Страница 6 из 51
– Ce sera ton douzain de mariage. Le douzain est un antique usage encore en vigueur et saintement conservé dans quelques pays situés au centre de la France. En Berry, en Anjou, quand une jeune fille se marie, sa famille ou celle de l’époux doit lui do
– Puisque c’est la fête d’Eugénie, faisons du feu! ce sera de bon augure.
– Mademoiselle se mariera dans l’a
– Je ne vois point de partis pour elle à Saumur, répondit madame Grandet en regardant son mari d’un air timide qui, vu son âge, a
Grandet contempla sa fille, et s’écria gaiement:
– Elle a vingt-trois ans aujourd’hui, l’enfant, il faudra bientôt s’occuper d’elle.
Eugénie et sa mère se jetèrent silencieusement un coup d’œil d’intelligence.
Madame Grandet était une femme sèche et maigre, jaune comme un coing, gauche, lente; une de ces femmes qui semblent faites pour être tyra
– As-tu quelques sous à me prêter? Et la pauvre femme, heureuse de pouvoir faire quelque chose pour un homme que son confesseur lui représentait comme son seigneur et maître, lui rendait, dans le courant de l’hiver, quelques écus sur l’argent des épingles. Lorsque Grandet tirait de sa poche la pièce de cent sous allouée par mois pour les menues dépenses, le fil, les aiguilles et la toilette de sa fille, il ne manquait jamais, après avoir bouto
– Et toi, la mère, veux-tu quelque chose?
– Mon ami, répondait madame Grandet animée par un sentiment de dignité maternelle, nous verrons cela.
Sublimité perdue! Grandet se croyait très-généreux envers sa femme. Les philosophes qui rencontrent des Nanon, des madame Grandet, des Eugénie ne sont-ils pas en droit de trouver que l’ironie est le fond du caractère de la Providence? Après ce dîner, où, pour la première fois, il fut question du mariage d’Eugénie, Nanon alla chercher une bouteille de cassis dans la chambre de monsieur Grandet, et manqua de tomber en descendant.
– Grande bête, lui dit son maître, est-ce que tu te laisserais choir comme une autre, toi?
– Monsieur, c’est cette marche de votre escalier qui ne tient pas.
– Elle a raison, dit madame Grandet. Vous auriez dû la faire raccommoder depuis long-temps. Hier, Eugénie a failli s’y fouler le pied.
– Tiens, dit Grandet à Nanon en la voyant toute pâle, puisque c’est la naissance d’Eugénie, et que tu as manqué de tomber, prends un petit verre de cassis pour te remettre.
– Ma foi, je l’ai bien gagné, dit Nanon. A ma place, il y a bien des gens qui auraient cassé la bouteille, mais je me serais plutôt cassé le coude pour la tenir en l’air.
– C’te pauvre Nanon! dit Grandet en lui versant le cassis.
– T’es-tu fait mal? lui dit Eugénie en la regardant avec intérêt.
– Non, puisque je me suis retenue en me fichant sur mes reins.
– Hé! bien, puisque c’est la naissance d’Eugénie, dit Grandet, je vais vous raccommoder votre marche. Vous ne savez pas, vous autres, mettre le pied dans le coin, à l’endroit où elle est encore solide.
Grandet prit la chandelle, laissa sa femme, sa fille et sa servante, sans autre lumière que celle du foyer qui jetait de vives flammes, et alla dans le fournil chercher des planches, des clous et ses outils.
– Faut-il vous aider? lui cria Nanon en l’entendant frapper dans l’escalier.
– Non! non! ça me co
Au moment où Grandet raccommodait lui-même son escalier vermoulu, et sifflait à tue-tête en souvenir de ses jeunes a
– C’est-y vous, monsieur Cruchot? demanda Nanon en regardant par la petite grille.
– Oui, répondit le président.
Nanon ouvrit la porte, et la lueur du foyer, qui se reflétait sous la voûte, permit aux trois Cruchot d’apercevoir l’entrée de la salle.
– Ah! vous êtes des fêteux, leur dit Nanon en sentant les fleurs.
– Excusez, messieurs, cria Grandet en reco