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– Comment?

– Il était braco

– Et vos parents, la Louve, où sont-ils?

– Est-ce que je sais, moi!…

– Il y a longtemps que vous ne les avez vus?

– Je ne sais seulement pas s’ils sont morts ou en vie.

– Ils étaient donc méchants pour vous?

– Ni bons ni méchants: j’avais, je crois bien, onze ans quand ma mère s’en est allée d’un côté avec un soldat. Mon père, qui était journalier, a amené dans notre grenier une maîtresse à lui, avec deux garçons qu’elle avait, un de six ans et un de mon âge. Elle était marchande de pommes à la brouette. Ça n’a pas été trop mal dans les commencements; mais ensuite, pendant qu’elle était à sa charretée, il venait chez nous une écaillère avec qui mon père faisait des traits à l’autre… qui l’a su. Depuis ce temps-là, il y avait presque tous les soirs à la maison des batteries si enragées que ça nous en do

– Et cette femme était méchante pour vous?

– La mère Madeleine? Non, au contraire, elle n’était que vive; sauf ça une brave femme… Mais à la fin mon père en a eu assez; il lui a abando

– Et vous êtes restée avec l’ancie

– Où est-ce que je serais allée? Alors elle s’est mise avec un couvreur qui est venu habiter chez nous. Des deux garçons de la mère Madeleine, il y en a un, le plus grand, qui s’est noyé à l’île des Cygnes; l’autre est entré en apprentissage chez un menuisier.

– Et que faisiez-vous chez cette femme?

– Je tirais sa charrette avec elle, je faisais la soupe, j’allais porter à manger à son homme, et quand il rentrait gris, ce qui lui arrivait plus souvent qu’à son tour, j’aidais la mère Madeleine à le rouer de coups pour en avoir la paix, car nous habitions toujours la même chambre. Il était méchant comme un âne rouge quand il était dans le vin, il voulait tout tuer. Une fois, si nous ne lui avions pas arraché sa hachette, il nous aurait assassinées toutes les deux. La mère Madeleine a eu pour sa part un coup sur l’épaule qui a saigné comme une vraie boucherie.

– Et comment êtes-vous devenue… ce que nous sommes? dit Fleur-de-Marie en hésitant.

– Le fils de la Madeleine, le petit Charles, qui s’est depuis noyé à l’île des Cygnes, avait été… avec moi… à peu près depuis le temps que lui, sa mère et son frère étaient venu loger chez nous, quand nous étions deux enfants… quoi!… Après lui le couvreur, ça m’est égal; mais j’avais peur d’être mise à la porte par la mère Madeleine, si elle s’apercevait de quelque chose. Ça est arrivé; comme elle était bo

Fleur-de-Marie, quoique plongée jeune, dans une atmosphère de corruption, avait depuis respiré un air si pur qu’elle éprouva une oppression douloureuse à l’horrible récit de la Louve.

Et si nous avons eu le triste courage de le faire, ce récit, c’est qu’il faut bien qu’on sache que, si hideux qu’il soit, il est encore mille fois au-dessous d’i

Oui, l’ignorance et la misère conduisent souvent les classes pauvres à ces effrayantes dégradations humaines et sociales.

Oui, il est une foule de tanières où enfants et adultes, filles et garçons, légitimes ou bâtards, gisant pêle-mêle sur la même paillasse comme des bêtes dans la même litière, ont continuellement sous les yeux d’abominables exemples d’ivresse, de violences, de débauches et de meurtres.

Oui, et trop fréquemment encore, l’inceste vient ajouter une horreur de plus à ces horreurs.

Les riches peuvent entourer leurs vices d’ombre et de mystère, et respecter la sainteté du foyer domestique.

Mais les artisans les plus ho

Si l’on frémit déjà des fatales conséquences de telles nécessités, presque toujours inévitablement imposées aux artisans pauvres, mais probes, que sera-ce donc lorsqu’il s’agira d’artisans dépravés par l’ignorance ou par l’inconduite?

Quels épouvantables exemples ne do