Страница 56 из 102
Peu après le général monta dans sa propre voiture attelée d’un pur-sang gris et se fit reconduire chez lui, la tête pleine de nouvelles espérances et de combinaisons. Il remportait le collier de perles qu’il n’avait tout de même pas oublié de reprendre. Au milieu de ses réflexions la séduisante image de Nastasie Philippovna lui apparut à deux reprises. Il soupira:
– Quel dommage! Franchement, quel dommage! Cette femme est perdue. Elle est folle… Quant au prince, ce n’est plus une Nastasie Philippovna qu’il lui faut… Après tout, mieux vaut que l’affaire ait tourné de cette façon…
Deux autres invités de Nastasie Philippovna, qui avaient décidé de faire un bout de chemin à pied, échangeaient des considérations morales du même goût.
– Savez-vous, Athanase Ivanovitch, que cela rappelle une coutume en vigueur, paraît-il, au Japon? disait Ivan Petrovitch Ptitsine. Là-bas, un homme offensé va trouver son insulteur et lui déclare: «Tu m’as outragé, c’est pourquoi je vais m’ouvrir le ventre sous tes yeux.» Et le plaignant exécute en effet sa menace; il semble y prendre autant de satisfaction qu’à une véritable vengeance. Il y a dans ce monde d’étranges caractères, Athanase Ivanovitch!
– Vous pensez que ce qui vient de se passer est quelque chose du même genre? repartit en souriant Athanase Ivanovitch. La comparaison est spirituelle… et fort jolie. Mais vous avez vu vous-même, mon bien cher Ivan Petrovitch, que j’ai fait tout ce que j’ai pu. Convenez qu’à l’impossible nul n’est tenu. Et convenez aussi que cette femme possède, malgré tout, des dons supérieurs… des côtés brillants. Tout à l’heure, si ce tohu-bohu ne m’en avait empêché, j’aurais voulu lui crier qu’elle était elle-même la meilleure réplique aux reproches dont elle m’accable. Qui aurait pu ne pas être séduit par cette femme jusqu’à en perdre la raison et… tout? Voyez ce rustre de Rogojine qui met cent mille roubles à ses pieds! Admettons que la scène dont nous venons d’être témoins soit incohérente, romantique, voire choquante. Mais cela vous a de la couleur et de l’originalité, avouez-le! Mon Dieu! que n’aurait pu do
Et Athanase Ivanovitch poussa un profond soupir…
DEUXIÈME PARTIE
I
Deux jours après l’étrange aventure à laquelle avait do
Nous ne pouvons nous dispenser d’observer ici qu’une ambiance de malaise régna assez longtemps dans la maison. On sentait planer une atmosphère d’aigreur, de tension et de cachotterie; tout le monde avait l’air maussade. Le général était affairé jour et nuit; il faisait démarches sur démarches; on l’avait rarement vu aussi absorbé, surtout par son service. C’était à peine si les siens avaient le temps de l’apercevoir. Quant aux demoiselles Epantchine, elles se gardaient de dire tout haut ce qu’elles pensaient. Peut-être n’étaient-elles guère plus expansives entre elles. C’étaient des jeunes filles fières, hautaines et très retenues même les unes vis-à-vis des autres. Au reste, elles se comprenaient non seulement au premier mot, mais même au premier regard, en sorte qu’une longue explication leur était souvent superflue.
Une seule chose aurait pu retenir l’attention d’un observateur étranger, s’il s’en était trouvé dans cette famille: c’est qu’à en juger par quelques détails précédemment do
Peu à peu les bruits répandus en ville devinrent de plus en plus incertains et obscurs. On parlait bien d’un certain petit prince (perso
Diverses circonstances coupèrent bientôt court à la diffusion de ces bruits. La bande de Rogojine, dont beaucoup de membres auraient pu fournir des renseignements, se rendit au grand complet avec son chef à Moscou, huit jours après une orgie formidable au Vaux-Hall d’Ekaterinhof, orgie à laquelle Anastasie Philippovna avait assisté. Les rares perso
D’autres on-dit circulèrent également sur le compte de Gabriel Ardalionovitch Ivolguine qui était assez co
[49] Établissement rival du célèbre bal Mabille dont les «soirées dansantes» et les «bal-concerts» attiraient une clientèle un peu plus familiale. Il se trouvait aux Champs-Élysées, rue des Vignes-de-Chaillot (actuellement rue Vernet). – N. d. T.