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– Mais, répéta le même colonel qui avait déjà parlé, vous savez bien que vous demandez une chose impossible.
– Voilà déjà deux fois que l'on fait cette étrange réponse au désir que j'exprime, reprit Athos Le général est-il absent?
La question d'Athos fut faite de si bo
– Monsieur, dit-il, le général vous a quitté hier sur les limites du monastère?
– Oui, monsieur.
– Et vous êtes allé…?
– Ce n'est point à moi de vous répondre, c'est à ceux qui m'ont accompagné. Ce sont vos soldats, interrogez-les.
– Mais s'il nous plaît de vous interroger, vous?
– Alors il me plaira de vous répondre, monsieur, que je ne relève de perso
– Soit, monsieur, mais comme nous sommes les maîtres, nous nous érigeons en conseil de guerre, et quand vous serez devant des juges, il faudra bien que vous leur répondiez.
La figure d'Athos n'exprima que l'éto
– Des juges écossais ou anglais, à moi, sujet du roi de France; à moi, placé sous la sauvegarde de l'ho
Les officiers se regardèrent.
– Alors, monsieur, dirent-ils, vous prétendez ne pas savoir où est le général?
– À ceci, je vous ai déjà répondu, monsieur.
– Oui; mais vous avez déjà répondu une chose incroyable.
– Elle est vraie cependant, messieurs. Les gens de ma condition ne mentent point d'ordinaire. Je suis gentilhomme, vous ai-je dit, et quand je porte à mon côté l'épée que, par un excès de délicatesse, j'ai laissée hier sur cette table où elle est encore aujourd'hui, nul, croyez-le bien, ne me dit des choses que je ne veux pas entendre. Aujourd'hui, je suis désarmé; si vous vous prétendez mes juges, jugez-moi; si vous n'êtes que mes bourreaux, tuez-moi.
– Mais, monsieur?… demanda d'une voix plus courtoise le lieutenant, frappé de la grandeur et du sang-froid d'Athos.
– Monsieur, j'étais venu parler confidentiellement à votre général d'affaires d'importance. Ce n'est point un accueil ordinaire que celui qu'il m'a fait. Les rapports de vos soldats peuvent vous en convaincre. Donc, s'il m'accueillait ainsi, le général savait quels étaient mes titres à l'estime. Maintenant vous ne supposez pas, je présume, que je vous révélerai mes secrets, et encore moins les siens.
– Mais enfin, ces barils, que contenaient-ils?
– N'avez-vous point adressé cette question à vos soldats? Que vous ont-ils répondu?
– Qu'ils contenaient de la poudre et du plomb.
– De qui tenaient-ils ces renseignements? Ils ont dû vous le dire.
– Du général; mais nous ne sommes point dupes.
– Prenez garde, monsieur, ce n'est plus à moi que vous do
Les officiers se regardèrent encore. Athos continua:
– Devant vos soldats, le général m'a dit d'attendre huit jours; que dans huit jours il me do
– Il vous a dit d'attendre huit jours! s'écria le lieutenant.
– Il me l'a si bien dit, monsieur, que j'ai un sloop à l'ancre à l'embouchure de la rivière, et que je pouvais parfaitement le joindre hier et m'embarquer. Or, si je suis resté, c'est uniquement pour me conformer aux désirs du général, Son Ho
Le lieutenant se retourna vers les deux autres officiers, et à voix basse:
– Si ce gentilhomme dit vrai, il y aurait encore de l'espoir, dit-il. Le général aurait dû accomplir quelques négociations si secrètes qu'il aurait cru imprudent de prévenir, même nous. Alors, le temps limité pour son absence serait huit jours.
Puis, se retournant vers Athos:
– Monsieur, dit-il, votre déclaration est de la plus grave importance; voulez-vous la répéter sous le sceau du serment?
– Monsieur, répondit Athos, j'ai toujours vécu dans un monde où ma simple parole a été regardée comme le plus saint des serments.
– Cette fois cependant, monsieur, la circonstance est plus grave qu'aucune de celles dans lesquelles vous vous êtes trouvé. Il s'agit du salut de toute une armée. Songez-y bien, le général a disparu, nous sommes à sa recherche. La disparition est-elle naturelle? Un crime a-t-il été commis? Devons-nous pousser nos investigations jusqu'à l'extrémité? Devons-nous attendre avec patience? En ce moment, monsieur, tout dépend du mot que vous allez prononcer.
– Interrogé ainsi, monsieur, je n'hésite plus, dit Athos.
«Oui, j'étais venu causer confidentiellement avec le général Monck et lui demander une réponse sur certains intérêts; oui, le général, ne pouvant sans doute se prononcer avant la bataille qu'on attend, m'a prié de demeurer huit jours encore dans cette maison que j'habite, me promettant que dans huit jours je le reverrais. Oui, tout cela est vrai, et je le jure sur Dieu, qui est le maître absolu de ma vie et de la vôtre.
Athos prononça ces paroles avec tant de grandeur et de sole
Cependant un des colonels essaya une dernière tentative:
– Monsieur, dit-il, quoique nous soyons persuadés maintenant de la vérité de ce que vous dites, il y a pourtant dans tout ceci un étrange mystère. Le général est un homme trop prudent pour avoir ainsi abando
– Moi, fit le lieutenant, je ne vois rien là que de bien naturel; car, enfin, ces gens n'étaient pas priso
– Non; mais, je le répète, c'est un d'eux qui a éclairé le général et Monsieur dans le caveau de l'abbaye, et Digby nous a assuré que le général avait eu sur ces gens-là de mauvais soupçons. Or, qui nous dit que ces pêcheurs n'étaient pas d'intelligence avec Monsieur, et que, le coup fait, Monsieur, qui est brave assurément, n'est pas resté pour nous rassurer par sa présence et empêcher nos recherches dans la bo