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– La mondialisation a quand même du bon! dit Lucas à la serveuse qui lui porta cette fois un chocolat chaud.

– Pourquoi, c'est avec un produit coréen que vous comptez nettoyer vos cocho

– J'effacerai tout en partant! grommela-t-il en reprenant le cheminement de sa pensée.

Puisqu'on laissait entendre que le seul froissement des ailes d'un papillon pouvait do

Après avoir méthodiquement raturé le formica avec une fourchette, Lucas sortit de la cafétéria et contourna l'immeuble. Il repéra dans la rue un coupé Chrysler dont il crocheta la serrure. Au feu, il actio

– Je sais, dit Lucas, l'air contrit, on n'est plus en sécurité nulle part!

Le voiturier, qui n'avait pas perdu un mot de la conversation, le regarda s'éloigner en direction du hall de l'immeuble. Il alla garer la décapotable d'une main experte et reco

Lucas adressa un regard complice au voiturier en reprenant son cabriolet. Il n'avait rendez-vous avec son employeur que dans une heure, ce qui lui laissait le temps de faire une petite course de rien du tout. Il avait une envie folle de changer de voiture, et pour garer à sa manière celle qu'il conduisait, le port n'était pas si loin que ça.

Zofia avait déposé Reine chez son coiffeur et promis de venir la rechercher deux heures plus tard. Juste le temps pour elle d'aller do

– Sans coquetterie, je suis la plus jeune de cette classe, asseyez-vous, je vous en prie!

L'assemblée s'était exécutée dans un murmure et Zofia reprit la leçon là où elle l'avait laissée. Elle ouvrit le livre en braille posé sur son bureau et en commença la lecture. Zofia aimait cette écriture où les mots se déliaient du bout des doigts, où les phrases se composaient au toucher, où les textes prenaient vie au creux de la main. Elle appréciait cet univers amblyope, si mystérieux pour ceux qui croyaient tout voir, bien que souvent aveugles de tant d'essentiels. Au son de la cloche, elle avait terminé sa leçon et do

– Tu m'as l'air préoccupée? demanda Jules.

– Non, juste un peu débordée.

– Tu es toujours débordée, je t'écoute.

– Jules, j'ai relevé un drôle de défi. Si vous deviez faire quelque chose d'incroyablement bien, quelque chose qui changerait le cours du monde, que choisiriez-vous?

– Si j'étais utopiste ou si je croyais au miracle, je te dirais que j'éradiquerais la faim dans le monde, j'anéantirais toutes les maladies, interdirais que quiconque atteinte à la dignité d'un enfant. Je réconcilierais toutes les religions, soufflerais une immense moisson de tolérance sur la terre, je crois aussi que je ferais disparaître toutes les pauvretés. Oui, tout ça je le ferais… si j'étais Dieu!

– Et vous êtes-vous déjà demandé pourquoi Lui ne le faisait pas?

– Tu le sais aussi bien que moi, tout cela ne dépend pas de Sa volonté mais de celle des hommes à qui Il a confié la Terre. Il n'existe pas de bien immense que l'on puisse se représenter, Zofia, tout simplement parce que, au contraire du mal, le bien est invisible. Il ne se calcule ni ne se raconte sans perdre de son élégance et de son sens. Le bien se compose d'une quantité infinie de petites attentions qui, mises bout à bout, finiront, elles, un jour peut-être, par changer le monde. Demande à n'importe qui de te citer cinq hommes qui ont changé en bien le cours de l'humanité. Je ne sais pas, par exemple, le premier des démocrates, l'inventeur des antibiotiques, ou un faiseur de paix. Aussi étrange que cela paraisse, peu de gens pourront les nommer, alors qu'ils évoqueront sans problème cinq dictateurs. On co

– Mais alors, Jules, que feriez-vous pour faire le bien, accomplir le très bien?

– Je ferais exactement ce que tu fais! Je do

– Qu'est-ce que j'ai fait?

– En passant devant mon arche tu m'as souri. Un peu plus tard, ce détective qui vient souvent déjeuner par ici est passé en voiture, il m'a regardé avec son éternel air bougon. Nos regards se sont croisés, je lui ai confié ton sourire, et quand il est reparti, je l'ai vu, il le portait sur ses lèvres. Alors, avec un peu d'espoir, il l'aura transmis à celui ou celle qu'il allait voir. Tu réalises maintenant ce que tu as fait? Tu as inventé une sorte de vaccin contre l'instant de mal-être. Si tout le monde faisait cela, rien qu'une seule fois par jour, do

Le vieux Jules toussa dans sa main.

– Mais, bon. Je t'ai dit que je n'étais pas utopiste. Alors, je vais me contenter de te remercier de m'avoir reconduit jusqu'ici.

Le clochard sortit de la voiture et avança vers son abri. Il se retourna, fit un petit signe de la main à Zofia:

– Quelles que soient les questions que tu te poses, fie-toi à ton instinct et continue de faire ce que tu fais.

Zofia le regarda, interrogative.

– Jules, que faisiez-vous avant de vivre ici?

Il disparut sous l'arche, sans répondre.

Zofia rendit visite à Manca au Fisher's Deli, l'heure du déjeuner était déjà bien entamée et, pour la seconde fois de la journée, elle avait un service à demander à quelqu'un. Le contremaître n'avait pas touché à son assiette. Elle s'assit à sa table.