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Gérard Caramaro
Les Noces secrètes
Lucile m’est apparue comme ça, à l’automne, entre un rougeoiement de vignes et un envol jaune de feuilles. Comme une revanche faite aux coups du sort, il paraît, parfois, qu’un esprit très bienveillant veuille nous éclairer l’existence. C’est, dirait-on, un cadeau qui nous arrive alors, nouvelle, succès ou rencontre, une pluie en terre de sécheresse ou le feu croisé au cœur de l’hiver.
Elle est venue, ainsi, radieuse et mutine, la bouche au trouble passé et l’œil noyé de clair. Si je devine là, mécréant, une main ou, mieux, une baguette féerique, c’est parce que Lucile m’a regardé et adopté.
Bien sûr, j’ai voulu lui do
Ma brève vie d’avec Lucile ne fut pourtant pas qu’angélique et, là encore, sa sensualité me déroutait. Elle ne me do
Puis je me dis, Lucile, que mon emportement ne me servirait de rien. À quoi bon rêver à t’épouser, sinon que je songe à t’a
Une clef, Lucile, vous m’ouvriez les yeux sur un monde plus beau. Votre charme sur moi a laissé, entendez-moi bien, comme un rai de lune qui œuvre en secret.
Quand vous m’aurez quitté, belle, me disais-je déjà, et que, évanouie, le songe de vous se subtilisera, n’oubliez pas que je serai à vos côtés. Vous co
Pour l’heure, je ne sais si je t’attends. Il est toujours chez moi une oscillation entre l’amour et l’amour d’aimer. Tu vois, je peins. Je te peins avec mes mots, je joue. C’est la même rêverie qu’en ta présence, si tu veux, mais avec une dimension laborieuse en plus. L’art est travail, puisque nous en sommes aux poncifs. Toi, tu te fiches de cela, non? Tu es, simplement, et tout le reste n’est que digression. De nos deux modes d’être, ou de vivre, je ne sais en toute sincérité lequel est le plus positif, ou cohérent, ou raiso
Il me semble, de temps en temps, n’entendre que la houle aveugle et le vent entêté. Notre course duelle aurait-elle pris fin! Suis-je de nouveau dérouté pour l’inco
Non, tu n’as pas disparu. Comment le pourriez-vous! Ta présence est réelle, peut-être ne cherché-je plus à te revoir. Tu es le point fixe et unique dans cet univers crucifié, la rencontre, le point d’intersection des quatre bras égaux cloués aux horizons du monde. Tu es, mon rêve, la seule référence, hors espace et hors temps, là où tout s’accroche pour osciller au gré de lois occultes, tu es l’ancrage.
N’allez pas imaginer, ma mie, que vous ne soyez qu’un prétexte, un alibi à ma déraison galopante. Vous êtes, soyez-en assurée, la meilleure part de moi-même, aussi vrai que mon regard, depuis que je vous vis, s’est modifié. Relative à vous, à votre grâce, elle se teinte cependant d’absolu – je veux parler de ce nœud que vous représentez, ombilical, transcendant et, pourtant, par vous, manifesté.
Te rencontrer, Lucile, la voilà, l’initiation. Éclairé à présent, je vais, avec toi à mes côtés, et même si tu ne t’en doutes.