Добавить в цитаты Настройки чтения

Страница 207 из 212

– Je vous écoute et vous admire, monsieur, dit A

– Allons, dit d’Artagnan, voici Votre Majesté qui, à son tour, se trompe sur nos intentions comme avait fait M. de Mazarin.

– Vous êtes dans l’erreur, monsieur, dit la reine, et je me trompe si peu, que dans dix minutes vous serez arrêté et que dans une heure je partirai pour aller délivrer mon ministre à la tête de mon armée.

– Je suis sûr que Votre Majesté ne commettra point une pareille imprudence, dit d’Artagnan, d’abord parce qu’elle serait inutile et qu’elle amènerait les plus graves résultats. Avant d’être délivré, M. le cardinal serait mort, et Son Éminence est si bien convaincue de la vérité de ce que je dis qu’elle m’a au contraire prié, dans le cas où je verrais Votre Majesté dans ces dispositions, de faire tout ce que je pourrais pour obtenir qu’elle change de projet.

– Eh bien! je me contenterai donc de vous faire arrêter.

– Pas davantage, Madame, car le cas de mon arrestation est aussi bien prévu que celui de la délivrance du cardinal. Si demain, à une heure fixe, je ne suis pas revenu, après-demain matin M. le cardinal sera conduit à Paris.

– On voit bien, monsieur, que vous vivez, par votre position, loin des hommes et des choses; car autrement vous sauriez que M. le cardinal a été cinq ou six fois à Paris, et cela depuis que nous en sommes sortis, et qu’il y a vu M. de Beaufort, M. de Bouillon, M. le coadjuteur, M. d’Elbeuf, et que pas un n’a eu l’idée de le faire arrêter.

– Pardon, Madame, je sais tout cela; aussi n’est-ce ni à M. de Beaufort, ni à M. de Bouillon, ni à M. le coadjuteur, ni à M. d’Elbeuf, que mes amis conduiront M. le cardinal, attendu que ces messieurs font la guerre pour leur propre compte, et qu’en leur accordant ce qu’ils désirent M. le cardinal en aurait bon marché; mais bien au parlement, qu’on peut acheter en détail sans doute, mais que M. de Mazarin lui-même n’est pas assez riche pour acheter en masse.

– Je crois, dit A

– Madame, dit d’Artagnan, je menace parce qu’on m’y force. Je me grandis parce qu’il faut que je me place à la hauteur des événements et des perso

A

– Que n’avez-vous dit tout cela avant d’agir! dit-elle.

– Parce que, Madame, il s’agissait de prouver à Votre Majesté une chose dont elle doutait, ce me semble: c’est que nous avons encore quelque valeur, et qu’il est juste qu’on fasse quelque cas de nous.

– Et cette valeur ne reculerait devant rien, à ce que je vois? dit A

– Elle n’a reculé devant rien dans le passé, dit d’Artagnan; pourquoi donc ferait-elle moins dans l’avenir?

– Et cette valeur, en cas de refus, et par conséquent en cas de lutte, irait jusqu’à m’enlever moi-même au milieu de ma cour pour me livrer à la Fronde, comme vous voulez livrer mon ministre?

– Nous n’y avons jamais songé, Madame, dit d’Artagnan avec cette forfanterie gasco

– Je devais le savoir, murmura A

– Hélas! Madame, dit d’Artagnan, cela me prouve que c’est seulement d’aujourd’hui que Votre Majesté a une juste idée de nous.

– Bien, dit A

– Votre Majesté nous rendra justice. Nous rendant justice, elle ne nous traitera plus comme des hommes vulgaires. Elle verra en moi un ambassadeur digne des hauts intérêts qu’il est chargé de discuter avec vous.

– Où est le traité?

– Le voici.

XCVI. Comme quoi avec une plume et une menace on fait plus vite et mieux qu’avec l’épée et du dévouement (Suite)

A

– Je n’y vois, dit-elle, que des conditions générales. Les intérêts de M. de Conti, de M. de Beaufort, de M. de Bouillon, de M. d’Elbeuf et de M. le coadjuteur y sont établis. Mais les vôtres?

– Nous nous rendons justice, Madame, tout en nous plaçant à notre hauteur. Nous avons pensé que nos noms n’étaient pas dignes de figurer près de ces grands noms.

– Mais vous, vous n’avez pas renoncé, je présume, à m’exposer vos prétentions de vive voix?

– Je crois que vous êtes une grande et puissante reine, Madame, et qu’il serait indigne de votre grandeur et de votre puissance de ne pas récompenser dignement les bras qui ramèneront Son Éminence à Saint-Germain.

– C’est mon intention, dit la reine; voyons, parlez.

– Celui qui a traité l’affaire (pardon si je commence par moi, mais il faut bien que je m’accorde l’importance, non pas que j’ai prise, mais qu’on m’a do

– C’est la place de M. de Tréville que vous me demandez là!

– La place est vacante, Madame, et depuis un an que M. de Tréville l’a quittée, il n’a point été remplacé.

– Mais c’est une des premières charges militaires de la maison du roi!

– M. de Tréville était un simple cadet de Gascogne comme moi, Madame, et il a occupé cette charge vingt ans.

– Vous avez réponse à tout, monsieur, dit A

Et elle prit sur un bureau un brevet qu’elle remplit et signa.

– Certes, Madame, dit d’Artagnan en prenant le brevet et en s’inclinant, voilà une belle et noble récompense; mais les choses de ce monde sont pleines d’instabilité, et un homme qui tomberait dans la disgrâce de Votre Majesté perdrait cette charge demain.

– Que voulez-vous donc alors? dit la reine, rougissant d’être pénétrée par cet esprit aussi subtil que le sien.

– Cent mille livres pour ce pauvre capitaine des mousquetaires, payables le jour où ses services n’agréeront plus à Votre Majesté.

A