièce où je puisse me retirer et recevoir mes visites; gênant surtout lorsque je veux parler à l’un des miens en particulier, sans pourtant do

– Jacques m’a parlé hier soir et ce matin, commençai-je, tandis qu’elle versait le thé; et ma voix était aussi tremblante que celle de Jacques hier était assurée. Il m’a parlé de son amour pour Gertrude.

– Il a bien fait de t’en parler, dit-elle sans me regarder et en continuant son travail de ménagère, comme si je lui a

– Il m’a dit son désir de l’épouser; sa résolution…

– C’était à prévoir, murmura-t-elle en haussant légèrement les épaules.

– Alors tu t’en doutais? fis-je un peu nerveusement.

– On voyait venir cela depuis longtemps. Mais c’est un genre de choses que les hommes ne savent pas remarquer.

Comme il n’eût servi à rien de protester, et que du reste il y avait peut-être un peu de vrai dans sa repartie, j’objectai simplement:

– Dans ce cas, tu aurais bien pu m’avertir.

Elle eut ce sourire un peu crispé du coin de la lèvre, par quoi elle accompagne parfois et protège ses réticences, et en hochant la tête obliquement:

– S’il fallait que je t’avertisse de tout ce que tu ne sais pas remarquer!

Que signifiait cette insinuation? C’est ce que je ne savais ni ne voulais chercher à savoir, et passant outre:

– Enfin, je voulais entendre ce que toi tu penses de cela.

Elle soupira, puis:

– Tu sais, mon ami, que je n’ai jamais approuvé la présence de cette enfant parmi nous.

J’avais du mal à ne pas m’irriter en la voyant revenir ainsi sur le passé.

– Il ne s’agit pas de la présence de Gertrude, repris-je; mais Amélie continuait déjà:

– J’ai toujours pensé qu’il n’en pourrait rien résulter que de fâcheux.

Par grand désir de conciliation, je saisis au bond la phrase:

– Alors tu considères comme fâcheux un tel mariage. Eh bien! c’est ce que je voulais t’entendre dire; heureux que nous soyons du même avis. J’ajoutai que du reste Jacques s’était docilement soumis aux raisons que je lui avais do

– Comme je ne me soucie pas plus que toi qu’il retrouve Gertrude ici à son retour, dis-je enfin, j’ai pensé que le mieux serait de la confier à Mlle de La M… chez qui je pourrai continuer de la voir; car je ne me dissimule pas que j’ai contracté de véritables obligations envers elle. J’ai tantôt été pressentir la nouvelle hôtesse, qui ne demande qu’à nous obliger. Ainsi tu seras délivrée d’une présence qui t’est pénible. Louise de La M… s’occupera de Gertrude; elle se montre enchantée de l’arrangement; elle se réjouit déjà de lui do

Amélie semblant décidée à demeurer silencieuse, je repris:

– Comme il faut éviter que Jacques n’aille retrouver Gertrude là-bas en dehors de nous, je crois qu’il sera bon d’avertir Mlle de La M… de la situation, ne penses-tu pas?

Je tâchais par cette interrogation d’obtenir un mot d’Amélie; mais elle gardait les lèvres serrées, comme s’étant juré de ne rien dire. Et je continuai, non qu’il me restât rien à ajouter, mais parce que je ne pouvais supporter son silence:

– Au reste, Jacques reviendra de ce voyage peut-être déjà guéri de son amour. À son âge, est-ce qu’on co

– Oh! même plus tard on ne les co

Son ton énigmatique et sentencieux m’irritait, car je suis de naturel trop franc pour m’accommoder aisément du mystère. Me tournant vers elle, je la priai d’expliquer ce qu’elle sous-entendait par là.

– Rien, mon ami, reprit-elle tristement. Je songeais seulement que tantôt tu souhaitais qu’on t’avertisse de ce que tu ne remarquais pas.

– Et alors?

– Et alors je me disais qu’il n’est pas aisé d’avertir.

J’ai dit que j’avais horreur du mystère et, par principe, je me refuse aux sous-entendus.

– Quand tu voudras que je te compre