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– Vous avez une étrange conception des choses.
Zofia s'intéressa plus attentivement aux propos de Lucas lorsqu'il dit d'un ton grave qu'il fallait être ho
Une idée traversa son esprit. Elle le soupço
Sur le parking désert, Lucas leva la tête.
– Un peu frais mais sublime ciel, n'est-ce pas?
Elle avait accepté son invitation à dîner pour le lendemain. Si, par le plus grand des hasards, tous deux travaillaient pour la même maison, celui qui avait voulu la tester serait servi: elle comptait bien s'en do
Elle se gara devant la maison et prit garde de ne pas faire de bruit en gravissant le perron. Aucune lumière ne traversait l'entrée, la porte de Reine Sheridan était close.
Avant d'entrer dans la maison elle leva les yeux, il n'y avait ni nuage ni étoile au firmament.
Il y eut un soir, il y eut un matin…
Deuxième Jour
Mathilde s'était éveillée à l'aube. On l'avait descendue au cours de la nuit dans une chambre où l'e
Il lui semblait parfois ressentir encore à l'arrière de son crâne le lancinement des hématomes, conséquence des multiples coups qu'elle s'assenait au fond des nuits abando
– Juste à temps, dit-elle en déposant un bouquet de pivoines sur la table de nuit.
– Pourquoi juste à temps? demanda Mathilde.
– J'ai vu ta tête en entrant, la météo de ton moral avait l'air de virer au variable, tendance orage. Je vais aller demander un vase aux infirmières.
– Reste auprès de moi, dit Mathilde d'une voix effacée.
– Les pivoines sont presque aussi impatientes que toi, elles ont besoin de beaucoup d'eau, ne bouge pas, je reviens.
Seule dans sa chambre, Mathilde contemplait les fleurs. De son bras valide, elle caressa les corolles soyeuses. Les pétales de pivoine avaient la texture d'un pelage de chat, Mathilde adorait les félins. Zofia interrompit sa rêverie en revenant, les bras chargés d'un seau.
– C'est tout ce qu'elles avaient; ce n’est pas tres grave, ce ne sont pas des fleurs snobs.
– Ce sont mes préférées.
– Je sais.
– Comment tu as fait pour en trouver en cette saison?
– Secret!
Zofia contempla la jambe plâtrée de son amie puis l'attelle qui immobilisait son bras. Mathilde surprit son regard.
– Tu n'y es pas allée de main morte avec ton briquet! Qu'est-ce qu'il s'est passé exactement là-bas? Je ne me souviens de presque rien. Nous parlions, tu t'es levée, moi pas, et puis ensuite un immense trou noir.
– Non… une fuite de gaz dans le faux plafond de l'office! Combien de temps devras-tu rester ici?
Les médecins auraient accepté de laisser Mathilde sortir dès le lendemain, mais elle n'avait pas les moyens de faire appel à une assistance à domicile et son état la privait de toute autonomie. Lorsque Zofia s'apprêta à repartir, Mathilde fondit en larmes.
– Ne me laisse pas ici, cette odeur de désinfectant me rend folle. J'ai assez payé, je te le jure. Je n'y arriverai plus. J'ai tellement la trouille de replonger que je fais semblant d'avaler les calmants qu'ils me do
Zofia retourna au chevet de son amie et lui caressa le front pour chasser les spasmes de chagrin qui agitaient son corps. Elle lui promit de faire de son mieux pour trouver une solution, au plus vite. Elle repasserait la voir en fin de soirée.
En sortant de l'hôpital, Zofia fila vers les docks, sa journée était chargée. Le temps passait vite: elle avait une mission à accomplir, et quelques protégés qu’il n'était pas question d'abando
À cinquante-huit ans on est encore très jeune… et même si les sociétés de cosmétiques juraient qu'à l'approche de la soixantaine la vie était encore devant soi pour peu que l'on pre
La vie de Jules Minsky, statisticien et féru de mathématiques appliquées, se résumait pourtant en une arithmétique très imparfaite: addition de weekends passés sur des dossiers au détriment de sa propre vie; division subie au profit du pouvoir de ceux qui l'employaient (on était fier de travaIller pour eux, on formait une grande famille où chacun avait son rôle à jouer à condition de tenir sa place); multiplication d'humiliations et d'idées ignorées par quelques autorités illégitimes aux pouvoirs inégalement acquis; soustraction, enfin, du droit de finir sa carrière dans la dignité. Semblable à la quadrature du cercle, l'existence de Jules se réduisait à une équation d’insolubles iniquités.
Au cours de son enfance, Jules aimait à traîner près de la décharge de ferraille où une presse immense compressait les carcasses des vieilles voitures. Pour chasser les solitudes qui hantèrent ses nuits, il avait souvent imaginé la vie du jeune cadre nanti qui avait ruiné la sie