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— Bradley, t'es ouf ! Démarre pas le tracteur, tu vas te faire tuer !
— Ben, c'est pour lui montrer...
— Tu t'appelles Bradley ?
— Ben oui !
Bradley, c'était le dur à cuire de la bande visiblement. Il se désapa à moitié pour lui montrer ses cicatrices.
— Si on les mettait toutes à côté, crâna-t-il, ça ferait 18 cm de couture...
Camille hocha gravement la tête et lui dessina deux Batman : Batman s'envole et Batman contre la pieuvre géante.
— Comment tu fais pour dessiner si bien ?
— Toi aussi tu dessines bien. Tout le monde dessine bien...
Le soir, banquet. Vingt-deux autour de la table et du cochon à tous les étages. Les queues et les oreilles grillaient dans la cheminée et l'on tira au sort dans quelles assiettes elles allaient tomber. Franck s'était défoncé, il commença par poser sur la table une espèce de soupe gélatineuse et très parfumée. Camille y trempa son pain, mais n'alla guère plus profond, puis ce fut le boudin, les pieds, la langue, j'en passe et des meilleures... Elle recula sa chaise de quelques centimètres et do
— Ah.... ça ma petite demoiselle, y faut goûter à ça.... Les pimprenelles qui s'y refusent, elles restent vierges...
— Bon, ben.... Une toute petite goutte, alors...
Camille assura son dépucelage sous le regard matois de son voisin, celui qui n'avait qu'une dent et demie, et profita de la confusion générale pour aller se coucher.
Elle tomba comme une masse et s'endormit bercée par le brouhaha joyeux qui montait entre les lattes du parquet.
Elle dormait profondément quand il vint se caler contre elle. Elle grogna.
— T'inquiète pas, je suis trop saoul, je te ferai rien... murmura-t-il.
Comme elle lui tournait le dos, il posa son nez sur sa nuque et glissa un bras sous elle pour l'épouser le mieux possible. Ses petits cheveux lui chatouillaient les narines.
— Camille ?
Dormait-elle ? Faisait-elle semblant ? Pas de réponse en tout cas.
— J'aime bien être avec toi...
Petit sourire.
Rêvait-elle ? Dormait-elle ? On ne sait pas...
À midi, quand ils se réveillèrent enfin, chacun était dans son lit. Ni l'un ni l'autre ne firent le moindre commentaire.
Gueule de bois, confusion, fatigue, ils replacèrent le matelas, plièrent les draps, se succédèrent dans la salle de bains et s'habillèrent en silence.
L'escalier leur sembla bien casse-gueule et Jea
Les odeurs de cuisine lui soulevaient le cœur. Elle se releva, se servit un autre bol, prit son tabac dans la poche de son manteau et alla s'asseoir dans la cour sur le banc des cochons.
Franck vint la rejoindre au bout d'un moment.
— Je peux.
Elle se poussa.
— Mal au crâne ?
Elle acquiesça.
— Tu sais, je... Il faudrait que j'aille voir ma grand-mère maintenant... Donc, il y a trois solutions : soit je te laisse ici et je repasse te prendre dans l'après-midi, soit je t'emmène et tu m'attends quelque part, le temps de lui tenir un peu la jambe, soit je te dépose à la gare en passant et tu rentres à Paris toute seule...
Elle ne répondit pas tout de suite. Posa son bol, se roula une cigarette, l'alluma et recracha une longue taffe apaisante.
— T'en penses quoi, toi ?
— Je ne sais pas, mentit-il.
— J'ai pas très envie de rester là sans toi...
— Bon, je vais te poser à la gare, alors... Parce que vu ton état, tu vas pas supporter le trajet... On a encore plus froid quand on est fatigué...
— Très bien, répondit-elle.
Et merde...
Jea
Et lorsqu'il posa un pied à terre, au premier stop avant la nationale, elle remonta leurs visières :
— Je viens avec toi...
— T'es sûre ?
Elle hocha du casque et fut projetée en arrière. Oups. La vie s'accélérait d'un coup. Bon... Tant pis. Elle se coucha sur lui en serrant les dents.
13
— Tu veux m'attendre dans un café ?
— Non, non, je vais m'installer en bas...
Ils n'avaient pas fait trois pas dans le hall, qu'une dame en blouse bleu ciel se précipita sur lui. Elle le dévisagea en secouant la tête tristement :
— Elle recommence...
Franck soupira.
— Elle est dans sa chambre ?
— Oui, mais elle a encore tout empaqueté et elle refuse qu'on la touche. Elle est prostrée avec son man teau sur les genoux depuis hier soir...
— Elle a mangé ?
— Non.
— Merci.
Il se tourna vers Camille :
— Je peux te laisser mes affaires ?
— Qu'est-ce qui se passe ?
— Y se passe que la Paulette, elle commence à me gonfler avec ses co
Il était blanc comme un linge.
— Je sais même plus si c'est une bo
— Pourquoi elle refuse de manger ?
— Parce qu'elle croit que je vais l'emmener cette bourrique ! Elle me fait le coup à chaque fois maintenant... Oh, j'ai envie de me casser, tiens...
— Tu veux que je vie
— Ça changera rien.
— Nan, ça ne changera rien mais ça fera diversion...
— Tu crois ?
— Mais, oui, allez... Viens.
Franck entra le premier et a
— Mémé... C'est moi... Je t'ai amené une surpr...
Il n'eut pas le courage de finir.
La vieille dame était assise sur son lit et regardait fixement la porte. Elle avait mis son manteau, ses souliers, son foulard et même son petit bibi noir. Une valise mal fermée était posée à ses pieds.
« Ça me fend le cœur... » Encore une expression impeccable songea Camille qui sentit le sien s'effriter soudain.
Elle était si migno
Franck fit comme si de rien n'était :
— Ben alors ! T'es encore trop couverte, toi ! plaisantait-il en la déshabillant vite fait. Pourtant c'est pas faute de chauffer... Combien y fait là-dedans ? Au moins vingt-cinq... Je leur ai dit pourtant en bas, je leur ai dit qu'y chauffaient trop, mais y m'écoutent jamais... On revient de la tue-cochon chez Jea
Il lui remettait ses chaussons, racontait n'importe quoi, se saoulait de paroles pour ne pas la regarder.
— C'est vous la petite Camille ? lui demanda-t-elle dans un merveilleux sourire.
— Euh... oui...
— Venez par là que je vous regarde...
Camille s'assit près d'elle.
Elle lui prit les mains :