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Ce qui signifie qu'il était à peu près neuf heures et demie du soir.
Tout à coup Monck fut tiré de ce demi-sommeil, factice peut-être, par une troupe de soldats qui, accourant avec des cris joyeux, venaient frapper du pied les bâtons de la tente de Monck, tout en bourdo
Il n'était pas besoin d'un si grand bruit. Le général ouvrit les yeux.
– Eh bien! mes enfants, que se passe-t-il donc? demanda le général.
– Général, répondirent plusieurs voix, général, vous souperez.
– J'ai soupé, messieurs, répondit tranquillement celui-ci, et je digérais tranquillement, comme vous voyez; mais entrez, et dites-moi ce qui vous amène.
– Général, une bo
– Bah! Lambert nous fait-il dire qu'il se battra demain?
– Non, mais nous venons de capturer une barque de pêcheurs qui portait du poisson au camp de Newcastle.
– Et vous avez eu tort, mes amis. Ces messieurs de Londres sont délicats, ils tie
Le général réfléchit un instant.
– Dites-moi, continua-t-il, quels sont ces pêcheurs, s'il vous plaît?
– Des marins picards qui pêchaient sur les côtes de France ou de Hollande, et qui ont été jetés sur les nôtres par un grand vent.
– Quelques-uns d'entre eux parlent-ils notre langue?
– Le chef nous a dit quelques mots d'anglais.
La défiance du général s'était éveillée au fur et à mesure que les renseignements lui venaient.
– C'est bien, dit-il. Je désire voir ces hommes, amenez-les-moi.
Un officier se détacha aussitôt pour aller les chercher.
– Combien sont-ils? continua Monck, et quel bateau montent-ils?
– Ils sont dix ou douze, mon général, et ils montent une espèce de chasse-marée, comme ils appellent cela, de construction hollandaise, à ce qu'il nous a semblé.
– Et vous dites qu'ils portaient du poisson au camp de M. Lambert?
– Oui, général. Il paraît même qu'ils ont fait une assez bo
– Bien, nous allons voir cela, dit Monck. En effet, au moment même l'officier revenait, amenant le chef de ces pêcheurs, homme de cinquante à cinquante-cinq ans à peu près, mais de bo
– Tu parles anglais? lui demanda Monck en excellent français.
– Ah! bien mal, milord, répondit le pêcheur.
Cette réponse fut faite bien plutôt avec l'accentuation vive et saccadée des gens d'outre-Loire qu'avec l'accent un peu traînard des contrées de l'ouest et du nord de la France.
– Mais enfin tu le parles, insista Monck, pour étudier encore une fois cet accent.
– Eh! nous autres gens de mer, répondit le pêcheur, nous parlons un peu toutes les langues.
– Alors, tu es matelot pêcheur?
– Pour aujourd'hui, milord, pêcheur, et fameux pêcheur même. J'ai pris un bar qui pèse au moins trente livres, et plus de cinquante mulets; j'ai aussi de petits merlans qui seront parfaits dans la friture.
– Tu me fais l'effet d'avoir plus pêché dans le golfe de Gascogne que dans la Manche, dit Monck en souriant.
– En effet, je suis du Midi; cela empêche-t-il d'être bon pêcheur, milord?
– Non pas, et je t'achète ta pêche; maintenant parle avec franchise: à qui la destinais-tu?
– Milord, je ne vous cacherai point que j'allais à Newcastle, tout en suivant la côte, lorsqu'un gros de cavaliers qui remontaient le rivage en sens inverse ont fait signe à ma barque de rebrousser chemin jusqu'au camp de Votre Ho
– Et pourquoi allais-tu chez Lambert et non chez moi?
– Milord, je serai franc; Votre Seigneurie le permet-elle?
– Oui, et même au besoin je te l'ordo
– Eh bien! milord, j'allais chez M. Lambert, parce que ces messieurs de la ville paient bien, tandis que vous autres Écossais, puritains, presbytériens, covenantaires, comme vous voudrez vous appeler, vous mangez peu, mais ne payez pas du tout.
Monck haussa les épaules sans cependant pouvoir s'empêcher de sourire en même temps.
– Et pourquoi, étant du Midi, viens-tu pêcher sur nos côtes?
– Parce que j'ai eu la bêtise de me marier en Picardie.
– Oui; mais enfin la Picardie n'est pas l'Angleterre.
– Milord, l'homme pousse le bateau à la mer, mais Dieu et le vent font le reste et poussent le bateau où il leur plaît.
– Tu n'avais donc pas l'intention d'aborder chez nous?
– Jamais.
– Et quelle route faisais-tu?
– Nous revenions d'Ostende, où l'on avait déjà vu des maquereaux, lorsqu'un grand vent du midi nous a fait dériver; alors, voyant qu'il était inutile de lutter avec lui, nous avons filé devant lui. Il a donc fallu, pour ne pas perdre la pêche, qui était bo
– Et tes compagnons, où sont-ils?
– Oh! mes compagnons, ils sont restés à bord; ce sont des matelots sans instruction aucune.
– Tandis que toi…? fit Monck.
– Oh! moi, dit le patron en riant, j'ai beaucoup couru avec mon père, et je sais comment on dit un sou, un écu, une pistole, un louis et un double louis dans toutes les langues de l'Europe; aussi mon équipage m'écoute-t-il comme un oracle et m'obéit-il comme à un amiral.