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– Et quand on a cent mille livres de rente, un nom, une famille, que l’on va à la cour, car je vous ferai nommer gentilhomme de la chambre, on devient tout ce qu’on veut être, disait-elle à Charles. Ainsi vous serez, à votre choix, maître des requêtes au conseil d’Etat, préfet, secrétaire d’ambassade, ambassadeur. Charles X aime beaucoup d’Aubrion, ils se co

Enivré d’ambition par cette femme, Charles avait caressé, pendant la traversée, toutes ces espérances qui lui furent présentées par une main habile, et sous forme de confidences versées de cœur à cœur. Croyant les affaires de son père arrangées par son oncle, il se voyait ancré tout à coup dans le faubourg Saint-Germain, où tout le monde voulait alors entrer, et où, à l’ombre du nez bleu de mademoiselle Mathilde, il reparaissait en comte d’Aubrion, comme les Dreux reparurent un jour en Brézé. Ebloui par la prospérité de la Restauration qu’il avait laissée chancelante, saisi par l’éclat des idées aristocratiques, son enivrement commencé sur le vaisseau se maintint à Paris où il résolut de tout faire pour arriver à la haute position que son égoïste belle-mère lui faisait entrevoir. Sa cousine n’était donc plus pour lui qu’un point dans l’espace de cette brillante perspective. Il revit A

– Les affaires de mon père ne sont pas les mie

– Et si monsieur votre père était, d’ici à quelques jours, déclaré en faillite?

– Monsieur, d’ici à quelques jours, je me nommerai le comte d’Aubrion. Vous entendez bien que ce me sera parfaitement indifférent. D’ailleurs, vous savez mieux que moi que quand un homme a cent mille livres de rente, son père n’a jamais fait faillite, ajouta-t-il en poussant poliment le sieur des Grassins vers la porte.

Au commencement du mois d’août de cette a

– Mademoiselle, une lettre!

Elle la do

– C’est-y celle que vous attendez?

Ces mots retentirent aussi fortement au cœur d’Eugénie qu’ils retentirent réellement entre les murailles de la cour et du jardin.

– Paris! C’est de lui. Il est revenu.

Eugénie pâlit, et garda la lettre pendant un moment. Elle palpitait trop vivement pour pouvoir la décacheter et la lire. La grande Nanon resta debout, les deux mains sur les hanches, et la joie semblait s’échapper comme une fumée par les crevasses de son brun visage.

– Lisez donc, mademoiselle…

– Ah! Nanon, pourquoi revient-il par Paris, quand il s’en est allé par Saumur?

– Lisez, vous le saurez.

Eugénie décacheta la lettre en tremblant. Il en tomba un mandat sur la maison madame des Grassins et Corret de Saumur. Nanon le ramassa.

«Ma chère cousine…»

– Je ne suis plus Eugénie, pensa-t-elle. Et son cœur se serra.

«Vous…»

– Il me disait tu!

Elle se croisa les bras, n’osa plus lire la lettre, et de grosses larmes lui vinrent aux yeux.

– Est-il mort? demanda Nanon.

– Il n’écrirait pas, dit Eugénie.

Elle lut toute la lettre que voici.

«Ma chère cousine, vous apprendrez, je le crois, avec plaisir, le succès de mes entreprises. Vous m’avez porté bonheur, je suis revenu riche, et j’ai suivi les conseils de mon oncle, dont la mort et celle de ma tante vie

Eugénie se leva comme si elle eût été sur des charbons ardents, et alla s’asseoir sur une des marches de la cour.

«… du petit banc de bois où nous nous sommes juré de nous aimer toujours, du couloir, de la salle grise, de ma chambre en mansarde, et de la nuit où vous m’avez rendu, par votre délicate obligeance, mon avenir plus facile. Oui, ces souvenirs ont soutenu mon courage, et je me suis dit que vous pensiez toujours à moi comme je pensais souvent à vous, à l’heure convenue entre nous. Avez-vous bien regardé les nuages à neuf heures? Oui, n’est-ce pas? Aussi, ne veux-je pas trahir une amitié sacrée pour moi; non, je ne dois point vous tromper. Il s’agit, en ce moment, pour moi, d’une alliance qui satisfait à toutes les idées que je me suis formées sur le mariage. L’amour, dans le mariage, est une chimère. Aujourd’hui mon expérience me dit qu’il faut obéir à toutes les lois sociales et réunir toutes les convenances voulues par le monde en se mariant. Or, déjà se trouve entre nous une différence d’âge qui, peut-être, influerait plus sur votre avenir, ma chère cousine, que sur le mien. Je ne vous parlerai ni de vos mœurs, ni de votre éducation, ni de vos habitudes, qui ne sont nullement en rapport avec la vie de Paris, et ne cadreraient sans doute point avec mes projets ultérieurs. Il entre dans mes plans de tenir un grand état de maison, de recevoir beaucoup de monde, et je crois me souvenir que vous aimez une vie douce et tranquille. Non, je serai plus franc, et veux vous faire arbitre de ma situation; il vous appartient de la co