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La Grande Nanon était peut-être la seule créature humaine capable d’accepter le despotisme de son maître. Toute la ville l’enviait à monsieur et à madame Grandet. La Grande Nanon, ainsi nommée à cause de sa taille haute de cinq pieds huit pouces, appartenait à Grandet depuis trente-cinq ans. Quoiqu’elle n’eût que soixante livres de gages, elle passait pour une des plus riches servantes de Saumur. Ces soixante livres, accumulées depuis trente-cinq ans, lui avaient permis de placer récemment quatre mille livres en viager chez maître Cruchot. Ce résultat des longues et persistantes économies de la Grande Nanon parut gigantesque. Chaque servante, voyant à la pauvre sexagénaire du pain pour ses vieux jours, était jalouse d’elle sans penser au dur servage par lequel il avait été acquis. A l’âge de vingt-deux ans, la pauvre fille n’avait pu se placer chez perso

– Allons, régale-toi, Nanon, lui disait-il dans les a

– Que voulez-vous, ma migno

– Cette pauvre Nanon! Son exclamation était toujours suivie d’un regard indéfinissable que lui jetait la vieille servante. Ce mot, dit de temps à autre, formait depuis long-temps une chaîne d’amitié non interrompue, et à laquelle chaque exclamation ajoutait un chaînon. Cette pitié, placée au cœur de Grandet et prise tout en gré par la vieille fille, avait je ne sais quoi d’horrible. Cette atroce pitié d’avare, qui réveillait mille plaisirs au cœur du vieux to

La description des autres portions du logis se trouvera liée aux événements de cette histoire; mais d’ailleurs le croquis de la salle où éclatait tout le luxe du ménage peut faire soupço

En 1819, vers le commencement de la soirée, au milieu du mois de novembre, la grande Nanon alluma du feu pour la première fois. L’automne avait été très-beau. Ce jour était un jour de fête bien co