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— Debout le bibendum !
Il posa le plateau au pied du matelas.
— Oh ! le petit déjeuner au 1...
— T'emballe pas. C'est pas moi, c'est Jea
À peine avait-elle mis un pied dehors, encore toute barbouillée de café au lait, qu'on lui tendit un verre de blanc.
— Allez, la petite dame ! On se do
Ils étaient tous là, ceux d'hier soir et tous les gens du hameau, une quinzaine de perso
Franck assura les commentaires :
— C'est lui le tueur.
— Je m'en serais doutée...
— T'as vu ses mains ?
— Impressio
— On tue deux cochons aujourd'hui. Ils sont pas cons, on les a pas nourris ce matin, donc, y savent qu'y vont y passer... Ils le sentent... Tiens, ben voilà le premier justement... T'as ton carnet ?
— Oui, oui...
Camille ne put s'empêcher de sursauter. Elle ne voyait pas ça si gros...
Ils le tirèrent jusque dans la cour, le Gaston l'assomma avec un gourdin, ils le couchèrent sur un banc; et le ligotèrent à toute vitesse en laissant la tête pendouiller. Jusque-là, ça allait parce qu'il était un peu stone, mais quand l'autre lui enfonça sa lame dans la carotide, l'horreur. Au lieu de le tuer, c'était comme s'il venait de le réveiller. Tous les bonshommes sur lui, le sang qui giclait, la mémé qui te fout une cocotte là-dessous et qui remonte sa manche pour le touiller. Sans cuillère, sans rien, à main nue. Burp. Mais ça encore ça allait, ce qui était insupportable, c'était de l'entendre... Comment il continuait de gueuler et de gueuler toujours... Plus il se vidait, plus il gueulait et plus il; gueulait, moins ça ressemblait au cri d'une bête... C'était humain presque. Des râles, des supplications... Camille serrait son carnet et les autres, ceux qui co
— Sans façon, merci.
— Ça va ?
— Oui.
— Tu dessines pas ?
— Non.
Camille, qui n'était pas la première bécasse venue, se raiso
— Merde, ils auraient pu lui boucher les oreilles quand même !
— Avec du persil ? demanda Franck en se marrant.
Et là, oui, elle dessina pour ne plus voir. Elle se concentra sur les mains du Gaston pour ne plus entendre.
Ce n'était pas bon. Elle tremblait.
Quand la sirène fut éteinte, elle mit son carnet dans sa poche et s'approcha. Ça y est, c'était fini, elle était curieuse et tendit son verre à la bouteille.
Ils les passèrent au chalumeau, odeur de cochon grillé. Là aussi, expression parfaite, au poil si j'ose dire, puis les grattèrent avec une brosse éto
Camille la dessina.
Le boucher commença son travail de découpe et elle passa derrière le banc pour ne rater aucun de ses gestes. Franck se régalait.
— C'est quoi, ça ?
— De quoi ?
— L'espèce de boule transparente et toute visqueuse, là?
— La vessie... D'ailleurs, c'est pas normal qu'elle soit si pleine... Lui, ça le gêne dans son travail...
— Mais non ! protesta l'homme de l'art, ça me gêne pas... Tiens la v'là ! ajouta-t-il en do
Camille s'accroupit pour la regarder. Elle était fascinée.
Des gamins armés de plateaux assuraient la navette entre le cochon encore fumant et la cuisine.
— Arrête de boire.
— Oui m'dame Rika.
— Je suis content. Tu t'es bien tenue.
— T'avais peur ?
— J'étais curieux... Bon c'est pas le tout mais j'ai du boulot...
— Où tu vas ?
— Chercher mon matos... Va te mettre au chaud, si tu veux...
Elle les trouva toutes dans la cuisine. Une rangée de ménagères guillerettes avec leurs planches en bois et leurs couteaux.
— Viens par là ! cria Jea
L'odeur du café se mêlait à celle de la tripaille chaude et ça rigolait là-dedans... Ça tchatchait... Un vrai poulailler.
Franck arriva. Ah ! ben le v'là ! V'là Je cuistot ! Elles se mirent à glousser de plus belle. Quand elle le vit, vêtu de sa veste blanche, Jea
En passant derrière elle pour aller rejoindre les fourneaux, il lui pressa l'épaule. Elle se moucha dans son torchon et se remit à rire avec les autres.
A cet instant précis de l'histoire, Camille se demanda si elle n'était pas en train de tomber amoureuse de lui... Merde. Ce n'était pas prévu, ça... Non, non, fit-elle en attrapant une planche. Non, non, c'est parce qu'il lui avait fait son Dickens, là... Elle allait quand même pas tomber dans le pa
— Vous me do
Elles lui expliquèrent comment couper la viande en tout petits morceaux.
— C'est pour quoi faire ?
Les réponses fusèrent de toutes parts :
— Du saucisson ! Des saucisses ! Des andouilles ! Des pâtés ! Des rillettes !
— Et vous, vous faites quoi avec votre brosse à dents ? en se penchant vers sa voisine.
— Je lave les boyaux...
Hirk.
— Et Franck ?
— Franck y va nous faire les cuissons... Le boudin, pocher les andouilles et les friandises...
— C'est quoi les friandises ?
— La tête, la queue, les oreilles, les pieds...
Re-hirk.
Euh... Son truc de nutritio
Quand il remonta de la cave avec ses patates et ses oignons et qu'il la vit en train de lorgner sur ses voisines pour comprendre comment on tenait un couteau, il vint lui arracher des mains :
— Tu touches pas à ça, toi. Chacun son métier. Si tu te coupais un doigt, tu serais pas dans la merde... Chacun son métier, je te dis. Il est où ton carnet ?
Puis, s'adressant aux commères :
— Dites... Ça vous e
— Ben non.
— Ben si, j'ai ma permanente qu'est toute en vrac...
— Allons, Lucie
Voilà pour l'ambiance : Club Med à la ferme...
Camille se lava donc les mains et dessina jusqu'au soir. Dedans, dehors. Le sang, l'aquarelle. Les chiens, les chats. Les gosses, les vieux. Le feu, les bouteilles. Les blouses, les gilets. Sous la table, les chaussons fourrés. Sur la table, les mains usées. Franck de dos et elle, dans le convexe flou d'une marmite en inox.
Elle offrit à chacune son portrait, petits frissons, puis demanda aux enfants de lui montrer la ferme pour prendre un peu l'air. Et dessaouler aussi...
Des mômes en sweeat-shirt Batman et bottes Le Chameau couraient dans tous les sens, attrapaient des poules en se marrant et asticotaient les chiens en traînant devant eux de longs morceaux de boyaux...