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– Moi, ma tante?

– Sans doute.

– Et comment cela?

– Vous vous souvenez que, lorsqu’à l’âge de seize ans vous avez quitté Oldenzaal pour faire un voyage en Russie et en Angleterre avec votre père, j’ai fait faire de vous un portrait dans le costume que vous portiez au premier bal costumé do

– Oui, ma tante, un costume de page allemand du XVIe siècle.

– Notre excellent peintre Fritz Mocker, tout en reproduisant fidèlement vos traits, n’avait pas seulement retracé un perso

(Je vous en supplie, Maximilien, ne haussez pas les épaules avec un impatient dédain en me voyant écrire de telles choses à propos de moi-même; cela me coûte, vous devez le croire; mais la suite de ce récit vous prouvera que ces puérils détails, dont je sens le ridicule amer, sont malheureusement indispensables. Je ferme cette parenthèse, et je continue.)

– La princesse Amélie, reprit ma tante, dupe de cette i

Cette conversation avait eu lieu, je vous l’ai dit, mon cher Maximilien, la veille du jour où je devais être présenté à la princesse ma cousine; je quittai ma tante, et je rentrai chez moi.

Je ne vous ai jamais caché mes plus secrètes pensées, bo

II Gerolstein (suite)

Vous m’avez dit bien des fois, mon cher Maximilien, que j’étais dépourvu de toute vanité; je le crois, j’ai besoin de le croire pour continuer ce récit sans m’exposer à passer à vos yeux pour un présomptueux.

Lorsque je fus seul chez moi, me rappelant l’entretien de ma tante, je ne pus m’empêcher de songer, avec une secrète satisfaction, que la princesse Amélie, ayant remarqué ce portrait de moi fait depuis six ou sept ans, avait quelques jours après demandé, en plaisantant, des nouvelles de son cousin des temps passés.

Rien n’était plus sot que de baser le moindre espoir sur une circonstance aussi insignifiante, j’en conviens; mais, je vous l’ai dit, je serai comme toujours, envers vous, de la plus entière franchise: eh bien! cette insignifiante circonstance me ravit. Sans doute, les louanges que j’avais entendu do

Quoique parent du grand duc et toujours parfaitement accueilli de lui, il m’était impossible de concevoir la moindre espérance de mariage avec la princesse, lors même qu’elle eût agréé mon amour, ce qui était plus qu’improbable. Notre famille tient honorablement à son rang, mais elle est pauvre, si on compare notre fortune aux immenses domaines du grand-duc, le prince le plus riche de la Confédération germanique; et puis enfin j’avais vingt et un ans à peine, j’étais simple capitaine aux gardes, sans renom, sans position perso

Toutes ces réflexions auraient dû me préserver d’une passion que je n’éprouvais pas encore, mais dont j’avais pour ainsi dire le singulier pressentiment. Hélas! je m’abando

Vous dire la nuit que je passai est inutile: vous la devinez. Je savais la princesse Amélie blonde et d’une angélique beauté: je tâchai de m’imaginer ses traits, sa taille, son maintien, le son de sa voix, l’expression de son regard; puis, songeant à mon portrait qu’elle avait remarqué, je me rappelai à regret que l’artiste maudit m’avait dangereusement flatté; de plus, je comparais avec désespoir le costume pittoresque du page du XVIe siècle au sévère uniforme du capitaine aux gardes de Sa Majesté Impériale. Puis, à ces niaises préoccupations succédaient çà et là, je vous l’assure, mon ami, quelques pensées généreuses, quelques nobles élans de l’âme; je me sentais ému, oh! profondément ému, au ressouvenir de cette adorable bonté de la princesse Amélie, qui appelait les pauvres abando

Enfin, bizarre et inexplicable contraste! j’ai, vous le savez, la plus humble opinion de moi-même… et j’étais cependant assez glorieux pour supposer que la vue de mon portrait avait frappé la princesse; j’avais assez de bon sens pour comprendre qu’une distance infranchissable me séparait d’elle à jamais, et cependant je me demandais avec une véritable anxiété si elle ne me trouverait pas trop indigne de mon portrait. Enfin je ne l’avais jamais vue, j’étais convaincu d’avance qu’elle me remarquerait à peine… et cependant je me croyais le droit de lui sacrifier le gage de mon premier amour.

Je passai dans de véritables angoisses la nuit dont je vous parle et une partie du lendemain. L’heure de la réception arriva. J’essayai deux ou trois habits d’uniforme, les trouvant plus mal faits les uns que les autres, et je partis pour le palais grand-ducal très-mécontent de moi.