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Barbe Ardalionovna épousa Ptitsine au cours de ce même hiver; tous leurs amis attribuèrent ce mariage au fait que Gania, ayant refusé de reprendre son travail, non seulement n’entretenait plus la famille mais encore était tombé à sa charge.
Notons entre parenthèses que, chez les Epantchine, on ne prononçait pas plus le nom de Gabriel Ardalionovitch que s’il n’était jamais allé chez eux et même que s’il n’avait jamais existé. Et pourtant ils avaient tous appris (très rapidement même) un trait fort curieux à son sujet: la nuit fatale, après la désagréable aventure qui lui était arrivée chez Nastasie Philippovna, Gania, rentré chez lui, ne s’était pas couché et avait attendu le retour du prince avec une impatience fébrile. Le prince ne revint d’Ekaterinhof que sur les six heures du matin. Alors Gania entra dans sa chambre et posa sur la table, devant lui, le paquet roussi par le feu contenant les billets que Nastasie Philippovna lui avait do
Cette nouvelle, qui vint aux oreilles de tous les Epantchine, fut reco
Un mois environ après le départ du prince, la générale Epantchine reçut une lettre de la vieille princesse Biélokonski, qui s’était rendue deux semaines auparavant auprès de l’aînée de ses filles, mariée à Moscou. Cette lettre fit sur la générale une visible impression. Elle n’en communiqua rien à ses filles ni à Ivan Fiodorovitch, mais bien des indices permirent à son entourage de remarquer qu’elle en était restée émue et même troublée. Elle se mettait à parler à ses filles sur un ton inattendu et toujours à propos de questions extraordinaires; elle avait envie de s’épancher, mais quelque chose semblait la retenir. Le jour où elle reçut la lettre, elle se montra caressante pour tout le monde; elle embrassa même Aglaé et Adélaïde et leur exprima son repentir, sans qu’elles pussent comprendre exactement à propos de quoi. Elle témoigna même d’une soudaine condescendance pour Ivan Fiodorovitch qu’elle boudait depuis un mois. Bien entendu dès le lendemain elle fut fâchée de s’être ainsi laissée aller à un accès de sentimentalité et, avant le dîner, elle trouva le temps de leur faire des scènes à tous, vers le soir l’horizon familial s’éclaircit de nouveau. Et toute une semaine elle se montra d’assez bo
Une semaine encore se passa, au bout de laquelle arriva une seconde lettre de la princesse Biélokonski. Cette fois la générale se décida à parler. Elle a
Les jeunes filles, en entendant ces explications, s’aperçurent incontinent que la maman leur cachait le plus important de la lettre. Peut-être avaient-elles été mises au courant par Barbe Ardalionovna qui pouvait et même devait savoir beaucoup de choses, grâce à son mari, sur les faits et gestes du prince à Moscou. Ptitsine, en effet, était vraisemblablement le mieux renseigné de tous. Il était toujours muet quand il s’agissait d’affaires, mais il n’avait naturellement pas de secret pour Barbe. Ce fut là un nouveau motif d’antipathie de la générale à l’égard de celle-ci.
En tout cas, la glace était rompue et on put dès lors parler du prince sans se gêner. En outre, cet incident avait mis en lumière l’impression profonde et le très vif intérêt que le prince avait provoqués chez les Epantchine. La générale fut même surprise de la curiosité qu’éveillaient chez ses filles les nouvelles de Moscou. De leur côté, les jeunes filles s’éto
Dès qu’un vent nouveau eut commencé à souffler, le général s’empressa de faire co