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– Reprenez-les, mon père; nous n’avons besoin que de votre tendresse.

– Eh! bien, c’est ça, dit-il en empochant les louis, vivons comme de bons amis. Descendons tous dans la salle pour dîner, pour jouer au loto tous les soirs à deux sous. Faites vos farces! Hein, ma femme?

– Hélas! je le voudrais bien, puisque cela peut vous être agréable, dit la mourante; mais je ne saurais me lever.

– Pauvre mère, dit le to

Monsieur Bergerin, le plus célèbre médecin de Saumur, arriva bientôt. La consultation finie, il déclara positivement à Grandet que sa femme était bien mal, mais qu’un grand calme d’esprit, un régime doux et des soins minutieux pourraient reculer l’époque de sa mort vers la fin de l’automne.

– Ça coûtera-t-il cher? dit le bonhomme, faut-il des drogues?

– Peu de drogues, mais beaucoup de soins, répondit le médecin qui ne put retenir un sourire.

– Enfin, monsieur Bergerin, répondit Grandet, vous êtes un homme d’ho

Malgré les souhaits fervents que Grandet faisait pour la santé de sa femme, dont la succession ouverte était une première mort pour lui; malgré la complaisance qu’il manifestait en toute occasion pour les moindres volontés de la mère et de la fille éto

– Mon enfant, lui dit-elle avant d’expirer, il n’y a de bonheur que dans le ciel, tu le sauras un jour.

Le lendemain de cette mort, Eugénie trouva de nouveaux motifs de s’attacher à cette maison où elle était née, où elle avait tant souffert, où sa mère venait de mourir. Elle ne pouvait contempler la croisée et la chaise à patins dans la salle sans verser des pleurs. Elle crut avoir méco

– Ma chère enfant, dit-il à Eugénie lorsque la table fut ôtée et les portes soigneusement closes, te voilà héritière de ta mère, et nous avons de petites affaires à régler entre nous deux. Pas vrai, Cruchot?

– Oui.

– Est-il donc si nécessaire de s’en occuper aujourd’hui, mon père?

– Oui, oui, fifille. Je ne pourrais pas durer dans l’incertitude où je suis. Je ne crois pas que tu veuilles me faire de la peine.

– Oh! mon père.

– Hé! bien, il faut arranger tout cela ce soir.

– Que voulez-vous donc que je fasse?

– Mais, fifille, ça ne me regarde pas. Dites-lui donc, Cruchot.

– Mademoiselle, monsieur votre père ne voudrait ni partager, ni vendre ses biens, ni payer des droits énormes pour l’argent comptant qu’il peut posséder. Donc, pour cela, il faudrait se dispenser de faire l’inventaire de toute la fortune qui aujourd’hui se trouve indivise entre vous et monsieur votre père…

– Cruchot, êtes-vous bien sûr de cela, pour en parler ainsi devant un enfant?

– Laissez-moi dire, Grandet.

– Oui, oui, mon ami. Ni vous ni ma fille ne voulez me dépouiller. N’est-ce pas, fifille?

– Mais, monsieur Cruchot, que faut-il que je fasse? demanda Eugénie impatientée.

– Eh! bien, dit le notaire, il faudrait signer cet acte par lequel vous renonceriez à la succession de madame votre mère, et laisseriez à votre père l’usufruit de tous les biens indivis entre vous, et dont il vous assure la nue-propriété…

– Je ne comprends rien à tout ce que vous me dites, répondit Eugénie, do

Le père Grandet regardait alternativement l’acte et sa fille, sa fille et l’acte, en éprouvant de si violentes émotions qu’il s’essuya quelques gouttes de sueur venues sur son front.

– Fifille, dit-il, au lieu de signer cet acte qui coûtera gros à faire enregistrer, si tu voulais renoncer purement et simplement à la succession de ta pauvre chère mère défunte, et t’en rapporter à moi pour l’avenir, j’aimerais mieux ça. Je te ferais alors tous les mois une bo

– Je ferai tout ce qu’il vous plaira, mon père.

– Mademoiselle, dit le notaire, il est de mon devoir de vous faire observer que vous vous dépouillez…

– Eh! mon Dieu, dit-elle, qu’est-ce que cela me fait?

– Tais-toi, Cruchot. C’est dit, c’est dit, s’écria Grandet en prenant la main de sa fille et y frappant avec la sie

– Oh! mon père?…