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Ce disant, la duchesse s’approcha de la cheminée, s’y appuya et avança vers le foyer le plus joli petit pied du monde, qui, pour le moment, était glacé.
Avec un tact parfait, Mme de Lucenay saisissait l’occasion de ne plus parler du vicomte et d’entretenir M. de Saint-Remy d’un sujet auquel ce dernier attachait beaucoup d’importance…
La conduite de Clotilde eût été différente en présence de la mère de Florestan; c’est avec bonheur, avec fierté, qu’elle lui eût longuement avoué combien il lui était cher.
Malgré son rigorisme et son âpreté, M. de Saint-Remy subit l’influence de la grâce cavalière et cordiale de cette femme qu’il avait vue et aimée tout enfant, et il oublia presque qu’il parlait à la maîtresse de son fils.
Comment, d’ailleurs, résister à la contagion de l’exemple, lorsque le héros d’une position souverainement embarrassante ne semble pas même se douter ou vouloir se douter de la difficulté de la circonstance où il se trouve?
– Vous ignorez peut-être, Clotilde, dit le comte, que depuis très-longtemps j’habite Angers?
– Non, je le savais.
– Malgré l’espèce d’isolement que je recherchais, j’avais choisi cette ville, parce que là habitait un de mes parents, M. de Fermont, qui, lors de l’affreux malheur qui m’a frappé, s’est conduit pour moi comme un frère. Après m’avoir accompagné dans toutes les villes de l’Europe, où j’espérais rencontrer… un homme que je voulais tuer, il m’avait servi de témoin lors d’un duel…
– Oui, un duel terrible; mon père m’a tout dit autrefois, reprit tristement Mme de Lucenay; mais, heureusement, Florestan ignore ce duel… et aussi la cause qui l’a amené…
– J’ai voulu lui laisser respecter sa mère, répondit le comte en étouffant un soupir…
Il continua:
– Au bout de quelques a
– Eh bien?
– Hier encore j’ai reçu une lettre d’Anjou… on ne sait rien. En arrivant à Paris j’ai commencé mes recherches… je suis allé d’abord à l’ancien domicile du frère de Mme de Fermont. Là on m’a dit qu’elle demeurait sur le quai du canal Saint-Martin.
– Et cette adresse?
– Avait été la sie
Depuis quelques minutes Mme de Lucenay écoutait le comte avec un redoublement d’attention; tout à coup elle dit:
– En vérité, il serait bien singulier qu’il s’agît des mêmes perso
– Quelles perso
– La veuve dont vous parlez est jeune encore, n’est-ce pas? Sa figure est très-noble?
– Sans doute; mais comment savez-vous…
– Sa fille, belle comme un ange, a seize ans au plus?
– Oui… oui…
– Et elle s’appelle Claire?
– Oh! de grâce! dites, où sont-elles?
– Hélas! je l’ignore…
– Vous l’ignorez?
– Voici ce qui est arrivé: une femme de ma société, Mme d’Harville, est venue chez moi me demander si je ne co
– Elle voulait vous écrire… à vous, et pourquoi?
– Je l’ignore… je ne la co
– Mais elle vous co
– Que dites-vous?
– Cent fois elle m’avait entendu parler de votre père, de vous, de votre généreux et excellent cœur. Dans son infortune, elle aura songé à recourir à vous.
– En effet, cela peut s’expliquer ainsi.
– Et Mme d’Harville… comment avait-elle eu ce brouillon de lettre en sa possession?
– Je l’ignore; tout ce que je sais, c’est que, sans savoir encore où étaient réfugiées cette pauvre mère et sa fille, elle était, je crois, sur leurs traces.
– Alors je compte sur vous, Clotilde, pour m’introduire auprès de Mme d’Harville; il faut que je la voie aujourd’hui.