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Florestan de Saint-Remy avait do
Malheureusement, une visite assez menaçante de M. Badinot ayant obligé Florestan de sortir précipitamment, il avait oublié le rendez-vous de Mme de Lucenay.
Celle-ci, ne voyant perso
Elle ne put retenir un cri d’effroi.
– Clotilde! s’écria le comte stupéfait.
Intimement lié avec le comte de Noirmont, père de Mme de Lucenay, M. de Saint-Remy, ayant co
La duchesse restait immobile, contemplant avec surprise ce vieillard à barbe blanche et mal vêtu, dont elle se rappelait pourtant confusément les traits.
– Vous, Clotilde! répéta le comte avec un accent de reproche douloureux, vous… ici… chez mon fils!
Ces derniers mots fixèrent les souvenirs indécis de Mme de Lucenay; elle reco
– Monsieur de Saint-Remy!
La position était tellement nette et significative que la duchesse, dont on sait d’ailleurs le caractère excentrique et résolu, dédaigna de recourir à un mensonge pour expliquer le motif de sa présence chez Florestan; comptant sur l’affection toute paternelle que le comte lui avait jadis témoignée, elle lui tendit la main et lui dit de cet air à la fois gracieux, cordial et hardi qui n’appartenait qu’à elle:
– Voyons… ne me grondez pas… vous êtes mon plus vieil ami; souvenez-vous qu’il y a vingt ans vous m’appeliez votre chère Clotilde…
– Oui… je vous appelais ainsi… mais…
– Je sais d’avance tout ce que vous allez me dire, vous co
– Ah! Clotilde!…
– Épargnez-moi vos reproches, laissez-moi plutôt vous parler de ma joie de vous revoir; votre présence me rappelle tant de choses: mon pauvre père… d’abord, et puis mes quinze ans… Ah! quinze ans, que c’est beau!
– C’est parce que votre père était mon ami, que…
– Oh! oui, reprit la duchesse en interrompant M. de Saint-Remy, il vous aimait tant! Vous souvenez-vous, il vous appelait en riant l’homme aux rubans verts… Vous lui disiez toujours: «Vous gâtez Clotilde… prenez garde»; et il vous répondait en m’embrassant: «Je le crois bien que je la gâte, et il faut que je me dépêche et que je redouble, car bientôt le monde me l’enlèvera pour la gâter à son tour.» Excellent père! Quel ami j’ai perdu!… Une larme brilla dans les beaux yeux de Mme de Lucenay; puis, tendant la main à M. de Saint-Remy, elle lui dit d’une voix émue: Vrai, je suis heureuse, bien heureuse de vous revoir; vous éveillez des souvenirs si précieux, si chers à mon cœur!…
Le comte, quoiqu’il co
– Si vous êtes à Paris depuis longtemps, reprit Mme de Lucenay, il est mal à vous de n’être pas venu me voir plus tôt; nous aurions tant causé du passé… car savez-vous que je commence à atteindre l’âge où il y a un charme extrême à dire à de vieux amis: Vous souvenez-vous?
Certes, la duchesse n’eût pas parlé avec un plus tranquille nonchaloir si elle eût reçu une visite du matin à l’hôtel de Lucenay. M. de Saint-Remy ne put s’empêcher de lui dire sévèrement:
– Au lieu de parler du passé, il serait plus à propos de parler du présent… mon fils peut rentrer d’un moment à l’autre, et…
– Non, dit Clotilde en l’interrompant, j’ai la clef de la petite porte de la serre, et on a
– À moi?… À moi?…
– Certainement… Quel guide, quel appui a-t-il eu en entrant dans le monde? Et pour mille choses positives les conseils d’un père sont indispensables… Aussi, franchement, il est très-mal à vous de…
Ici Mme de Lucenay, cédant à la bizarrerie de son caractère, ne put s’empêcher de s’interrompre en riant comme une folle et de dire au comte:
– Avouez que la position est au moins singulière, et qu’il est très-piquant que ce soit moi qui vous sermo
– Cela est étrange, en effet; mais je ne mérite ni vos sermons ni vos louanges; je viens chez mon fils… mais ce n’est pas pour mon fils… À son âge, il n’a pas ou il n’a plus besoin de mes conseils.
– Que voulez-vous dire?
– Vous devez savoir pour quelles raisons j’ai le monde et surtout Paris en horreur, dit le comte avec une expression pénible et contrainte. Il a donc fallu des circonstances de la dernière importance pour m’obliger à quitter Angers, et surtout à venir ici… dans cette maison… Mais j’ai dû braver mes répugnances et recourir à toutes les perso
– Oh! alors, dit Mme de Lucenay avec l’empressement le plus affectueux, je vous en prie, disposez de moi, si je puis vous être utile à quelque chose. Est-il besoin de sollicitations? M. de Lucenay doit avoir un certain crédit, car les jours où je vais dîner chez ma grand’tante de Montbrison, il do
– Je le sais… et je ne refuse pas votre appui… quoique pourtant…
– Voyons, mon cher Alceste, nous sommes gens du monde, agissons donc en gens du monde; que nous soyons ici ou ailleurs, cela importe peu, je suppose, à l’affaire qui vous intéresse, et qui maintenant m’intéresse extrêmement, puisqu’elle est vôtre. Causons donc de cela, et très-à fond… je l’exige…