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Dans la nuit je suis sorti, Lucile, et j’ai pénétré la chênaie. À pas pesés je me suis approché de la rivière, et j’ai franchi le pont du Rêve. Je t’emporte avec moi, tu es ici sous ma poitrine et je te sens palpiter. Viens. Au fond d’une dépression à l’accès difficile tu co

À mes pieds l’eau sourd et en ton absence je recrée notre proximité belle. Arbre je me dresse et t’appelle des ténèbres. Lucile!

Le vent s’est dressé, il rôde et tourne dans ce lieu sans âge. Marzin nous a appris, et le vent est notre émissaire. Va, fils de l’esprit, sans temps et sans souci file et porte à ma bien-aimée le son de mon âme. Le doigt tendu sur la voûte sombre je creuse en moi et extirpe la force pour animer l’ami Vent. Ça y est… il va, dévale et court sur les cheveux des arbres. Il ploie l’herbe et échevèle les passants, il vole, revient, t’enveloppe, et te souffle mes pensées.

XII

Lucile cette nuit s’est levée. Son époux dort toujours. Elle s’est épongé le visage et, un verre d’eau bu, elle ouvre la fenêtre. Face à elle le faîtage d’un chêne s’incline et la salue. Elle a souri. Le vent alors brusque tourbillo

Il se fait plus caressant et l’entoure, haleine tiède et toute sollicitude. Lucile s’est raidie, son regard brille sur l’horizon. Elle n’a pas froid, mais elle frisso

Le vent s’est rabattu. Sous la lune blanche une femme vole vers Les Sulèves. Dans le chemin creux elle glisse, aérie

XIII

«Tu es venue…!» Lucile balbutie et je me tais contre elle. Son ventre est le mien, sa poitrine embrase la mie

Aucun végétal, aucune mer ne saurait dispenser ces senteurs qui nous visitent, violacées, acerbes et tendres, et notre cri nous porte au-dessus des horizons.

Nous ferons durer la nuit. La nuit est notre royaume, elle gîte notre alliance. Bientôt nous nous passerons du vent même pour nos transports et nos yeux couvriront encore à travers le sombre de l’heure des monts et des merveilles de lumière.

Dans notre chrysalide chaude et humide nos deux corps sont un lac de bonheur immobile. Sur ses eaux planent nos esprits, qui s’enrichissent sans fin de leur harmonie. L’heure est arrêtée, le temps qui nous baigne est celui qui ne sait pas encore marcher. La conscience d’être est hagarde. Elle se repose parfois sur une odeur, un souffle, un gémissement. Vivre est dépassé. Le pays qui s’est ouvert ne souffle pas de frontière, il est toute virtualité, il n’est que délices qui s’offrent à notre enchantement.

L’aurore a trouvé sur le perron de la fontaine deux âmes hallucinées, étourdies de leur concorde. Hiératiques, des arbres géants se penchent sur les enfants de la rosée. Autour de nous l’herbe s’est couchée, comme si un peuple de fées attentif et muet, en un cercle magique, avait abrité notre nuit.

XIV

Sur les chemins pentus de la forêt, sur mon dos je porte Lucile. Elle a posé sa joue sur ma tête et sa chevelure en cascade m’est un voile dont le parfum me charme. Les bras de Lucile me font un collier et ses cuisses me pressent les flancs. Par un juste retour du grand balancier, la force ascensio

Je n’ai pas trébuché et ma bouche murmure des perles de mots que je t’adresse et qui se mêlent au souffle d’amour, parfois formulé, de ta bouche rapprochée.

Nous sommes arrivés sur la berge occidentale de la rivière d’Argent. Ici, ses eaux sont rouges, la roche est cristalline et le fer y abonde. Le soleil est pâle et comme languissant. À grand-peine sa lumière dans la brume se fraie un passage. L’air est vif, froid, ouaté. Ma mie glisse le long de moi, exhaussée sur la pointe des pieds elle dépose, furtif, un baiser sur mes yeux. Les jambes repliées sous elle, elle s’assied. Elle a empoigné une touffe d’herbes hautes, et son regard vagabonde au fil de l’eau. Mon double, ma féminité, sur le miroir moiré de la rivière curieuse notre vision du cours des choses est-elle identique?

«Partirons-nous sur l’heure?»

Le questio

«Retournons près de Marzin le saluer, et disparaissons.

– Où irons-nous?

– Où les vents nous guideront. Ensemble, peu importent les terres que nous foulerons. As-tu quelque inquiétude?»

Un tourbillon d’air bouscula les vapeurs de brume et occulta le soleil. Lucile avait tourné vers moi son visage, et ses yeux graves et humides s’attachaient aux miens. Elle ne lâchait plus les tiges enroulées autour de sa main. Un rai de lumière descendit sur nous.

«Suis-je, encore, priso

– Vois les oiseaux qui émigrent quand la saison n’est plus la bo